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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-24PA01958

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-24PA01958

vendredi 28 février 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-24PA01958
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B a demandé au tribunal administratif de Melun d'annuler l'arrêté du 12 février 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ainsi que l'arrêté préfectoral du même jour l'assignant à résidence.

Par un jugement nos 2402067-2402068 du 3 avril 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Melun a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 30 avril 2024, M. A, représenté par Me Sirot, demande à la Cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, ces deux arrêtés ;

3°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de trois mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- l'arrêté portant assignation à résidence est illégal en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 29 novembre 2024, la présidente de la Cour administrative d'appel de Paris a désigné M. d'Haëm, président assesseur à la 6ème chambre, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, les magistrats " ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. A, ressortissant centrafricain, né le 5 octobre 1997, fait appel du jugement du 3 avril 2024 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Melun a rejeté ses demandes tendant à l'annulation de l'arrêté du 12 février 2024 du préfet de Seine-et-Marne l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ainsi que l'arrêté préfectoral du même jour l'assignant à résidence.

3. En premier lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir, à l'encontre de l'arrêté du 12 février 2024 portant, notamment, obligation de quitter le territoire français, des dispositions du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ont été abrogées, à compter du 28 janvier 2024, par l'article 37 de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024.

4. En deuxième lieu, M. A se prévaut de la durée de son séjour en France depuis le 6 janvier 1999 et de la présence sur le territoire de ses parents, en situation régulière, et de ses trois frères et sœur nés en 1999, 2006 et 2010, de nationalité française ou titulaire d'un document de circulation pour mineur étranger.

5. Toutefois, si l'intéressé fait valoir qu'il est arrivé en France en 1999 et a été titulaire d'un document de circulation pour mineur étranger entre les mois de février 2005 et février 2010, puis d'une carte de séjour temporaire, valable du 12 avril 2016 au 11 avril 2017, M. A se maintient irrégulièrement sur le territoire français depuis lors. De surcroît, l'intéressé s'est inscrit à partir de l'année 2016 dans un parcours de délinquance marqué par la commission de nombreuses infractions qui lui ont valu 15 condamnations par les juridictions répressives à des peines atteignant un quantum total de 4 ans et 11 mois d'emprisonnement, dont un mois avec sursis. Il a ainsi été condamné le 9 juin 2016 à 1 mois d'emprisonnement avec sursis, assorti d'une obligation d'accomplir un travail d'intérêt général de 70 heures, pour usage illicite de stupéfiants, le 15 juin 2016 à 2 mois d'emprisonnement pour usage illicite de stupéfiants, le 12 avril 2017 à 3 mois d'emprisonnement pour usage illicite de stupéfiants, le 12 octobre 2017 à 500 euros d'amende pour outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et rébellion et le 14 novembre 2017 à 350 euros d'amende pour usage illicite de stupéfiants. Il a également été condamné le 17 janvier 2019 à 5 mois d'emprisonnement pour détention non autorisée, usage illicite et acquisition non autorisée de stupéfiants, le 12 septembre 2019 à 1 an d'emprisonnement pour conduite d'un véhicule sans permis, refus par le conducteur d'un véhicule d'obtempérer à une sommation de s'arrêter, conduite de véhicule sous l'empire d'un état alcoolique, recel de bien venant de la cession de stupéfiants et détention non autorisée de stupéfiants, le 1er octobre 2019 à 6 mois d'emprisonnement pour conduite d'un véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants et conduite d'un véhicule sans permis, le 8 novembre 2019 à 2 mois d'emprisonnement pour conduite d'un véhicule sans permis et circulation avec un véhicule sans assurance et le 28 novembre 2019 à 3 mois d'emprisonnement pour usage illicite de stupéfiants et non justification de ressources ou de l'origine d'un bien par une personne en relation habituelle avec l'auteur de crimes ou délits de trafic ou usage de stupéfiants. Enfin, il a été condamné le 26 janvier 2021 à 70 heures de travail d'intérêt général pour usage illicite de stupéfiants, le 5 juillet 2021 à 9 mois d'emprisonnement pour violation de l'interdiction de paraître dans les lieux où l'infraction a été commise et usage illicite de stupéfiants, le 30 mai 2022 à 4 mois d'emprisonnement pour conduite d'un véhicule sans permis et 2 mois d'emprisonnement pour prise du nom d'un tiers pouvant déterminer des poursuites pénales contre lui en récidive, le 6 octobre 2022 à 140 heures de travail d'intérêt général pour violence sur une personne chargée de mission de service public sans incapacité et outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique (récidive) et le 5 janvier 2023 à 10 mois d'emprisonnement pour délit de fuite après un accident par conducteur de véhicule terrestre, récidive de conduite en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants et sous l'empire d'un état alcoolique et conduite d'un véhicule sans permis.

6. Alors que M. A s'est inscrit sur une longue période dans un parcours de délinquance, qui lui a valu de nombreuses condamnations pénales, et qu'il se maintient irrégulièrement sur le territoire français depuis 2017, l'intéressé, âgé de 26 ans à la date de l'arrêté contesté, célibataire et sans enfant et qui ne démontre pas que sa présence auprès de ses parents, qui sont séparés, ou de sa fratrie revêtirait, pour eux ou pour lui, un caractère indispensable, ne fait état d'aucun gage sérieux et avéré de distanciation ou de remise en question par rapport aux faits commis ainsi que de non réitération et de réinsertion, ni ne justifie d'ailleurs d'une scolarité après l'année 2013, ni d'aucune insertion professionnelle sur le territoire. A cet égard, la seule production d'une promesse d'embauche du 15 janvier 2024 pour un emploi de " technicien fibre optique " ne saurait suffire à caractériser une volonté réelle d'amendement et de réinsertion, alors que l'intéressé n'a jamais exercé d'activité professionnelle, hormis durant quelques jours en 2017 et 2018. De même, les trois attestations des mois de septembre et octobre 2023 relatives à un suivi en addictologie ne permettent pas d'attester que M. A aurait soigné son addiction à la drogue ou à l'alcool. Enfin, l'intéressé n'allègue aucune circonstance particulière de nature à faire obstacle à ce qu'il poursuive normalement sa vie à l'étranger et, en particulier, en Centrafrique où il n'allègue pas être dépourvu de toute attache personnelle ou familiale. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, notamment de la nature, de la répétition et de la gravité croissante des faits commis par l'intéressé et en l'absence de garanties sérieuses de non-réitération et de réinsertion, la décision en litige portant obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme ayant porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts, notamment de préservation de l'ordre public, en vue desquels cette mesure a été prise, ou comme étant entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de l'intéressé. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

7. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant assignation à résidence doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, il y a lieu de la rejeter en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles portant sur les frais liés au litige.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A.

Copie en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.

Fait à Paris, le 28 février 2025.

Le président assesseur de la 6ème chambre,

R. d'HAËM

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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