lundi 10 mars 2025
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-24LY02326 |
| Type | Ordonnance |
| Formation | Juge des référés |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
M. D C et Mme A B, épouse C, ont demandé au tribunal administratif de Grenoble d'annuler les arrêtés du 5 juillet 2023 par lesquels le préfet de l'Isère a refusé de leur délivrer des titres de séjour, leur a ordonné de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a désigné le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office, à l'expiration de ce délai, et leur a interdit de revenir sur le territoire français pendant un an.
Par des jugements n° 2401016 du 9 avril 2024 et n° 2400952 du 24 avril 2024, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté leurs demandes.
Procédure devant la cour
I- Par une requête enregistrée le 7 août 2024 sous le n° 24LY02326, M. C, représenté par Me Gérin, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement n° 2400952 du tribunal administratif de Grenoble, en date du 24 avril 2024 ;
2°) d'annuler les décisions préfectorales susmentionnées pour excès de pouvoir ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 425-9 ou L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à défaut, de son article L. 423-23 ;
4°) subsidiairement, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation ;
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 160 euros TTC, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant du jugement n° 2400952 du tribunal administratif de Grenoble, en date du 24 avril 2024 :
- il est entaché d'erreur de fait ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français :
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont contraires aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-11, L. 423-23, L. 425-9 et L. 432-13 de ce code ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- elle a été prise en violation des dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît également les dispositions de l'article L. 613-4 de ce code ;
- elle est illégale, du fait de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision désignant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut de base légale, du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision lui interdisant de revenir sur le territoire français pendant un an :
- elle est entachée d'un défaut d'examen, au regard notamment de l'atteinte portée à sa vie privée et familiale.
II- Par une requête enregistrée le 7 août 2024 sous le n° 24LY02327, Mme B, épouse C, représentée par Me Gérin, formule devant la cour les mêmes conclusions que celles énoncées au I ci-dessus.
S'agissant de l'arrêté préfectoral la concernant, elle soulève les mêmes moyens que son conjoint.
Par ailleurs, s'agissant du jugement n° 2401016 du tribunal administratif de Grenoble, en date du 9 avril 2024, elle soutient que cette décision :
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
M. et Mme C ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 3 juillet 2024.
Vu les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. et Mme C, ressortissants macédoniens nés le 23 mai 1960 et le 2 octobre 1963, sont entrés en France le 6 février 2015, selon leurs déclarations. Leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées par une décision la Cour nationale du droit d'asile le 12 juillet 2016. Par des arrêtés du 9 janvier 2017, le préfet de l'Isère a refusé de les admettre au séjour, décisions assorties de l'obligation de quitter le territoire français. Le 16 juin 2021, les intéressés ont présenté de nouvelles demandes de titre de séjour, sur le fondement de leur vie privée et familiale en France. Par des arrêtés du 5 juillet 2023, le préfet de l'Isère leur a opposé un refus, assorti de l'obligation de quitter le territoire français, a désigné le pays de renvoi et a prononcé à l'égard de chacun d'eux une interdiction de retour sur le territoire français d'un an. M. et Mme C font appel des jugements des 9 et 24 avril 2024 par lesquels le tribunal administratif de Grenoble a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces décisions.
3. Les requêtes n° 24LY02326 et n° 24LY02327 concernent un couple et ont été examinées conjointement. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule décision.
Sur les jugements attaqués :
4. Les moyens soulevés par les requérants, qui se rattachent au bien-fondé des jugements contestés, ne sont pas au nombre des moyens susceptibles d'affecter la régularité de ces décisions juridictionnelles. Dès lors, ils ne peuvent qu'être écartés comme étant inopérants.
Sur les décisions refusant aux requérants la délivrance de titres de séjour :
5. Aux termes de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, parent à charge d'un français et de son conjoint, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans sous réserve de la production du visa de long séjour prévu au 1° de l'article L. 411-1 et de la régularité du séjour ".
6. Il ressort des dossiers que les requérants ont tous deux sollicité un titre de séjour en se fondant, d'une part, sur leur vie privée et familiale en France et, d'autre part, sur la circonstance que leur état de santé nécessite des soins médicaux dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, soins dont M. C bénéficiait déjà en France. En revanche, il ne ressort pas des fiches de renseignements produites en première instance par le préfet qu'ils auraient sollicité l'admission au séjour en qualité de parents d'un ressortissant français dont ils seraient à la charge. Par suite, ils ne peuvent utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français :
7. Les requérants soutiennent que les décisions contestées ne leur ont pas été notifiées en " langue kosovare ", en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, les éventuelles irrégularités affectant la notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de cette dernière. Dès lors, ce moyen est inopérant à l'encontre des décisions par lesquelles le préfet de l'Isère a obligé M. et Mme C à quitter le sol français.
Sur les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an :
8. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". En application des dispositions de l'article L. 612-10 du même code, dans ce cas, pour fixer la durée de l'interdiction, " l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
9. Les époux C soutiennent que les décisions contestées n'ont pas été précédées d'un examen réel de leur situation, compte tenu de leurs attaches en France. Toutefois, il ressort des arrêtés en litige que le préfet a constaté que, si les intéressés ne présentent pas de menace pour l'ordre public et résident en France, selon leurs dires, depuis février 2015, chacun d'eux a déjà fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français, qu'ils n'ont pas exécutée dans le délai requis. En outre, ils ne justifient pas de liens intenses et stables sur le territoire national, sur lequel ne réside que leur fils aîné et sa famille, qui les hébergent et alors qu'ils font tous deux l'objet d'une décision d'éloignement, de même que leur fils cadet. Ainsi, le préfet a examiné l'ensemble des points pertinents pour déterminer la durée de cette mesure d'interdiction, y compris en ce qui concerne la nature de leurs attaches avec la France.
10. Enfin, les requêtes de M. et Mme C se bornent à reprendre les autres moyens énoncés ci-dessus, déjà invoqués devant le tribunal administratif de Grenoble. Ces moyens ont été écartés à bon droit par les premiers juges. Il y a lieu, dès lors, par adoption des motifs des jugements attaqués, à l'encontre desquels les requérants ne formulent d'ailleurs aucune critique utile ou pertinente, d'écarter ces autres moyens.
11. Il résulte de ce qui précède que les requêtes de M. et Mme C sont manifestement dépourvues de fondement. Dès lors, elles doivent être rejetées, y compris en leurs conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : Les requêtes de M. et Mme C sont rejetées.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D C, à Mme A B, épouse C, et au ministre d'État, ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.
Fait à Lyon, le 10 mars 2025.
Le président,
Gilles Hermitte
La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Nos 24LY02326-24LY02327
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026