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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-21PA02042

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-21PA02042

mardi 31 décembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-21PA02042
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantALMEIDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Montreuil d'annuler l'arrêté du 11 mai 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour pendant une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2005495 du 19 mars 2021, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête enregistrée le 19 avril 2021, M. B A, représenté par Me Almeida, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2005495 du 19 mars 2021 du tribunal administratif de Montreuil rejetant la requête de M. A ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 mai 2020 du préfet de la Seine-Saint-Denis ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter du prononcé de l'arrêt à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le jugement attaqué ne s'est pas prononcé sur les moyens soulevés à l'encontre de l'interdiction de retour sur le territoire français ; cette interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans est insuffisamment motivée ;

- la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie, en méconnaissance de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'il justifie résider en France depuis plus de dix ans et qu'il y a fixé le centre de sa vie privée et familiale, ces éléments constituant des motifs exceptionnels d'admission au séjour au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- eu égard à la durée de son séjour et aux liens affectifs et familiaux fixés en France, la décision de refus de titre de séjour méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision est également entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les éléments qu'il a transmis concernant sa situation personnelle n'ont pas été étudiés par le préfet de la Seine-Saint-Denis ; ainsi, la décision critiquée ne fait nullement état de ses années de présence en France.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Le dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative dispose : " Les () présidents des formations de jugement des cours peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. A, de nationalité chinoise, né le 10 aout 1973 à Shandong (République populaire de Chine), est entré sur le territoire français le 15 septembre 2009 selon ses déclarations. Il a fait l'objet d'un premier arrêté de refus de séjour au titre de l'asile édicté par le préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 25 mai 2011, assorti d'une obligation de quitter le territoire français, notifié le 26 mai 2011. La demande d'annulation de cet arrêté a été rejetée le 15 novembre 2011 par le tribunal administratif de Paris puis le 17 juillet 2012 par la Cour. M. A s'est maintenu en France au-delà du départ volontaire fixé. Le 28 octobre 2019 il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, la mention " salarié " au titre de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et séjour des étrangers et du droit d'asile. Il relève appel du jugement du 19 mars 2021 par lequel le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis lui ayant refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui ayant fait obligation de quitter le territoire français sans délai et ayant prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux.

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. Il ne ressort pas de la demande introductive d'instance enregistrée le 14 juin 2020 au greffe du tribunal administratif de Montreuil que M. A ait fait valoir, au soutien de ses conclusions en annulation dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans, un moyen tiré de ce qu'elle aurait été illégale. Par suite, puisque ce moyen n'était pas soulevé en première instance, le tribunal administratif a rejeté la demande de M. A sans y répondre à ce moyen. Il suit de là que le moyen tiré de ce que le jugement attaqué serait irrégulier doit être écarté.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur: " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée au 1° de l'article L. 313-10 peut- être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. / L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans. () ".

5. M. A soutient qu'il est entré en France en 2009 et qu'il y a conservé sa résidence habituelle depuis. Il ne justifie cependant pas, par les documents qu'il produit, du caractère habituel de sa présence en France, notamment au cours des années 2012 à 2018 pour lesquelles les documents produits sont dénués de caractère suffisamment probant. Dès lors, le préfet de police n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour sur la situation de M. A avant de refuser le renouvellement de son titre de séjour.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. A se prévaut de sa présence stable en France depuis 2009 et de ses intérêts personnels et familiaux. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, sur le plan familial, M. A est marié depuis 1997 à une ressortissante chinoise qui réside en Chine, avec leur enfant majeur, sa mère et le frère de M. A étant également en Chine. Sur le plan professionnel, aucun élément ne justifie l'insertion sur le territoire français, hormis la production d'une promesse d'embauche datant de 2019 qui n'apparaît pas avoir été suivie d'une concrétisation ; par ailleurs, aucun mouvement sur ses deux comptes bancaires ne permet d'estimer qu'il aurait perçu un salaire. En l'absence de tout élément justificatif établissant des liens familiaux ou amicaux sur le territoire français, le refus de titre de séjour en litige n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et ne procède ainsi pas d'une inexacte application de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le refus de titre de séjour contesté n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

8. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que le préfet de la Seine-Saint-Denis a pris en considération les éléments transmis par le requérant concernant sa situation personnelle, et notamment ses années de présence en France.

9. En quatrième lieu, aux termes du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. () / Lorsqu'elle ne se trouve pas en présence du cas prévu au premier alinéa du présent III, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. () / La durée de interdiction de retour mentionnée au premier alinéa du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

10. L'arrêté litigieux du préfet de la Seine-Saint-Denis mentionne les considérations de fait et de droit qui fondent l'interdiction de retour, notamment au regard des critères énoncés aux dispositions précitées du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile. Il indique ainsi que M. A s'est déjà soustrait à l'exécution d'une mesure d'éloignement prononcée par le préfet de police le 26 mai 2011. Par suite, cet arrêté est suffisamment motivé quant à la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, contrairement à ce que soutient le requérant.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu de la rejeter en application des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Paris, le 31 décembre 2024.

Le président de la 1ère chambre,

I. LUBEN

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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