lundi 2 septembre 2024
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-24LY01505 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge des référés |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
M. B A a demandé au tribunal administratif de Clermont-Ferrand d'annuler l'arrêté du 7 avril 2024 par lequel la préfète du Rhône a décidé son transfert aux autorités allemandes en vue de l'examen de sa demande d'asile.
Par un jugement n° 2400921 du 13 mai 2024, la présidente du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour
Par une requête enregistrée le 17 mai 2024, M. A, représenté par l'AARPI Ad'vocare, agissant par Me Demars, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du 13 mai 2024 ou, à défaut, de le réformer ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision de transfert susmentionnée ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans le délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et d'enregistrer sa demande d'asile sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) subsidiairement, d'enjoindre de réexaminer sa situation administrative, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et dans l'attente, de lui remettre une attestation de demande d'asile dans le délai de quarante-huit heures suivant cette notification, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant du jugement attaqué :
- il est insuffisamment motivé, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 9 du code de justice administrative ;
- il méconnaît le principe du contradictoire, dès lors que son mémoire complémentaire et une pièce nouvelle n'ont pas été communiqués à la préfète du Rhône ;
- il est irrégulier, la présidente du tribunal ayant omis de statuer sur le moyen tiré de la violation des dispositions de l'article 13 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
S'agissant de la décision de transfert aux autorités allemandes :
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle a été prise en violation des dispositions de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, dès lors qu'il n'a pas effectivement bénéficié d'un entretien individuel compte tenu, d'une part, de la brièveté de celui-ci et, d'autre part, du fait que l'agent qui a mené cet entretien ne pouvait être regardé comme qualifié pour le faire ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 13 du même règlement, la Croatie étant responsable de l'examen de sa demande d'asile ;
- elle est entachée d'erreur de fait, tenant à la mention d'alias sous lesquels il serait connu, alors qu'il a justifié de son identité ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et d'erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
2. M. A, ressortissant turc né le 3 mai 1992, a demandé l'asile le 6 juin 2023 en Croatie et le 14 juin suivant en Allemagne, qui n'a pu procéder à son transfert aux autorités croates dans le délai requis. L'intéressé est entré irrégulièrement en France à la date déclarée du 25 janvier 2024. Le 2 février 2024, il a sollicité l'enregistrement d'une demande de protection internationale auprès de la préfecture du Puy-de-Dôme. Saisies d'une requête aux fins de reprise en charge le 23 février 2024, la Croatie l'a rejetée, tandis que l'Allemagne a expressément fait connaître son accord le 27 février suivant. Par l'arrêté du 7 avril 2024 en litige, la préfète du Rhône a décidé de transférer M. A aux autorités allemandes. L'intéressé a contesté cette décision devant le tribunal administratif de Clermont-Ferrand, qui a rejeté sa demande par un jugement de la présidente de cette juridiction en date du 13 mai 2024, dont il fait appel.
Sur la régularité du jugement :
3. En premier lieu, contrairement à ce que soutient M. A, le jugement n° 2400921 du 13 mai 2024 est suffisamment motivé.
4. En deuxième lieu, il ressort du dossier que l'arrêté en litige a été pris sur le fondement de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et non pas sur la base de son article 13, qui ne s'appliquait pas au cas de M. A. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la présidente du tribunal administratif, qui n'était pas tenue de se prononcer à l'égard d'un moyen inopérant, aurait entaché sa décision d'omission à statuer.
5. En troisième lieu, M. A soutient que la présidente du tribunal a pris en compte son mémoire en réplique, qui comportait un moyen nouveau tiré de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation, et une pièce complémentaire, versés sur l'application Télérecours durant l'audience. Il fait valoir que ces documents n'ont pas été communiqués à la préfecture du Rhône. Toutefois il n'apparaît pas que l'absence de transmission de ces pièces aurait pu, en l'espèce, préjudicier aux droits des parties et en particulier à ceux du requérant. Aucune violation du principe du contradictoire ne saurait donc être ici reconnue.
Sur l'arrêté de transfert aux autorités allemandes :
6. En premier lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. (). 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. () ".
7. Le requérant soutient que son entretien individuel en préfecture a été mené par un agent dont il n'est pas établi qu'il était qualifié pour le faire. Toutefois, il ressort du résumé de cet entretien qu'il a été réalisé le février 2024 au sein de la préfecture du Puy-de-Dôme, administration compétente pour y procéder, par un agent identifié par ses initiales et un timbre numéroté et avec l'assistance d'un interprète en turc, seule langue qu'il a déclaré comprendre. À cette occasion, M. A, qui n'a fait état d'aucune difficulté de compréhension, a été mis en mesure de faire connaître à l'autorité préfectorale sa situation familiale et administrative, ainsi que son parcours migratoire et de présenter des observations complémentaires. En particulier, il a certifié sur l'honneur avoir des cousins et des amis mais aucun membre de sa famille proche en France, pas plus que dans les autres États appliquant le " règlement Dublin ", et ne pas avoir précédemment sollicité l'asile auprès de l'un de ces États. Ainsi, il ressort des pièces produites que, quelle qu'ait été la durée de cet entretien, l'agent qui en était chargé, qui doit être regardé comme qualifié au sens du point 5 du même article, a pleinement atteint les objectifs définis au point 1 de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Le moyen tiré de de la violation de ces dispositions doit, en conséquence, être écarté.
8. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit, M. A, qui a introduit deux demandes d'asile dans des États membres de l'Union européenne avant de formuler une demande similaire en France, ne peut utilement invoquer la violation des dispositions de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, qui ne régissent pas son cas.
9. En troisième lieu, en se bornant à faire valoir, au demeurant sans l'établir, la présence en France de cousins et d'amis, ainsi qu'une décision des autorités allemandes rejetant sa précédente demande d'asile, le requérant ne produit aucun élément justifiant que l'autorité préfectorale déroge aux dispositions du " règlement Dublin " qui désignent l'État responsable de l'examen d'une demande d'asile. Par suite, en s'abstenant de faire usage de la faculté offerte à l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, la préfète du Rhône n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.
10. En dernier lieu, la requête de M. A reprend, pour le reste, les moyens exposés ci-dessus, qui ont déjà été soulevés devant le tribunal administratif de Clermont-Ferrand. Ces autres moyens ont été écartés à bon droit par la première juge. Par suite, il y a lieu de les écarter par adoption des motifs du jugement attaqué, à l'encontre desquels le requérant ne formule d'ailleurs aucune critique utile ou pertinente.
11. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée à la préfète du Rhône.
Fait à Lyon, le 2 septembre 2024.
Le président
Gilles Hermitte
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026