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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-24LY01144

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-24LY01144

jeudi 28 novembre 2024

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-24LY01144
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. B A a demandé au tribunal administratif de Grenoble d'annuler les décisions du 21 décembre 2023 par lesquelles le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a ordonné de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays à destination duquel il serait reconduit d'office, à l'expiration de ce délai.

Par un jugement n° 2400289 du 21 mars 2024, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 19 avril 2024, M. A, représenté par Me Blanc, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 21 mars 2024 ;

2°) d'annuler les décisions susmentionnées pour excès de pouvoir ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer son dossier, de lui délivrer un titre de séjour et de lui remettre, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté dans son ensemble :

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision refusant la délivrance du titre de séjour sollicité :

- elle est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La caducité de la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. A a été constatée par une décision du 10 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi, notamment ses articles 3 et 9 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A, ressortissant marocain né le 28 octobre 1996, est entré en France à la date déclarée du 29 octobre 2022, muni d'un visa de long séjour à entrées multiples, valable en Roumanie pour une durée de séjour cumulée de quatre-vingt-dix jours au plus, entre 25 mai et le 18 novembre 2022 et d'un titre de séjour roumain valable un an à compter du 31 août 2022. Ayant épousé, le 6 mai 2023, une ressortissante française, il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 21 décembre 2023, le préfet de la Savoie lui a opposé un refus, assorti de l'obligation de quitter le territoire français, et a désigné le pays de renvoi. M. A fait appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.

Sur arrêté dans son ensemble :

3. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

4. Il ressort des éléments du dossier que ni la demande d'admission au séjour du requérant ni l'arrêté du préfet de la Savoie n'ont été fondés sur les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de leur violation est inopérant à l'encontre des décisions préfectorales contestées.

Sur le refus de délivrance d'un titre de séjour :

5. M. A soutient que la décision par laquelle le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il fait valoir, en particulier, qu'il vit avec son épouse, de nationalité française. Toutefois, l'intéressé est entré irrégulièrement dans l'espace Schengen et notamment en France, par le train, porteur d'un visa délivré par la Roumanie, à laquelle l'ensemble de l'acquis Schengen n'est devenu applicable que le 31 mars 2024 et, au surplus, uniquement en ce qui concerne le franchissement des frontières aériennes et maritimes. À la date de la décision de refus contestée, il ne séjournait sur le territoire français que depuis treize mois. M. A et Mme C, qu'il a épousée six mois après son entrée en France, ne pouvaient ignorer la précarité de leur installation commune dans ce pays, où le requérant ne détient aucun droit au séjour et au travail. Il ressort également des pièces produites que leur union, dont aucun enfant n'est issu, est récente et que le requérant ne justifie d'aucune intégration particulière au sein de la société française. Ainsi, rien ne s'oppose à ce que M. A retourne au Maroc, où son épouse pourra le visiter, le temps nécessaire à la régularisation de sa situation par l'obtention du visa de longue durée nécessaire. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Savoie.

Fait à Lyon, le 28 novembre 2024.

Le président,

signé

Gilles Hermitte

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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