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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-24LY01324

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-24LY01324

lundi 10 février 2025

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-24LY01324
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Grenoble d'annuler les décisions du 13 février 2024 par lesquelles le préfet de la Haute-Savoie lui a ordonné de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a désigné le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office, à l'expiration de ce délai, et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant un an à compter de l'exécution de cette mesure.

Par un jugement n° 2401503 du 8 avril 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 6 mai 2024, Mme A, représentée par Me Blanc, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 8 avril 2024 ;

2°) d'annuler les décisions préfectorales susmentionnées pour excès de pouvoir ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sans délai son dossier, de lui délivrer une carte de séjour et, dans l'attente, de lui remettre un récépissé de demande de titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision désignant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle n'a pas été examinée au regard de l'ensemble des critères prévus à l'article L. 612-10 du même code.

La demande d'aide juridictionnelle formulée par Mme A a été rejetée par une décision du 2 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme A, ressortissante kényane née le 12 juin 1997, est entrée en France irrégulièrement le 5 décembre 2018, selon ses déclarations. En avril 2019, elle a sollicité l'enregistrement d'une demande d'asile auprès de la préfecture des Bouches-du-Rhône et a été placée en procédure Dublin. La France étant devenue responsable de l'examen d'une telle demande, le 11 mai 2023, elle a renouvelé sa démarche auprès du préfet de l'Isère. Sa demande a été rejetée en dernier lieu le 11 janvier 2024 par la Cour nationale du droit d'asile, décision notifiée le 22 janvier suivant. Par un arrêté du 13 février 2024, le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a désigné le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'un an. Mme A fait appel du jugement par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, Mme A soutient que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de cette décision, elle ne séjournait en France que depuis cinq ans, au cours desquels elle n'a été autorisée à se maintenir sur le territoire que le temps nécessaire à l'examen de sa demande d'asile. Elle n'allègue pas posséder d'attaches personnelles ou familiales caractérisées par une ancienneté, une stabilité et une intensité particulières. Si elle a donné naissance à un enfant en avril 2023, qui a vocation à l'accompagner, elle déclare n'avoir aucun contact avec le père de son fils, lequel fait lui-même l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. L'intéressée n'est pas dépourvue d'attaches au Kenya, où résident ses deux premiers enfants, à l'égard desquels elle conserve des droits et des obligations, de même que sa grand-mère et sa sœur. Mme A, qui ne justifie d'aucune intégration significative au sein de la société française, susceptible de faire obstacle à son éloignement, n'établit pas davantage qu'elle y bénéficierait d'une insertion particulière sur le plan professionnel. Enfin, elle n'établit pas être exposée à des menaces sérieuses dans son pays d'origine l'empêchant d'y mener une vie privée et familiale normale. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

4. En second lieu, Mme A soutient qu'en édictant cette obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Haute-Savoie a également méconnu l'article 3 de la même convention européenne. La mesure d'éloignement n'ayant pas, par elle-même, pour objet ou pour effet de contraindre l'intéressée à regagner le Kenya, destination déterminée par une décision préfectorale distincte examinée ci-après aux points 5 à 7 de la présente ordonnance, ce moyen est inopérant, en tant qu'il est dirigé contre cette mesure, et doit être écarté pour ce motif.

Sur la désignation du pays de destination :

5. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de cet article 3 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. En premier lieu, la requérante soutient que la décision fixant le Kenya comme pays de destination porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Toutefois, selon ses propres déclarations, elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-et-un ans dans son pays d'origine, qu'elle n'avait quitté que depuis cinq ans à la date de la décision litigieuse, et elle y conserve de fortes attaches familiales, en la personne notamment de ses deux premiers enfants, de sa sœur et de sa grand-mère. Il ne ressort d'aucune des pièces qu'elle produit ayant valeur probante qu'elle serait dans l'impossibilité de se réinsérer au Kenya et d'y mener une vie privée et familiale normale. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. En second lieu, Mme A, dont la demande d'asile a été rejetée successivement par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis par la Cour nationale du droit d'asile, ne verse au dossier aucun élément de nature à établir, au-delà de tout doute raisonnable, qu'elle serait effectivement exposée, de façon personnelle et actuelle, à des risques sérieux pour sa vie, sa liberté ou son intégrité physique en cas de retour au Kenya. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir, qu'en désignant le pays de renvoi, le préfet de la Haute-Savoie a méconnu les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an :

8. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

9. En premier lieu, il apparaît que le préfet a constaté l'absence d'une précédente mesure d'éloignement prise à l'encontre de Mme A et le fait que celle-ci ne présente pas une menace pour l'ordre public. Toutefois, il a également retenu, qu'à la date de l'arrêté contesté, elle se maintenait sur le sol français depuis cinq ans et deux mois, qu'elle n'est pas dépourvue de liens familiaux aux Kenya, alors que ses attaches en France se limitent à son fils né en 2023 et au père de ce dernier, qui fait l'objet d'une mesure similaire d'éloignement. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet n'aurait pas tenu compte des critères prévus à l'article L. 612-10 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En second lieu, Mme A ne produit aucun élément établissant qu'elle serait dans la nécessité de revenir en France avant l'expiration du délai d'un an dont cette interdiction est assortie. Pour ce motif et ceux énoncés au point précédent, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre d'État, ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Savoie.

Fait à Lyon, le 10 février 2025.

Le président,

Gilles Hermitte

La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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