lundi 10 février 2025
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-24LY01509 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | Juge des référés |
| Avocat requérant | ACHOU |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
M. A B a demandé au tribunal administratif de Clermont-Ferrand d'annuler les décisions du 1er mars 2024 par lesquelles le préfet de la Haute-Loire lui a ordonné de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a désigné le pays à destination duquel il serait reconduit d'office, à l'expiration de ce délai, et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant douze mois.
Par un jugement n° 2400724 du 18 avril 2024, la présidente du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour
Par une requête enregistrée le 21 mai 2024, M. B, représenté par Me Achou, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du 18 avril 2024 ;
2°) d'annuler les décisions susmentionnées pour excès de pouvoir.
Il soutient que
S'agissant de l'arrêté contesté :
- il est illégal, dès lors qu'il a nécessairement été antidaté ;
- il est illégal, dès lors qu'il abroge de façon rétroactive l'attestation de demande d'asile à compter du 1er mars 2024, date à laquelle le délai de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides n'était pas échu ;
- il est entaché d'erreur tenant à la réalité de ses attaches en France et des risques auxquels l'exposerait un retour en Côte-d'Ivoire, en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant en particulier de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle méconnaît les dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle n'est pas motivée au regard de tous les critères qu'elles énoncent.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-ivoirien du 21 septembre 1992, relatif à la circulation et au séjour des personnes, notamment sin article 14 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. B, ressortissant ivoirien né le 24 mai 1980, est entré en France le 11 mars 2023. Le 2 octobre 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile. Par un arrêté du 1er mars 2024, le préfet de la Haute-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a désigné le pays de destination et a interdit à M. B de revenir sur le territoire français pendant douze mois à compter de l'exécution de cette mesure d'éloignement. Ce dernier fait appel du jugement par lequel la présidente du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.
Sur l'arrêté dans son ensemble :
3. En premier lieu, M. B ne fait état d'aucun élément de nature à créer un doute sérieux en ce qui concerne la signature effective de l'arrêté contesté à la date du 1er mars 2024. En particulier, rien ne s'oppose à ce que le courrier-type de notification ait été complété et édité le jour même de la signature de l'acte qu'il avait vocation à accompagner.
4. En deuxième lieu, le requérant soutient que l'attestation de demande d'asile qui lui a été délivrée, valable jusqu'au 1er mars 2024, ne pouvait être abrogée à compter de ce même jour par un arrêté notifié le 12 mars suivant. Toutefois, l'arrêté contesté, qui ne lui était opposable qu'à compter de sa notification, ne pouvait produire d'effet juridique à son égard de façon rétroactive. En outre, si M. B fait valoir que le délai de recours contre la décision de l'OFPRA n'avait pas encore expiré à la date considérée, cet argument n'est corroboré par aucune pièce du dossier établissant qu'un recours aurait été introduit devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) dans le délai requis. Au surplus, il ressort de l'ordonnance rendue le 15 avril 2024 par la CNDA, consultable par le juge administratif, que cette dernière a déclaré son recours irrecevable en raison de sa tardiveté. Dès lors, le moyen doit être écarté.
5. En troisième lieu, M. B soutient qu'il ressort de la motivation de l'arrêté que le préfet de la Haute-Loire a fait une inexacte appréciation de ses attaches personnelles et familiales en France. Il fait valoir, en particulier, la présence d'une tante habitant dans le département de l'Essonne, ainsi que ses activités bénévoles. Toutefois, à supposer même que soit établie la réalité de la présence de sa parente, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que les liens qu'il allègue avoir tissés en France seraient, par leur ancienneté, leur intensité et leur stabilité particulières, de nature à faire obstacle à son éloignement et à l'interdiction de revenir sur le territoire français pendant un an prise à son encontre. Enfin, M. B produit un certificat établi le 16 janvier 2024 par un médecin de l'association Médecine et droit d'asile, selon lequel l'intéressé présente des cicatrices sur l'arcade sourcilière et sur la jambe gauche, cohérentes avec des coups reçus dans son pays d'origine, ainsi qu'un état de stress post-traumatique nécessitant une prise en charge psychologique et un traitement associant des médicaments antidépresseurs et anxiolytiques. Toutefois, il ne ressort pas de cette pièce qu'il ne pourrait être utilement soigné en Côte-d'Ivoire, ni effectuer un trajet sans risque à destination de ce pays. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux serait entaché d'erreur d'appréciation de sa situation personnelle.
Sur la désignation du pays de renvoi :
6. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
7. M. B soutient que l'arrêté à été pris en méconnaissance de ces stipulations. Toutefois, en se bornant à produire un article du 20 mars 2024 extrait du site " L'infoCI " et intitulé " Décrispation de l'environnement politique : des partisans de Guillaume Soro toujours pas rassurés ", il ne justifie pas, comme il lui incombe de le faire, qu'il serait exposé de façon personnelle et actuelle à des risques sérieux pour sa vie, sa sécurité ou sa liberté en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des stipulations précitées, en désignant le pays de destination.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
8. Le requérant soutient que la décision contestée a été prise en violation des dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces dispositions ont été remplacées par celles des articles L. 612-6 et suivants de ce code à compter du 1er mai 2021. Aux termes de l'article L. 612-8, dans sa version issue de la loi du 26 janvier 2024 : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
9. Contrairement à ce que soutient l'intéressé, il ressort des termes de l'arrêté contesté que celui-ci a été pris au regard de l'ensemble des critères prévus à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la violation de ces dispositions ne peut qu'être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre d'État, ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Loire.
Fait à Lyon, le 10 février 2025.
Le président,
Gilles Hermitte
La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026