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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-24LY00569

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-24LY00569

lundi 28 octobre 2024

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-24LY00569
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. A B a demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler les décisions du préfet de la Loire du 4 septembre 2023, lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, désignant le pays à destination duquel il serait reconduit d'office à l'expiration de ce délai et lui interdisant le retour sur le territoire français durant six mois.

Par un jugement n° 2308274 du 1er février 2024, le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 23 février 2024, M. B, représenté par Me Prudhon, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Lyon du 1er février 2024 ;

2°) d'annuler les décisions du préfet de la Loire mentionnées ci-dessus pour excès de pouvoir ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer une carte de séjour temporaire, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre, à défaut, au préfet de la Loire de réexaminer sa situation et de lui délivrer durant cet examen un récépissé de demande de titre de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 440 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant du jugement attaqué :

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, ressortissant arménien né le 2 juin 1979, est entré en France le 5 mai 2017 sous couvert d'un visa D valable 163 jours délivré par la Pologne. Il a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement le 14 septembre 2019. Le 13 décembre 2022 il a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur le fondement de l'article L. 435-1 du même code. Par arrêté du 4 septembre 2023, le préfet de la Loire lui a opposé un refus, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a désigné le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français durant six mois. M. B fait appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont les premiers juges auraient, selon M. B, entaché le jugement attaqué se rattache au seul bien-fondé de ce jugement et demeure sans incidence sur sa régularité.

Sur la décision de refus de délivrance de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

5. D'une part, M. B, qui vit avec son fils et son épouse, également en situation irrégulière sur le territoire, depuis 2017, s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement édictée à son encontre le 14 septembre 2019 et ne démontre pas avoir développé en France des attaches anciennes, intenses et stables. Dès lors, M. B ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels qui permettraient de regarder le préfet comme ayant commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'admettre à titre exceptionnel au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale ".

6. D'autre part, à supposer même que l'employeur de M. B, qui travaille pour lui depuis le 13 décembre 2021, ait rencontré des difficultés à embaucher un salarié ayant ses qualités, ces seules circonstances ne sauraient suffire à justifier des motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Loire a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " sur le fondement de ces dispositions.

7. En second lieu, les moyens déjà présentés en première instance et repris en appel, sans être assortis d'éléments nouveaux, tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés par adoption des motifs retenus par les premiers juges, à l'encontre desquels le requérant ne formule d'ailleurs aucune critique utile ou pertinente.

Sur l'obligation de quitter le territoire français et le pays de destination :

8. Il résulte de l'examen de la légalité de la décision de refus de délivrance de titre de séjour, que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre et la décision fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de l'examen de la légalité de la décision de refus de délivrance de titre de séjour, que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision lui interdisant le retour sur le territoire français durant un an.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du même code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

11. Pour prononcer à l'encontre de M. B une décision lui interdisant le retour sur le territoire durant six mois sur le fondement des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Loire a retenu que le requérant était entré récemment en France, qu'il n'a pas développé des attaches d'une particulière intensité sur le territoire et qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement. Si le requérant fait valoir la scolarité de son fils en France, il ne démontre pas que celui-ci ne pourra pas la poursuivre dans son pays d'origine. Par ailleurs, sa durée de présence sur le territoire n'est due qu'à sa soustraction à une précédente mesure d'éloignement édictée à son encontre le 14 septembre 2019. Enfin, à l'exception de son fils et de sa femme, également en situation irrégulière, le requérant ne justifie pas avoir développé des attaches anciennes, intenses et stables sur le territoire. Par suite, le préfet, qui a suffisamment motivé sa décision, pouvait prononcer à l'encontre du requérant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois, alors même qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public. Par suite, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation et la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire.

Fait à Lyon, le 28 octobre 2024.

Le président,

Gilles Hermitte

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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