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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-24LY02983

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-24LY02983

jeudi 22 mai 2025

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-24LY02983
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés
Avocat requérantROSSI MAÉVA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. B A a demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler l'arrêté du 25 juin 2024 par lequel le préfet de la Haute-Savoie a prolongé pour une durée de deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée par arrêté du 4 mai 2023.

Par un jugement n° 2406291 du 1er juillet 2024, le magistrat désigné du tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 18 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Rossi, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cette décision ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il n'a pas donné lieu à un examen attentif et complet de sa situation ;

- la prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en l'absence de menace à l'ordre public et compte tenu de l'ancienneté de ses liens avec la France ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

La demande d'aide juridictionnelle présentée par M. B A a été rejetée par une décision du 18 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement ".

2. Le 24 juin 2024, M. B A, ressortissant algérien né en 1996, a été interpellé et placé en garde à vue par les services de police d'Annemasse (Haute-Savoie) pour des faits de recel de vol, défaut de permis de conduire et défaut d'assurance. Par un arrêté du 25 juin 2024, le préfet de la Haute-Savoie a prolongé pour une durée de deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an prononcée à son encontre par le préfet de l'Ardèche, le 4 mai 2023, concomitamment à une obligation de quitter le territoire français sans délai. M. A relève appel du jugement du 1er juillet 2024 par lequel le magistrat désigné du tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai () Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

4. Il ressort de la combinaison de ces dispositions qu'une décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

5. En l'espèce, le préfet de la Haute-Savoie, après avoir rappelé l'obligation de quitter le territoire français sans délai prononcée à l'encontre de M. A le 4 mai 2023, a indiqué, au visa de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la durée de sa présence sur le territoire français, la nature et l'ancienneté des liens qu'il avait en France, les condamnations pénales prononcées à son encontre, a donné le détail des multiples signalements le concernant. La décision portant prolongation de l'interdiction de retour comporte ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée. Cette motivation, qui fait état de sa relation avec sa compagne et des attaches familiales de M. A dans son pays d'origine, révèle également qu'il a été procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé et que le préfet a pris en compte l'ensemble des critères prévus par la loi. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français et du défaut d'examen doivent être écartés.

6. En deuxième lieu, il ressort du dossier de première instance que M. A est défavorablement connu des services de police pour des faits de vol à la roulotte commis le 5 mars 2019, de vol aggravé par deux circonstances sans violence commis le 8 mars 2019 et le 6 mars 2024, de violence sans incapacité par une personne ayant été le conjoint commis le 27 avril 2020 et le 8 août 2020, de vol à l'étalage commis le 23 mars 2023, de faits d'offre, cession et acquisition de produits stupéfiants, de recel de biens provenant d'un vol commis le 16 août 2021 et le 3 mai 2023 et de violence avec usage ou menace d'une arme commis le 26 juin 2023. Ainsi, le préfet a pu légalement retenir que son comportement constituait une menace à l'ordre public.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Si M. A invoque la durée de sa présence en France et sa relation avec une ressortissante roumaine, il a, lui-même, indiqué vivre sur le territoire français dans des conditions d'extrême précarité. Il n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Algérie où résident son père et sa fratrie, et où il a lui-même vécu la plus grande partie de son existence. Dans ces conditions, eu égard aux conditions de son séjour en France de l'intéressé, en prolongeant l'interdiction de retour sur le territoire français dont il faisait l'objet, le préfet n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à B M. A.

Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et au préfet de la Haute-Savoie.

Fait à Lyon, le 22 mai 2025.

Le président de la 2ème chambre,

Dominique Pruvost

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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