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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-24PA01440

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-24PA01440

vendredi 21 novembre 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-24PA01440
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B... A... a demandé au tribunal administratif de Paris d’annuler l’arrêté du
15 janvier 2024 par lequel le préfet de police a décidé son transfert aux autorités italiennes en vue de l’examen de sa demande d’asile.

Par un jugement n° 2402154 du 6 mars 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Paris a annulé l’arrêté du 15 janvier 2024 du préfet de police et a enjoint à ce dernier de procéder à un nouvel examen de la situation de M. A... et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de trois mois à compter de la notification de ce jugement.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 27 mars 2024, le préfet de police demande à la Cour :

1°) d’annuler le jugement du 6 mars 2024 du tribunal administratif de Paris ;

2°) de rejeter la demande présentée par M. A... devant le tribunal administratif de Paris.

Il soutient que :

- c’est à tort que le premier juge a annulé l’arrêté attaqué au motif que l’entretien individuel n’a pas été mené par une personne qualifiée en vertu du droit national au sens de l’article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- les autres moyens soulevés par M. A... devant le tribunal administratif ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à M. A... qui n’a pas produit de mémoire en défense.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « Les présidents (…) de cour administrative d’appel (…) les présidents de formation de jugement (…) des cours (…) peuvent, par ordonnance : / (…) 3° Constater qu’il n’y a pas lieu de statuer sur une
requête ; (…) ».

2. M. A..., ressortissant ivoirien, né le 24 décembre 2001 à Zoukougbeu (Côte d’Ivoire), a sollicité le 14 décembre 2023 son admission au séjour en France au titre de l’asile. La consultation du fichier « Eurodac » ayant montré qu’il avait franchi irrégulièrement les frontières italiennes, le préfet de police a saisi les autorités italiennes d’une demande de prise en charge, qu’elles ont acceptée le 4 janvier 2024. Par arrêté du 15 janvier 2024, le préfet de police a décidé son transfert aux autorités italiennes en vue de l’examen de sa demande d’asile. Le préfet de police relève appel du jugement du 6 mars 2024 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Paris a annulé cet arrêté.

3. D’une part, le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du
26 juin 2013 prévoit que l’Etat auprès duquel le ressortissant d’un pays tiers introduit une nouvelle demande de protection internationale peut requérir, aux fins de reprise en charge du demandeur, l’Etat membre responsable en vertu du règlement. En cas d’acceptation de ce dernier, l’Etat membre requérant prend, en vertu de l’article 26 du règlement, une décision de transfert, notifiée au demandeur, à l’encontre de laquelle ce dernier dispose d’un droit de recours effectif, en vertu de l’article 27, paragraphe 1, du règlement. Aux termes du paragraphe 3 du même article : « Aux fins des recours contre des décisions de transfert ou des demandes de révision de ces décisions, les États membres prévoient les dispositions suivantes dans leur droit national : / a) le recours ou la révision confère à la personne concernée le droit de rester dans l’État membre concerné en attendant l’issue de son recours ou de sa demande de révision (…) ». Aux termes du premier alinéa du 1 de l’article 29 du règlement : « Le transfert du demandeur ou d’une autre personne visée à l’article 18, paragraphe 1, point c) ou d), de l’État membre requérant vers l’État membre responsable s’effectue conformément au droit national de l’État membre requérant, après concertation entre les États membres concernés, dès qu’il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l’acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l’effet suspensif est accordé conformément à l’article 27, paragraphe 3 (…) ». Aux termes du 2 du même article : « Si le transfert n’est pas exécuté dans le délai de six mois, l’État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l’État membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s’il n’a pas pu être procédé au transfert en raison d’un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite ».


4. D’autre part, aux termes du premier alinéa de l’article L. 572-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen ». Aux termes du premier alinéa de l’article L. 572-4 du même code, dans sa rédaction applicable à la contestation de la décision attaquée :
« L'étranger qui fait l'objet d'une décision de transfert mentionnée à l'article L. 572-1 peut, dans les conditions et délais prévus à la présente section, en demander l'annulation au président du tribunal administratif ». L’article L. 572-2 du même code dispose que : « (…) Lorsque le tribunal administratif a été saisi d'un recours contre la décision de transfert, celle-ci ne peut faire l'objet d'une exécution d'office avant qu'il ait été statué sur ce recours ». Enfin, l’article L. 572-7 de ce code prévoit que : « Si la décision de transfert est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues au livre VII. L'autorité administrative statue à nouveau sur le cas de l'intéressé ».

5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l’introduction d’un recours devant le tribunal administratif contre la décision de transfert a pour effet d’interrompre le délai de six mois, susceptible de prolongation à douze ou dix-huit mois, fixé à l’article 29 du règlement (UE)
n° 604/2013, qui courait à compter de l’acceptation du transfert par l’Etat requis, délai qui recommence à courir intégralement à compter de la date à laquelle le jugement du tribunal administratif statuant au principal sur cette demande est notifié à l’administration, quel que soit le sens de sa décision. Ni un appel ni le sursis à exécution du jugement accordé par le juge d’appel sur une demande présentée en application de l’article R. 811-15 du code de justice administrative n’ont pour effet d’interrompre ce nouveau délai. Son expiration a pour conséquence qu’en application des dispositions du paragraphe 2 de l’article 29 du règlement précité, l’Etat requérant devient responsable de l’examen de la demande de protection internationale.

6. En l’espèce, le délai de six mois imparti à l’administration pour procéder au transfert de M. A..., qui a commencé à courir à compter de l’acceptation du transfert par les autorités italiennes le 4 janvier 2024, a été interrompu le 29 janvier 2024 par la présentation d’une requête devant le tribunal administratif de Paris tendant à l’annulation de l’arrêté du préfet de police décidant le transfert de l’intéressé aux autorités italiennes. Ce délai a recommencé à courir intégralement à compter du
6 mars 2024, date à laquelle le jugement du tribunal administratif a été notifié au préfet. Il ne ressort d’aucune pièce du dossier que les dispositions permettant de porter le délai de transfert à un an ou dix-huit mois, en conséquence de l’emprisonnement ou de la fuite de l’étranger, auraient été applicables en l’espèce, et il n’en ressort pas davantage que la décision contestée aurait été matériellement exécutée. Dans ces conditions, la décision de transfert de M. A... doit être regardée comme devenue caduque le 6 septembre 2024, et les autorités italiennes ont été libérées, en application des dispositions du paragraphe 2 de l’article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, de leur obligation de prise en charge de l’intéressé. À la date de la présente ordonnance, la France est ainsi devenue responsable de l’examen de la demande de protection de M. A... et il appartiendra au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l’intéressé d’enregistrer sa demande d’asile, en vue de son examen par les autorités françaises, lorsqu’il se présentera à l’autorité compétente. Dès lors, les conclusions de la requête du préfet de police à fin d’annulation sont devenues sans objet et il n’y a plus lieu d’y statuer.






ORDONNE :


Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur la requête du préfet de police.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l’intérieur et à M. B... A....

Copie en sera adressée au préfet de police.


Fait à Paris, le 21 novembre 2025.


Le président de la 3ème chambre,
Ph. DELAGE





La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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