lundi 9 septembre 2024
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-24LY00284 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge des référés |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
M. B A a demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler les décisions du 17 octobre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône lui a refusé l'admission au séjour, lui a ordonné de quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
Par un jugement n° 2308826 du 23 octobre 2023, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Lyon a renvoyé à la formation collégiale l'examen des conclusions dirigées contre le refus de titre de séjour et a rejeté le surplus de sa demande.
Procédure devant la cour
Par une requête enregistrée le 2 février 2024, M. A, représenté par Me Griot, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du magistrat désigné par la président du tribunal administratif de Grenoble du 23 octobre 2023 ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir les décisions préfectorales susmentionnées, portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français pendant vingt-quatre mois ;
3°) d'enjoindre à la préfète de réexaminer son cas et de lui délivrer une carte de séjour temporaire, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreur de droit, par la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ne pourra pas bénéficier effectivement de soins appropriés au Nigéria ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'erreur de droit, au regard des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'agression sexuelle qu'il a commise ne constitue pas une menace grave pour l'ordre public et qu'il présente des garanties de représentation ;
S'agissant de la décision désignant le pays de destination :
- elle est dépourvue de motivation ;
- elle est entachée d'erreur de droit, la préfète s'étant abstenue d'apprécier les éléments de sa situation ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que sa situation relève de circonstances humanitaires et qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- elle est disproportionnée.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. A, ressortissant nigérian né le 20 janvier 1991, est entré de façon irrégulière en France le 12 février 2019, selon ses déclarations. Il a formulé une demande d'asile, qui a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 25 janvier 2022. Le 13 octobre 2020, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour motif médical, qui lui a été refusée. La décision d'éloignement prise à son encontre le 20 juin 2022 a été annulée par le tribunal administratif de Lyon le 7 avril 2023, qui a enjoint au préfet de réexaminer sa situation. Par l'arrêté contesté du 17 octobre 2023, la préfète du Rhône a notamment fait obligation à M. A de quitter sans délai le territoire français, a désigné le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans. Par un autre arrêté du même jour, il a été placé en rétention administrative. M. A a contesté le premier arrêté devant tribunal administratif de Lyon, qui a renvoyé à la formation collégiale l'examen du refus d'admission au séjour. Par la présente requête, l'intéressé fait appel de ce jugement en ce qu'il rejette sa demande tendant à l'annulation de la décision d'éloignement et des décisions subséquentes.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ses deux précédents avis rendus en 2021, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui estime toujours que l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale, conclut dans son avis du 24 août 2023 qu'un défaut de soins pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais que le requérant peut bénéficier de façon effective de soins appropriés dans son pays d'origine. En se bornant à verser au dossier un document relatif à un rendez-vous " le 7 novembre " au centre hospitalier Le Vinatier de Bron, M. A, qui conteste la possibilité d'accès effectif aux soins au Nigéria, ne produit aucun élément de nature à remettre sérieusement en cause cet avis médical. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
5. En deuxième lieu, M. A soutient que la mesure d'éloignement prise à son encontre est entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Toutefois, s'il réside sur le territoire français depuis cinq ans, l'intéressé apparaît isolé en France, tant sur le plan personnel que familial, et ne justifie pas non plus d'une quelconque insertion sociale ou professionnelle susceptible de faire obstacle à son éloignement. En revanche, selon ses précédentes déclarations, il conserve de fortes attaches dans son pays d'origine, où résident notamment sa mère et ses six frères et sœurs. En outre, il ressort des pièces produites par l'administration que l'intéressé est atteint de troubles psychiatriques et qu'en l'absence d'observance régulière de son traitement, il s'est, à plusieurs reprises, présenté dans la structure d'accueil muni d'une hache ou de couteaux. S'il fait valoir que sa condamnation à douze mois d'emprisonnement dont six avec sursis pour une agression sexuelle commise le 30 mai 2023 se rapporte à un fait isolé et de faible gravité, il ressort toutefois des correspondances du directeur général de Forum Réfugiés de Villeurbanne, dont les termes ne sont pas contestés par M. A, que celui--ci avait commis une agression similaire le 1er février 2023, depuis laquelle la victime, une infirmière, refuse d'intervenir dans les locaux du CADA. Enfin, ainsi qu'il a déjà été dit, rien ne s'oppose à ce qu'il puisse bénéficier de soins appropriés au Nigéria. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant à son égard une mesure d'éloignement, la préfète du Rhône aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
6. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
7. Il résulte de ce qui précède que M. A représente une menace pour l'ordre public. En outre, s'il se prévaut d'une domiciliation postale auprès du Centre communal d'action social de Villeurbanne, il ne justifie ni de la détention de documents d'identité ou de voyage ni d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaît les dispositions précitées.
Sur la décision fixant le pays de retour :
8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
9. La décision en litige est suffisamment motivée en droit par le visa des articles précités. Elle est également motivée en fait par l'indication, en particulier, que M. A est de nationalité nigériane et qu'il " n'établit pas que, en cas de retour dans son pays d'origine, sa vie ou sa liberté soient menacées ou qu'il soit exposé à des peines ou traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne précitée ". Par suite, le moyen tiré de l'absence de motivation manque en fait.
10. En deuxième lieu, il ne ressort pas des éléments du dossier que la préfète du Rhône se serait abstenue de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. A, au regard notamment des menaces alléguées.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français de deux ans :
11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".
12. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est vu refuser tout délai de départ volontaire et qu'il ne justifie pas de circonstances humanitaires permettant à l'autorité préfectorale de ne pas assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une telle interdiction. En outre, la durée de cette mesure n'apparaît pas disproportionnée en l'espèce. Dès lors, le moyen tiré de la violation des dispositions qui précèdent doit être écarté.
13. Enfin, M. A reprend dans sa requête les autres moyens exposés ci-dessus, dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français, déjà invoqués devant le premier juge, qui les a écartés à bon droit. Par suite, il y a lieu de les écarter par adoption des motifs du jugement attaqué, à l'encontre desquels le requérant ne formule d'ailleurs aucune critique utile.
14. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée à la préfète du Rhône.
Fait à Lyon, le 9 septembre 2024.
Le président,
Gilles Hermitte
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026