lundi 17 février 2025
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-24LY01031 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge des référés |
| Avocat requérant | SELARL BS2A - BESCOU & SABATIER |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
Mme C B a demandé au tribunal administratif de Grenoble d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2024 par lequel le préfet de la Drôme lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an.
Par un jugement n° 2401377 du 21 mars 2024, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour
Par une requête, enregistrée le 9 avril 2024, Mme C B , représentée par Me Sabatier demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler cet arrêté du préfet de la Drôme du 17 janvier 2024 ;
3°) d'enjoindre à l'autorité préfectorale de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou de réexaminer sa demande, ce sous astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le refus d'admission au séjour méconnaît l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'erreur de droit dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus d'admission au séjour ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le refus de délai de départ volontaire est illégal du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- le refus d'admission au séjour et l'obligation de quitter le territoire français n'ont pas donné lieu à un examen sérieux de sa situation.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du denier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement ".
2. Selon ses déclarations, Mme C B, ressortissante albanaise née en 1986, est entrée irrégulièrement sur le territoire français le 9 mai 2014 accompagnée de son époux et de sa fille aînée, née en 2011. La demande de protection internationale qu'elle a présentée a été rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 12 octobre 2016. Le 7 novembre 2016, elle a déposé une demande d'admission au séjour en invoquant l'état de santé de sa fille, D B, née en France le 1er octobre 2014. Compte tenu des soins dont sa fille devait bénéficier, Mme B a été munie d'autorisations provisoires de séjour à compter du 30 mars 2017 jusqu'au 17 octobre 2023. Le 18 décembre 2023, elle a demandé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, Mme B relève appel du jugement du 21 mars 2024 par lequel le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté du 17 janvier 2024 par lequel le préfet de la Drôme a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an.
3. En premier lieu, aux termes l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () . / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ". Aux termes de l'article L. 425-9 du code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ".
4. Il ressort de l'avis émis le 6 octobre 2023 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant examiné la situation de la jeune D B que l'état de santé de l'enfant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'elle peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Les pièces médicales produites par Mme B, qui ne contredisent pas l'appréciation portée par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration quant à la gravité des conséquences d'un défaut de prise en charge médicale de l'enfant en France, révèlent que l'état de santé de l'enfant, qui a été soignée en France pour une cataracte congénitale de l'œil droit, nécessite désormais un simple suivi comportant une correction optique et des contrôles réguliers jusqu'à l'âge de douze ans. Par suite, en refusant de faire droit à la demande d'admission au séjour de Mme B, le préfet ne peut être regardé comme ayant méconnu l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Mme B fait valoir qu'elle est présente depuis près de dix ans sur le territoire français, que deux de ses enfants sont nés en France, en 2014 et 2018, que ses enfants sont scolarisés et bien intégrés, qu'elle s'est investie dans des actions bénévoles à caractère social et qu'elle et son époux ont travaillé. Toutefois, son époux, M. A B, a fait l'objet, le 2 janvier 2023, d'un arrêté préfectoral portant obligation de quitter le territoire français pour un motif d'ordre public assorti d'une interdiction de retour pour une durée de six mois dont la légalité a été confirmée par une décision de la cour administrative d'appel de Lyon du 21 septembre 2023. Ainsi qu'il a été dit au point 4 ci-dessus, à la date du refus d'admission au séjour en litige, l'état de santé de sa fille avait évolué favorablement et ne justifiait plus le maintien sur le territoire français de Mme B. Il n'est fait état, par ailleurs, d'aucune circonstance particulière faisant obstacle à ce que ses enfants poursuivent leur scolarité en Albanie. Enfin, si Mme B affirme que sa vie privée se trouve désormais en France, elle n'invoque aucune attache familiale en France et n'allègue pas être dépourvue d'attaches personnelles et familiales en Albanie où elle a, elle-même, vécu la plus grande partie de son existence. Dans ces conditions, eu égard aux conditions de séjour en France de Mme B, la décision refusant de l'admettre au séjour n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions et stipulations citées au point précédent doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
8. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative doit d'abord vérifier si des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifient la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale ", ensuite, en cas de motifs exceptionnels, si la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " est envisageable. Dans ce dernier cas, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ".
9. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté en litige que le préfet de la Drôme a examiné la situation personnelle de Mme B au regard de ces dispositions, prenant notamment en compte son ancienneté de travail, les bulletins de salaires qu'elle a produits et sa capacité à occuper l'emploi qu'elle entendait occuper. Le moyen tiré de l'erreur de droit qu'il aurait commise dans le maniement des critères de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile manque en fait.
10. D'autre part, il ressort du dossier de première instance que Mme B, qui indique avoir occupé divers emplois d'agent de service professionnel/employé de ménage, d'abord dans le cadre de missions temporaires puis en vertu de contrats de travail, a joint au dossier de demande d'admission au séjour des bulletins de salaires justifiant d'une quotité d'activité inférieure à un mi-temps ainsi qu'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée. Il est constant qu'elle a mis fin à son dernier contrat de travail en juin 2023. Outre ce qui a été dit ci-dessus sur sa situation personnelle et familiale, ces éléments ne suffisent pas à caractériser l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant la délivrance à Mme B d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " au sens des dispositions précitées. Il s'ensuit qu'en refusant de l'admettre au séjour, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus, le préfet n'a pas méconnu l'intérêt supérieur de l'enfant garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant en refusant d'admettre au séjour Mme B.
12. En cinquième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité du refus d'admission au séjour invoqué, par la voie de l'exception, à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français manque en fait.
13. En sixième lieu, en obligeant Mme B à quitter le territoire français, le préfet n'a pas davantage méconnu l'intérêt supérieur de l'enfant garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
14. En septième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français invoqué, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire manque en fait.
15. En huitième lieu, enfin, la décision attaquée énonce les considérations de fait circonstanciées qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la demande de titre de séjour de Mme B et de sa situation personnelle ne peut qu'être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'Etat des frais exposés en cours d'instance et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B.
Copie en sera adressée pour information au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et au préfet de la Drôme.
Fait à Lyon, le 17 février 2025.
Le président de la 2ème chambre,
Dominique Pruvost
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026