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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-24LY00868

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-24LY00868

lundi 2 septembre 2024

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-24LY00868
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. A B a demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler les décisions du 20 novembre 2023 par lesquelles la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ; d'enjoindre à cette autorité, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiales ", à titre subsidiaire de procéder à un nouvel examen de sa situation, à compter de la notification du jugement ; de mettre à la charge de l'Etat, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 3 000 euros.

Par un jugement n° 2310250 du 15 mars 2024, le tribunal administratif de Lyon a rejeté la requête de M. B.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 29 mars 2024, sous le n° 24LY00868, M. B, représenté par Me Kadri, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Lyon ;

2°) d'annuler les décisions du 20 novembre 2023 par lesquelles la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre à cette autorité à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiales ", à titre subsidiaire de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans le délai de sept jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et l'article L. 611-3-5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de lui accorder un délai de départ volontaire est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision désignant le pays de destination de la mesure d'éloignement est illégale du fait de l'illégalité entachant les deux décisions précédentes ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français a été prise à la suite d'un défaut d'examen particulier de sa situation ; elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Vu le jugement et les décisions attaqués et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1-7° du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement ".

2. M. A B, ressortissant tunisien né le 18 mars 1994 à Sousse (Tunisie), est entré en France le 25 octobre 2017 et a obtenu la délivrance d'un titre de séjour en raison de sa situation familiale, valable jusqu'au 13 octobre 2020. Par décisions du 8 février 2022, motivées notamment par la menace pour l'ordre public que représentait le comportement de l'intéressé, la préfète de la Loire a refusé le renouvellement de ce titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de son éloignement. Par un jugement n° 2206978 du 8 décembre 2022, devenu définitif, le tribunal administratif de Lyon a rejeté la requête de M. B tendant notamment à l'annulation de ces décisions préfectorales. Alors qu'il était incarcéré au centre pénitentiaire de Bourg-en-Bresse suite à cinq condamnations prononcées à son encontre par trois tribunaux judiciaires, la préfète de l'Ain, par décisions du 20 novembre 2023, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par un jugement du 15 mars 2024 dont le requérant relève appel, le tribunal administratif de Lyon a rejeté ses demandes tendant notamment à l'annulation de ces nouvelles décisions préfectorales.

3. En premier lieu, alors que M. B n'apporte aucun élément pour établir qu'il contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants français, et eu égard aux condamnations pour des faits graves qui lui ont été infligées, les moyens soulevés à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, et tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'article L. 611-3-5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peuvent qu'être écartés, pour les motifs retenus à bon droit par les premiers juges au points 3 à 6 du jugement qu'il convient d'adopter.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet.". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".

5. Ainsi qu'il a été précisé au point 2, M. B a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, le 8 février 2022, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Lyon. En outre, les condamnations qui lui ont été infligées pour des faits de violences conjugales en récidive, menaces de morts sur conjoint en récidive, trafic de stupéfiants, blanchiment, refus de remettre le déchiffrement d'un moyen de cryptologie, outrage et menace de mort à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique et organisation frauduleuse d'insolvabilité par débiteur pour échapper à une condamnation de nature patrimoniale sont de nature à établir que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, la préfète de l'Ain pouvait, sans faire une inexacte application des dispositions citées au point précédent, refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. B.

6. En troisième lieu, en l'absence d'illégalité entachant les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant le bénéfice d'un délai de départ volontaire, le moyen tiré de cette prétendue illégalité, et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision désignant le pays de destination de la mesure d'éloignement, ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces versées au dossier qu'avant de prononcer à l'encontre de M. B une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français, la préfète de l'Ain n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé.

8. En cinquième et dernier lieu, pour les motifs retenus à bon droit par les premiers juges aux points 12 et 13 du jugement attaqué, qu'il convient d'adopter, le moyen tiré de ce que la durée de trois ans serait excessive ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède qu'en application des dispositions du code de justice administrative citées au point 1, la requête de M. B, manifestement dépourvue de fondement, doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du même code.

ORDONNE :

Article 1er :La requête de M. B est rejetée.

Article 2 :La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée à la préfète de l'Ain.

Fait à Lyon, le 2 septembre 2024.

Le premier vice-président de la cour

Président de la 3ème chambre

Jean-Yves Tallec

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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