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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-24LY01062

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-24LY01062

vendredi 6 juin 2025

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-24LY01062
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. A B a demandé au tribunal administratif de Grenoble d'annuler les décisions du préfet de la Haute-Savoie du 12 décembre 2023 lui refusant l'admission au séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et désignant le pays à destination duquel il serait reconduit d'office à l'expiration de ce délai.

Par un jugement n° 2400265 du 7 mars 2024, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 11 avril 2024, M. B, représenté par Me Joie, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Grenoble du 7 mars 2024 ;

2°) d'annuler les décisions susmentionnées pour excès de pouvoir ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne le jugement attaqué :

- il est insuffisamment motivé s'agissant du moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué ;

- le tribunal a commis une erreur de fait et une erreur d'appréciation en estimant qu'il ne justifiait pas d'une insertion professionnelle ancienne et stable ;

- en estimant que la décision de refus de séjour ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie familiale normale, le tribunal a inexactement qualifié les faits de l'espèce ;

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

- il est insuffisamment motivé ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, la délivrance de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations du paragraphe 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien l'empêchant de faire l'objet d'une mesure d'éloignement.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 27 décembre 1968 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, ressortissant algérien né le 8 décembre 1984, déclare être entré en France le 1er mai 2017 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 28 mars 2017 au 27 juin 2017. Le 27 février 2023, il a présenté une demande d'admission au séjour auprès des services de la préfecture de la Haute-Savoie. Par un arrêté du 12 décembre 2023, le préfet de la Haute-Savoie a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par la présente requête, M. B fait appel du jugement du 7 mars 2024 par lequel le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur le jugement attaqué :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ".

4. M. B soutient que, par la motivation qu'ils ont retenue, les juges de première instance n'ont pas suffisamment développé leur réponse au moyen tiré du défaut de motivation. Toutefois, en indiquant au point 2 du jugement que " l'arrêté attaqué énonce, avec une précision suffisante et dépourvue de caractère stéréotypé, les éléments de droit et de fait qui le fondent, notamment la date et les conditions d'entrée en France de l'intéressé, le contrat à durée indéterminée pour un poste de coiffeur dont il bénéficie et sa situation personnelle et familiale en France ", et alors qu'ils n'étaient pas tenus de répondre à tous les arguments développés par le requérant, les premiers juges ont, au regard des exigences de l'article L. 9 du code de justice administrative, suffisamment motivé leur réponse au moyen invoqué.

5. En second lieu, si le requérant soutient que le jugement est entaché d'une erreur de fait, d'une erreur d'appréciation, et qu'il a inexactement qualifié les faits de l'espèce en estimant que la décision de refus de séjour ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie familiale normale, de tels moyens, qui concernent le bien-fondé de la décision juridictionnelle, sont sans incidence sur sa régularité et ne peuvent qu'être écartés pour ce motif.

Sur les décisions attaquées :

6. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

7. En premier lieu, M. B fait valoir que le préfet de la Haute-Savoie n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en se bornant à relever sa demande d'autorisation de travail et l'avis favorable qui en découle sans user de son pouvoir général de régularisation par rapport à sa situation professionnelle et aux pièces qu'il a produites. Toutefois, d'une part, il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que la situation particulière de M. B a fait l'objet, dans le cadre de l'exercice des pouvoirs discrétionnaires conférés à l'autorité préfectorale, d'une étude minutieuse, approfondie et circonstanciée, et qu'aucun élément de sa situation n'a justifié l'intervention d'une mesure gracieuse et dérogatoire en sa faveur. D'autre part, les contrats de travail et bulletins de paie produits par le requérant ne constituent pas un motif humanitaire ou exceptionnel au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la vie, la santé, la liberté et, plus généralement, les intérêts fondamentaux de l'intéressé ne dépendent pas de la poursuite de son séjour en France en qualité de salarié. Par suite, en n'usant pas de son pouvoir général de régularisation prévu par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas entaché sa décision de refus de séjour d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle du requérant. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour doit être écarté.

8. En deuxième lieu, si le requérant soutient qu'en se fondant sur la circonstance que son ancienneté de séjour en France n'a été acquise que grâce à son maintien irrégulier sur le territoire, l'autorité préfectorale a ajouté une condition qui n'est pas prévue par les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est constant que l'intéressé s'est maintenu délibérément en situation irrégulière pendant plusieurs années, avant de solliciter, près de cinq ans après sa date d'entrée en France, la délivrance d'un titre de séjour, mettant ainsi les autorités françaises devant le fait accompli. Son maintien irrégulier sur le territoire français et les démarches très tardives qu'il a accomplies en vue d'obtenir la régularisation de sa situation administrative ne révèlent pas une volonté notable d'intégration dans la société française, dont le respect des lois est une composante. Ainsi, après avoir procédé à un examen complet de sa situation et au regard du pouvoir discrétionnaire dont il dispose, le préfet de la Haute-Savoie a pu légalement se fonder sur cette circonstance pour considérer que l'intéressé ne pouvait se voir délivrer un titre de séjour, dès lors qu'il ne justifiait ni de considérations humanitaires ni de motifs exceptionnels permettant sa régularisation à ce titre. Par conséquent, ce moyen doit être écarté comme étant non-fondé.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ".

10. Un étranger ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français lorsqu'il est en droit de se voir attribuer de plein droit un titre de séjour. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B ait formulé une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article 6 de l'accord franco-algérien. En effet, l'arrêté en litige indique qu'il a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et cet élément n'a pas été contesté par l'intéressé.

11. À supposer que M. B ait entendu solliciter la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du paragraphe 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il est entré en France le 1er mai 2017, muni d'un visa de court séjour délivré par les autorités espagnoles. S'il soutient qu'il réside en France depuis cette date, il ne doit la durée de son séjour qu'à son maintien irrégulier sur le sol français, sans avoir cherché à régulariser sa situation avant le mois de février 2022. En outre, il ne justifie d'aucune attaches familiales ou amicales sur le territoire, et il n'établit pas être démuni d'attaches familiales dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans. S'il se prévaut d'une activité salariée en qualité de coiffeur d'une ancienneté de cinquante-sept mois à la date de l'arrêté attaqué et s'il produit des documents relatifs à sa situation professionnelle ainsi que des attestations de connaissances et d'amis, ces éléments ne suffisent pas à établir que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. M. B n'est donc pas fondé à soutenir qu'il devait se voir délivrer de plein droit un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article 6 de l'accord franco-algérien et qu'ainsi il ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Par suite, ce moyen doit être écarté.

12. Pour le surplus, la requête de M. B se borne à reprendre l'énoncé des moyens visés ci-dessus et déjà invoqués en première instance. Ces moyens ont été écartés à bon droit par le jugement du tribunal administratif de Grenoble. Dès lors, il y a lieu, par adoption des motifs du jugement de première instance, à l'encontre desquels le requérant ne formule aucune critique utile ou pertinente, de rejeter la requête présentée par M. B devant la cour, qui est manifestement dépourvue de fondement, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre d'État, ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Savoie.

Fait à Lyon, le 6 juin 2025.

Le président,

Gilles Hermitte

La République mande et ordonne ministre d'État, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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