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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-23PA02236

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-23PA02236

jeudi 6 mars 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-23PA02236
TypeOrdonnance
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme E A épouse D a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2022 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office à l'expiration de ce délai.

Par un jugement n° 2226663 du 4 avril 2023, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés le 19 mai 2023 et le 16 juin 2023, Mme A épouse D, représentée par Me Lengrand, demande à la Cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, cet arrêté ;

3°) d'enjoindre à toute autorité administrative compétente de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, et, dans l'attente de ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- en se fondant sur une décision de désignation du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en date du 1er août 2022 pour écarter son moyen tiré de l'incompétence des médecins signataires de l'avis du collège de médecins de l'OFII, sans la verser au débat contradictoire, le tribunal administratif a méconnu le principe du contradictoire, garanti par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 5 du code de justice administrative ;

- en écartant son moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le tribunal administratif a entaché son jugement d'un défaut ou erreur de motivation, d'un défaut d'examen particulier de sa situation, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant refus de titre de séjour a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, faute de production par le préfet d'éléments permettant de vérifier la compétence des médecins signataires de l'avis du 15 septembre 2022 du collège de médecins de l'OFII ;

- la décision portant refus de titre de séjour a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, faute de production par le préfet d'éléments permettant de vérifier le caractère collégial de la délibération du collège de médecins de l'OFII ;

- elle s'en rapporte, pour les autres moyens, à ses écritures de première instance.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A épouse D ne sont pas fondés.

Par une décision du 24 avril 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris, Mme A épouse D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 29 novembre 2024, la présidente de la Cour administrative d'appel de Paris a désigné M. d'Haëm, président assesseur à la 6ème chambre, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, les magistrats " ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Mme A épouse D, ressortissante ivoirienne, née le 2 avril 1966 et entrée en France le 31 mars 2018, a sollicité, le 19 avril 2022, la délivrance d'un titre de séjour pour raison de santé. Par un arrêté du 18 octobre 2022, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme A épouse D fait appel du jugement du 4 avril 2023 par lequel le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. D'une part, pour écarter le moyen tiré de l'incompétence des trois médecins signataires de l'avis du 15 septembre 2022 du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), le tribunal administratif s'est référé à la décision du directeur général de l'Office en date du 1er août 2022 désignant, notamment, ces trois médecins, décision qui est librement accessible sur le site internet de l'OFII. De surcroît, en première instance, le préfet de police a, en défense, indiqué ce caractère librement accessible et a mentionné précisément l'adresse internet du site de l'OFII. Par suite, la requérante ne saurait être fondée à soutenir que, ce faisant, le tribunal aurait méconnu le principe du contradictoire.

4. D'autre part, si la requérante soutient qu'en écartant son moyen soulevé à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour et tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le tribunal administratif aurait entaché son jugement d'un défaut ou erreur de motivation, d'un défaut d'examen particulier de sa situation, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, de tels moyens, qui se rattachent en réalité au bien-fondé du raisonnement suivi par les premiers juges, ne sont pas de nature à affecter la régularité du jugement attaqué. Ils doivent, par suite, être écartée.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'avis du 15 septembre 2022 du collège de médecins de l'OFII a été rendu par trois médecins de l'Office, les docteurs Joëlle Trétout, Xavier Wagner et Nicolas Signol. Ces trois médecins ont été désignés pour ce faire par une décision du 1er août 2022 du directeur général de l'OFII, qui est librement accessible sur le site internet de l'OFII. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de titre de séjour aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, faute de justification de la désignation de ces trois médecins, ne peut qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, il résulte des dispositions des articles R. 425-11 à R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles 5 et 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé que l'autorité préfectorale statue sur la demande de titre de séjour pour raison de santé au vu d'un avis rendu par trois médecins du service médical de l'OFII, qui se prononcent en répondant par l'affirmative ou par la négative aux questions figurant à l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016, au vu d'un rapport médical relatif à l'état de santé de la personne intéressée établi par un autre médecin de l'Office. Les médecins signataires de l'avis ne sont pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux, l'avis résultant de la réponse apportée par chacun à des questions auxquelles la réponse ne peut être qu'affirmative ou négative. Ainsi, en l'espèce, la circonstance que ces réponses n'auraient pas fait l'objet de tels échanges, oraux ou écrits, est sans incidence sur la légalité de la décision contestée portant refus de titre de séjour prise par le préfet de police au vu de l'avis du 15 septembre 2022. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, faute de production par le préfet d'éléments permettant de vérifier le caractère collégial de la délibération du collège de médecins de l'OFII qui a émis cet avis du 15 septembre 2022, doit, en tout état de cause, être écarté.

7. En troisième lieu, pour refuser de délivrer à Mme A épouse D un titre de séjour pour raison de santé, le préfet de police s'est, notamment, fondé sur l'avis du 15 septembre 2022 du collège de médecins de l'OFII, lequel a estimé que si l'état de santé de l'intéressée nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner, pour elle, des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Côte d'Ivoire, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Pour contester cette appréciation, Mme A épouse D, qui présente une infection par le virus de l'immunodéficience humaine (VIH), ne nécessitant pas actuellement de traitement, et qui souffre d'une hypertension artérielle, fait valoir qu'elle ne pourrait pas bénéficier en Côte d'Ivoire, compte tenu de l'offre de soins prévalant dans ce pays et de la faiblesse de ses ressources, du suivi médical et des traitements, notamment l'amlodipine (inhibiteur calcique) et le candesartan (antihypertenseur, inhibiteur de l'angiotensine II), dont elle bénéficie en France. Toutefois, ni les données générales que la requérante produit sur le système de santé et les offres de soins prévalant en Côte d'Ivoire, notamment un rapport de recherche de 2017 sur le droit à la santé en Côte d'Ivoire, ni les documents d'ordre médical qu'elle verse, notamment deux certificats médicaux établis les 18 août 2021 et 14 novembre 2022 par une praticienne hospitalière du service de médecine interne de l'hôpital Lariboisière, ne sauraient suffire à démontrer que Mme A épouse D ne pourrait pas bénéficier effectivement des traitements et du suivi que nécessite son état de santé dans son pays d'origine, alors que, sur la liste nationale des médicaments essentiels en Côte d'Ivoire produite par la requérante elle-même, l'amlodipine y figure et que, par ailleurs, cette liste mentionne plusieurs antihypertenseurs, notamment des inhibiteurs de l'angiotensine II. Sur ce dernier point, aucun des documents médicaux produits par la requérante n'indique que le candesartan qui lui est prescrit en France, ne serait pas substituable. Par ailleurs, la requérante ne fournit aucune précision suffisante permettant de considérer qu'elle ne pourrait pas effectivement accéder à l'offre de soins prévalant dans son pays, notamment pour son suivi biologique régulier. Enfin, Mme A épouse D n'apporte aucun élément probant sur le coût de la prise en charge médicale dont elle a besoin en Côte d'Ivoire, ni, en tout état de cause, sur ses propres ressources dans ce pays. Dans ces conditions et en l'absence de tout autre élément précis et objectif de nature à démontrer l'existence de circonstances faisant obstacle à ce que Mme A épouse D bénéficie effectivement d'une prise en charge médicale appropriée à son état de santé dans son pays d'origine, le préfet de police, en refusant, au vu de l'avis du 15 septembre 2022 du collège de médecins de l'OFII, de lui délivrer un titre de séjour, n'a commis aucune erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En dernier lieu, Mme A épouse D se borne à se référer aux autres moyens soulevés en première instance et tirés, s'agissant de la décision portant refus de titre de séjour, de l'incompétence de son signataire, d'un vice de procédure - faute de justification de l'existence d'un avis du collège de médecins de l'OFII, de la régularité de cet avis et de ce que cet avis a été pris au vu d'un rapport médical établi par un médecin compétent qui n'a pas siégé au sein du collège et faute d'avoir été convoquée à un examen médical -, d'un défaut d'examen particulier de sa situation, d'une erreur de droit, dès lors que le préfet de police s'est estimé, à tort, en situation de compétence liée par rapport à l'avis du collège de médecins de l'OFII, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français, de son illégalité en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, de l'incompétence de son signataire, d'un vice de procédure - en l'absence de communication de l'avis du collège de médecins de l'OFII qui ne permet pas de vérifier que la procédure prévue par les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 et des articles R. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été respectée -, de la méconnaissance des dispositions du 9° de cet article L. 611-3, de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et, s'agissant de la décision fixant le pays de destination, de son illégalité en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, de l'incompétence de son signataire, d'une insuffisance de motivation, de la méconnaissance des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Toutefois, la requérante ne développe au soutien de ces moyens aucun argument de droit ou de fait complémentaire et pertinent de nature à remettre en cause l'analyse et la motivation retenues par le tribunal administratif. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par les premiers juges aux points 2, 4 et 6 à 20 de leur jugement.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A épouse D est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, il y a lieu de la rejeter en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles portant sur les frais liés au litige.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A épouse D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E A épouse D et au préfet de police.

Fait à Paris, le 6 mars 2025.

Le président assesseur de la 6ème chambre,

R. d'HAËM

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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