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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-24LY00953

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-24LY00953

lundi 28 octobre 2024

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-24LY00953
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. B A a demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler les décisions du 26 mai 2023 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a ordonné de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays à destination duquel il serait reconduit d'office, à l'expiration de ce délai.

Par un jugement n° 2306973 du 9 janvier 2024, le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 2 avril 2024, M. A, représenté par la SELARL LOZEN avocats (Me Messaoud), demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 9 janvier 2024 ;

2°) d'annuler les décisions préfectorales susmentionnées pour excès de pouvoir ;

3°) en cas d'annulation de la décision lui refusant l'admission au séjour, d'enjoindre à la préfète de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa demande et, dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour ;

4°) à titre subsidiaire, en cas d'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, d'enjoindre à la préfète de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision refusant la délivrance du titre de séjour sollicité :

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;

- elle est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vie privée et familiale en France ;

S'agissant de la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale, du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale, en raison de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A, ressortissant guinéen né le 9 avril 2003, est entré en France en mai 2019. Pris en charge jusqu'à sa majorité par les services de l'aide à l'enfance, il s'est ensuite vu délivrer une carte de séjour portant la mention " travailleur temporaire " valable du 10 août 2021 au 9 août 2022. Par l'arrêté contesté du 26 mai 2023, la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un nouveau titre sur le même fondement, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de renvoi. M. A fait appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.

3. Aux termes de l'article L. 421-3 : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée () se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / Elle est délivrée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement, dans la limite d'un an. / Elle est renouvelée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

4. En premier lieu, le requérant soutient que la préfète du Rhône n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation avant de refuser de l'admettre au séjour. Toutefois, selon l'arrêté en litige, M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour " travailleur temporaire ", mais il ne remplit pas les conditions prévues à l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour être admis au séjour sur ce fondement, dès lors qu'il ne justifie d'aucun contrat de travail à la date du dépôt de sa demande, le 8 février 2023, alors qu'il avait déjà obtenu un rendez-vous le 25 novembre 2022, un délai lui ayant été laissé pour fournir cette pièce. En outre, il ne justifie ni d'une insertion professionnelle et ni de liens personnels ou familiaux anciens, stables et intenses sur le territoire français, où son séjour demeure récent au regard du temps passé en Guinée, alors qu'il conserve de telles attaches dans son pays d'origine, en la personne de sa mère et de ses deux frères. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus n'aurait pas été précédée d'un examen effectif de sa situation particulière.

5. En deuxième lieu, ni la demande de titre de séjour de M. A, ni l'arrêté préfectoral contesté n'ont été fondés sur les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de leur violation est inopérant à l'encontre de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

6. En troisième lieu, le requérant soutient que cette décision de refus est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, au regard de sa vie privée et familiale en France. Toutefois, il ressort du dossier qu'à la date de la décision contestée, le 26 mai 2023, il ne séjournait que depuis quatre ans sur le sol français, où il est entré illégalement durant sa minorité et qu'à l'issue de celle-ci, il a été autorisé à séjourner en France pendant un an à compter du 10 août 2021, temps durant lequel il a préparé et obtenu le CAP " spécialité maintenance des matériels - option construction et manutention ". À la date considérée, M. A, qui est dépourvu d'attaches familiales dans ce pays, n'établissait pas y avoir tissé des relations personnelles de nature à lui conférer un droit au séjour. Sur le plan professionnel, M. A n'établit pas sérieusement avoir été empêché de présenter en temps utile aux services préfectoraux un contrat de travail antérieur au dépôt de sa demande et, le cas échéant, conditionné par le renouvellement de son titre de séjour, nécessaire à l'obtention de celui-ci. Les bulletins de paie versés au dossier par le requérant n'attestent que d'une activité professionnelle en intérim débutée le 15 mars 2023, à raison de six jours en mars, huit en avril et seize en mai 2023, pour des revenus de 445, 560 et 918 euros, insuffisants pour subvenir à ses besoins en France. Enfin, s'il produit un certificat indiquant qu'il est inscrit en deuxième année de CAP " conducteur d'installations de production " au titre de l'année scolaire 2023-2024, cette circonstance est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de la décision contestée, qui lui est antérieure. Il résulte de ce qui précède qu'en refusant de l'admettre au séjour, la préfète du Rhône n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

7. En dernier lieu, M. A reprend pour le reste les autres moyens exposés ci-dessus, déjà invoqués devant le tribunal administratif de Lyon. Ces moyens ont été écartés à bon droit par les premiers juges. Dès lors, il y a lieu de les écarter en appel par adoption des motifs du jugement, à l'encontre desquels le requérant ne formule d'ailleurs aucune critique utile ou pertinente.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète du Rhône.

Fait à Lyon, le 28 octobre 2024.

Le président,

Gilles Hermitte

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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