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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-23PA04008

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-23PA04008

mercredi 7 août 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-23PA04008
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantSELARL LEVY AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C A a demandé au tribunal administratif de Melun d'annuler l'arrêté du 20 juin 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne a décidé son transfert aux autorités polonaises en vue de l'examen de sa demande d'asile.

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Melun d'annuler l'arrêté du 20 juin 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne a décidé son transfert aux autorités polonaises en vue de l'examen de sa demande d'asile.

Par un jugement nos 2307335, 2307337 du 8 août 2023, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Melun, qui a joint ces demandes, les a rejetées.

Procédure devant la Cour :

I - Sous le n° 23PA04008, par une requête enregistrée le 8 septembre 2023, M. C A, représenté par Me Levy, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 8 août 2023 du tribunal administratif de Melun ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 juin 2023 de la préfète du Val-de-Marne le concernant ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que la Cour était susceptible de relever d'office le moyen tiré de l'existence d'un non-lieu à statuer sur le recours de M. A, dès lors que l'arrêté décidant son transfert n'est plus susceptible d'exécution à l'expiration d'un délai de six mois ayant couru à compter de la notification du jugement du tribunal administratif à la préfète du Val-de-Marne.

II - Sous le n° 23PA04009, par une requête enregistrée le 8 septembre 2023, Mme B A, représentée par Me Levy, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 8 août 2023 du tribunal administratif de Melun ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 juin 2023 de la préfète du Val-de-Marne la concernant ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que la Cour était susceptible de relever d'office le moyen tiré de l'existence d'un non-lieu à statuer sur le recours de Mme A, dès lors que l'arrêté décidant son transfert n'est plus susceptible d'exécution à l'expiration d'un délai de six mois ayant couru à compter de la notification du jugement du tribunal administratif à la préfète du Val-de-Marne.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. L'article R. 222-1 du code de justice administrative dispose que : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. C A et Mme B A, son épouse, ressortissants turcs nés respectivement les 3 mars 1987 et 1er janvier 1989, ont sollicité leur admission au séjour en France au titre de l'asile. La consultation du fichier " Visabio " ayant révélé qu'ils étaient entrés sur le territoire français sous couvert d'un visa délivré par les autorités polonaises, la préfète du Val-de-Marne a saisi ces dernières de demandes de prise en charge, qu'elles ont acceptées le 16 mai 2023. Par deux arrêtés du 20 juin 2023, la préfète du Val-de-Marne a décidé leur transfert aux autorités polonaises, responsables de l'examen de leur demande d'asile. Par deux requêtes qu'il y a lieu de joindre, M. et Mme A font appel, chacun pour ce qui le concerne, du jugement du 8 août 2023 par lequel la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Melun a rejeté leur demande tendant à l'annulation de ces arrêtés.

3. D'une part, le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 prévoit que l'Etat auprès duquel le ressortissant d'un pays tiers introduit une nouvelle demande de protection internationale peut requérir, aux fins de prise en charge du demandeur, l'Etat membre responsable en vertu du règlement. En cas d'acceptation de ce dernier, l'Etat membre requérant prend, en vertu de l'article 26 du règlement, une décision de transfert, notifiée au demandeur, à l'encontre de laquelle ce dernier dispose d'un droit de recours effectif, en vertu de l'article 27, paragraphe 1, du règlement. Aux termes du paragraphe 3 du même article : " Aux fins des recours contre des décisions de transfert ou des demandes de révision de ces décisions, les États membres prévoient les dispositions suivantes dans leur droit national : / a) le recours ou la révision confère à la personne concernée le droit de rester dans l'État membre concerné en attendant l'issue de son recours ou de sa demande de révision () ". Aux termes du premier alinéa du 1 de l'article 29 du règlement : " Le transfert du demandeur ou d'une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), de l'État membre requérant vers l'État membre responsable s'effectue conformément au droit national de l'État membre requérant, après concertation entre les États membres concernés, dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27, paragraphe 3 () ". Aux termes du 2 du même article : " Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite ".

4. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 572-4 du même code, dans sa rédaction applicable à la contestation des décisions attaquées : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision de transfert mentionnée à l'article L. 572-1 peut, dans les conditions et délais prévus à la présente section, en demander l'annulation au président du tribunal administratif ". L'article L. 572-2 du même code dispose que : " () Lorsque le tribunal administratif a été saisi d'un recours contre la décision de transfert, celle-ci ne peut faire l'objet d'une exécution d'office avant qu'il ait été statué sur ce recours ". Enfin, l'article L. 572-7 de ce code prévoit que : " Si la décision de transfert est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues au livre VII. L'autorité administrative statue à nouveau sur le cas de l'intéressé ".

5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'introduction d'un recours devant le tribunal administratif contre la décision de transfert a pour effet d'interrompre le délai de six mois fixé à l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013, qui courait à compter de l'acceptation du transfert par l'Etat requis, délai qui recommence à courir intégralement à compter de la date à laquelle le jugement du tribunal administratif statuant au principal sur cette demande est notifié à l'administration, quel que soit le sens de sa décision. Ni un appel ni le sursis à exécution du jugement accordé par le juge d'appel sur une demande présentée en application de l'article R. 811-15 du code de justice administrative n'ont pour effet d'interrompre ce nouveau délai. Son expiration a pour conséquence qu'en application des dispositions du paragraphe 2 de l'article 29 du règlement précité, l'Etat requérant devient responsable de l'examen de la demande de protection internationale.

6. En l'espèce, le délai de six mois imparti à l'administration pour procéder au transfert de M. et de Mme A, qui a commencé à courir à compter de l'acceptation des transferts par les autorités polonaises le 16 mai 2023, a été interrompu le 13 juillet 2023, par la présentation de requêtes devant le tribunal administratif de Melun tendant à l'annulation des arrêtés de la préfète du Val-de-Marne décidant leur transfert aux autorités polonaises. Ce délai a recommencé à courir intégralement le 9 août 2023, date à laquelle le jugement du tribunal administratif a été notifié à la préfète. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les dispositions permettant de porter le délai de transfert à un an ou dix-huit mois, en conséquence de l'emprisonnement ou de la fuite de l'étranger, auraient été applicables en l'espèce, et il n'en ressort pas davantage que les décisions contestées auraient été matériellement exécutées. Informée par des courriers du 6 mars 2024 qu'un non-lieu à statuer était susceptible d'être relevé d'office sur les recours de M. et de Mme A, la préfète du Val-de-Marne n'a pas présenté d'observations. Dans ces conditions, les décisions de transfert de M. et de Mme A doivent être regardées comme devenues caduques le 9 février 2024, et les autorités polonaises ont été libérées, en application des dispositions du paragraphe 2 de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, de leur obligation de prise en charge des intéressés. A la date de la présente ordonnance, la France est ainsi devenue responsable de l'examen des demandes de protection de M. et de Mme A, et il appartiendra au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence des intéressés d'enregistrer leur demande d'asile, en vue de son examen par les autorités françaises, lorsqu'ils se présenteront à l'autorité compétente. Dès lors, les conclusions des requêtes de M. et de Mme A aux fins d'annulation sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement des sommes demandées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions des requêtes de M. et de Mme A aux fins d'annulation.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.

Fait à Paris, le 7 août 2024

La conseillère d'Etat,

Présidente de la Cour administrative d'appel de Paris,

P. FOMBEUR

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. , 23PA04009

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