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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-24LY00264

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-24LY00264

lundi 9 septembre 2024

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-24LY00264
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. B A a demandé au tribunal administratif de Grenoble d'annuler les décisions du 30 novembre 2023 par lesquelles le préfet de la Haute-Savoie lui a ordonné de quitter sans délai le territoire français, a désigné le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant deux ans.

Par un jugement n° 2307792 du 31 décembre 2023, le président du tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête et un mémoire enregistrés les 30 janvier et 2 février 2024, M. A, représenté par Me Djinderedjian, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du président du tribunal administratif de Grenoble du 31 décembre 2023 ;

2°) d'annuler les décisions susmentionnées pour excès de pouvoir ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans les mêmes conditions ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions des article 37 et 75 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté dans son ensemble :

- il n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation personnelle, dès lors que le préfet n'a pas tenu compte, en particulier, de sa résidence en foyer, de son droit à solliciter l'admission au séjour dans sa dix-neuvième année, mais aussi de sa vulnérabilité, au regard notamment de son état de santé mentale ;

S'agissant de la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- elle est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

- elle a été prise en violation des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnaît aussi les dispositions de l'article L. 612-3 du même code, en l'absence de risque de fuite ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision lui interdisant de revenir sur le territoire français pendant deux ans :

- elle a été prise à tort sur le fondement de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public et que sa situation relève de circonstances humanitaires ;

- elle est injustifiée, dès lors qu'il est en droit de présenter une demande de titre de séjour durant sa dix-neuvième année.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A, ressortissant gambien né le 5 juin 2005, déclare être entré le 11 novembre 2022, en France, où il a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance sous l'identité d'Ibrahim Diabi né le 6 mai 2005, en application d'une ordonnance du juge des enfants C du 9 décembre 2022. Le 30 novembre 2023, il a été interpellé et placé en garde à vue pour détention et usage de stupéfiant. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Haute-Savoie lui a opposé un refus, assorti de l'obligation de quitter le territoire français et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. A fait appel du jugement par lequel le président du tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

3. M. A soutient que les décisions contestées ont été prises sans que le préfet ait procédé à un examen préalable de sa situation particulière. Toutefois, il ressort du dossier que son âge, sa situation familiale et sociale, ainsi que la durée et les conditions de son séjour sur le sol français ont bien été prises en compte. Il ressort également de ces éléments que l'attestation d'hébergement en foyer produite par M. A était alors périmée depuis trois mois et qu'il a déclaré aux services de police qu'il ne souffrait d'aucun problème de santé, ce qu'il a confirmé lors de l'entretien d'évaluation de sa vulnérabilité. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces versées au dossier qu'à la date de la décision d'éloignement prise à son égard, M. A ne séjournait que depuis un an en France, où il ne justifie d'aucune attache personnelle ou familiale, ni d'aucune insertion socioprofessionnelle susceptible de faire obstacle à cette mesure. Il n'apparaît pas non plus dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où réside sa mère. Aucun élément du dossier ne s'oppose à ce qu'il se réinsère en Gambie, où il est né et a été scolarisé plusieurs années. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en violation des stipulations précitées.

Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

7. En l'espèce, à supposer que la présence de M. A sur le sol français ne représente pas une menace pour l'ordre public, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision en litige, il n'était pas en mesure de produire un document d'identité ou de voyage en cours de validité ni d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant un délai de départ volontaire aurait méconnu les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ".

10. Il ressort des pièces du dossier, qu'ainsi qu'il a été dit au point 7, M. A pouvait légalement se voir refuser un délai en vue de préparer son départ volontaire vers la Gambie. En outre, à la supposer établie, l'absence d'attaches et de ressources dans son pays d'origine n'est pas elle-même constitutive de circonstances humanitaires, au sens des dispositions précitées, alors que le requérant, qui ne possède pas non plus d'attaches ni de ressources en France, n'établit pas être dans l'impossibilité de reprendre contact avec sa mère demeurée en Gambie, ni d'y exercer une activité professionnelle. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. En second lieu, M. A soutient que l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui autorisent le préfet à admettre au séjour, sous certaines conditions, d'anciens mineurs étrangers isolés, dans l'année suivant leur majorité. Toutefois, le requérant ne peut utilement invoquer l'illégalité de ces dispositions, qui ne régissent pas un cas d'admission au séjour de plein droit. Au surplus, il ressort de la note du Centre d'hébergement et d'accompagnement Saint-Exupéry- l'Escale 74 en date du 1er décembre 2023 que cinq mois avant cette échéance, M. A n'était engagé dans aucune formation professionnelle qualifiante et ne pouvait, en tout état de cause, prétendre à l'obtention d'un titre de séjour dans ce cadre.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Savoie.

Fait à Lyon, le 9 septembre 2024.

Le président,

Gilles Hermitte

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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