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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-24LY01880

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-24LY01880

lundi 27 janvier 2025

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-24LY01880
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

Mme A C a demandé au tribunal administratif de Grenoble d'annuler les décisions du 3 avril 2024 par lesquelles le préfet de la Haute-Savoie lui a ordonné de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a désigné le pays à destination duquel elle serait reconduite d'office, à l'expiration de ce délai, et lui a interdit de revenir en France pendant un an à compter de l'exécution de son éloignement.

Par un jugement n° 2402909 du 29 mai 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Grenoble a annulé la décision fixant à trente jours le délai accordé à Mme C en vue de préparer son départ volontaire et a rejeté le surplus de sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 2 juillet 2024, Mme C, représentée par Me Djinderedjian, demande à la cour :

1°) d'annuler l'article 4 du jugement du 29 mai 2024 ;

2°) d'annuler les décisions préfectorales susmentionnées pour excès de pouvoir ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les meilleurs délais, à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions d'astreinte, sous un délai d'un mois ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant du jugement attaqué :

- il est entaché d'erreur de droit, le premier juge ayant fondé sa décision sur les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'elle disposait d'un délai de départ volontaire ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise en violation des dispositions combinées des articles L. 542-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle disposait toujours du droit de se maintenir sur le territoire français, en raison de l'introduction de sa demande tendant au réexamen de sa demande d'asile ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation particulière ;

- elle est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'elle ne présente pas une menace pour l'ordre public ;

- elle porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'accord franco-ivoirien du 21 septembre 1992 relatif à la circulation et au séjour des personnes, notamment son article 14 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme C, ressortissante ivoirienne née le 21 janvier 2000, est entrée irrégulièrement en France à la date déclarée du 25 mai 2022, via l'Espagne. Sa demande d'asile a été placée en procédure Dublin, avant d'être examinée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), qui l'a rejetée le 11 mai 2023, rejet confirmé par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 12 février 2024, notifiée le 16 février suivant. Par un arrêté du 3 avril 2024, le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a désigné le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'un an. Mme C a contesté ces décisions devant le tribunal administratif de Grenoble, qui a annulé la décision lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours, en raison de sa grossesse avancée. Elle fait appel du jugement en ce qu'il a rejeté le surplus de sa demande.

Sur la régularité du jugement :

3. La requérante soutient que le jugement est entaché d'erreur de droit. Toutefois, un tel moyen, qui se rattache au bien-fondé du jugement, n'est pas susceptible d'affecter sa régularité et ne peut être utilement invoqué à son encontre devant la présente cour.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. () ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () ; 2° Lorsque le demandeur : a) a informé l'office du retrait de sa demande d'asile en application de l'article L. 531-36 ; b) a introduit une première demande de réexamen, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'office en application du 3° de l'article L. 531-32, uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement ; c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen ; () ". Par ailleurs, l'article L. 611-1 du même code dispose que : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

5. Aux termes de l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile () ". Aux termes de l'article R. 531-3 de ce même code : " La demande d'asile est rédigée en français sur un imprimé établi par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Cet imprimé doit être signé et accompagné () de la copie de l'attestation de demande d'asile et, le cas échéant, du document de voyage () ". L'article R. 531-35 du même code prévoit que : " Lorsque dans les cas et conditions prévues à l'article L. 531-41, la personne intéressée entend présenter une demande de réexamen, elle doit procéder à une nouvelle demande d'enregistrement auprès du préfet compétent. () ". Enfin, l'article R. 531-36 du même code dispose que : " La demande de réexamen doit être introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans un délai de huit jours à compter de l'enregistrement " et l'article R. 531-37 accorde à l'auteur d'une demande incomplète un délai de quatre jours pour la compléter.

6. En premier lieu, ces dispositions instituent une distinction entre la phase administrative de l'enregistrement, à l'issue de laquelle un étranger peut se voir remettre par les services préfectoraux une attestation de demande d'asile et un formulaire destiné à l'OFPRA, et celle de l'introduction de la demande proprement dite auprès de l'Office. En particulier, la seule remise des documents précités ne saurait faire présumer qu'une demande de protection internationale sera effectivement déposée, dans le délai réglementaire, auprès de ce dernier. En l'espèce, s'il est constant que Mme C s'est vu remettre, le 2 avril 2024, une attestation de demande d'asile, il ressort de l'attestation d'" introduction d'une demande de réexamen " délivrée par l'OFPRA que sa demande complète n'a été introduite que le 15 avril 2024. Ainsi, la requérante n'est pas fondée à soutenir que, sa demande de réexamen étant en cours d'instruction, le préfet ne pouvait prendre à son encontre une décision d'éloignement sans méconnaître les dispositions du 2° b) de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces versées au dossier que le préfet de la Haute-Savoie se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de la requérante.

8. En troisième lieu, la requérante soutient que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Elle fait valoir, en particulier, qu'elle vit avec M. B C, demandeur d'asile et père de son fils né le 13 mai 2024. Toutefois, il ressort du dossier qu'à la date de la décision en litige, l'intéressée séjournait depuis moins de deux ans en France, où elle n'a été autorisée à se maintenir que le temps nécessaire à l'examen de sa demande d'asile, et qu'elle ne bénéficiait d'aucune intégration au sein de la société française et ne possédait aucune attache personnelle ou familiale de nature à lui conférer un droit au séjour en France. Elle ne justifie pas non plus d'une communauté de vie avec M. B C, dont rien n'indique, au demeurant, qu'elle aurait été portée à la connaissance du préfet. En particulier, si M. C a reconnu le 18 janvier 2024, avant sa naissance, le fils de la requérante, il ressort des actes de reconnaissance et de naissance de l'enfant que les intéressés ne vivaient pas ensemble. Au surplus, il ressort de la décision de la CNDA en date du 12 février 2024, consultable par le juge administratif, que M. B C s'est vu lui aussi refuser tout régime de protection internationale et qu'il n'a ainsi pas vocation à demeurer sur le sol français. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En quatrième lieu, rien ne s'oppose à ce que Mme A C reconstitue sa cellule familiale hors de France, y compris avec M. B C, et la décision contestée, qui n'emporte pas séparation de la requérante et de son fils, ne porte pas atteinte à l'intérêt supérieur de cet enfant. Dès lors, le moyen tiré de la violation des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

10. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision lui interdisant de revenir en France pendant un an serait contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

12. Il ressort des éléments du dossier que Mme C, dont la présence en France était récente à la date de la décision contestée, ne dispose pas de liens personnels et familiaux particulièrement significatifs dans ce pays et n'établit pas qu'elle serait isolée en Côte-d'Ivoire. S'il est constant qu'elle ne représente pas une menace pour l'ordre public et qu'elle n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, sa présence en France est récente et elle ne justifie pas de liens particuliers avec la France. En outre, elle ne produit aucun élément de nature à démontrer la nécessité, pour elle, de revenir sur le territoire français avant le terme de cette interdiction. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions combinées des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C et au ministre d'État, ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Savoie.

Fait à Lyon, le 27 janvier 2025.

Le président,

signé

Gilles Hermitte

La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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