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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-24PA02523

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-24PA02523

mercredi 26 février 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-24PA02523
TypeOrdonnance
Recoursplein contentieux
FormationJuge des référés
Avocat requérantBERBAGUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La société à responsabilité limitée (SARL) Café des Sports a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler les onze titres de perception portant sur un montant total de 80 867 euros et émis le 15 mai 2022 par le directeur régional des finances publiques

d'Ile-de-France et de Paris en vue de la récupération d'aides financières de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences de l'épidémie de Covid-19 indûment perçues au titre des périodes de mars et avril 2020, septembre 2020, novembre et décembre 2020 et janvier à juillet 2021, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux en date du 1er septembre 2022.

Par un jugement n° 2217381 du 28 mai 2024, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 12 juin et 25 novembre 2024, la SARL Café des sports, représentée par Me Berbagui, demande à la Cour, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler le jugement n° 2217381 du 28 mai 2024 par lequel le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à l'annulation de onze titres de perception émis le 15 mai 2022 par le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris ;

2°) d'annuler les onze titres de perception portant sur un montant total de 80 867 euros et émis par le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris en vue de la récupération d'aides financières de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences de l'épidémie de Covid-19 indûment perçues au titre des périodes de mars, avril, septembre, novembre et décembre 2020 et janvier à juillet 2021, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux en date du 1er septembre 2022 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le jugement est entaché d'irrégularité dès lors que les premiers juges n'ont pas rouvert l'instruction et n'ont pas répondu aux derniers moyens soulevés dans son mémoire en réplique ;

- la dette fiscale ayant fait l'objet d'un plan de règlement tacite qu'elle rembourse régulièrement depuis le 31 mai 2018, elle pouvait bénéficier du fonds de solidarité institué pour aider les entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie du Covid-19 ; elle n'a fait l'objet d'aucune mesure de recouvrement forcé ;

- l'administration fiscale méconnaît le principe de cohérence en refusant de reconnaître l'existence de ce plan de règlement ;

- un plan de règlement, qui constitue un contrat passé entre l'administration et le contribuable, n'a pas à être formalisé par écrit ;

- il appartient à l'administration fiscale d'apporter la preuve de la non existence du plan de règlement ;

- elle est de bonne foi dès lors qu'elle rembourse volontairement et régulièrement sa créance fiscale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2024, le ministre auprès du Premier ministre chargé du budget et des comptes publics conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 ;

- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 modifié ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Café des Sports, qui exerce une activité de restauration, a perçu, au titre des mois de mars, avril, septembre, novembre et décembre 2020, et janvier à juillet 2021, faisant suite à ses demandes présentées entre le 27 avril 2020 et le 29 septembre 2021, des aides financières versées dans le cadre du fonds de solidarité instauré par l'ordonnance du 25 mars 2020 à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences de l'épidémie de Covid-19. Par onze titres de perception émis le 15 mai 2022, la direction régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris a mis à sa charge la somme totale de 80 867 euros au titre du remboursement de l'indu de ces aides. La société requérante demande l'annulation de ces titres de perception, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux en date du 22 juin 2022. La SARL Café des Sports relève régulièrement appel du jugement du 28 mai 2024 par lequel le tribunal administratif de Paris a rejeté sa requête tendant à l'annulation de ces titres de perception.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement () des cours () peuvent, par ordonnance : () / 7° () après l'expiration des délais de recours () rejeter les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement (). ".

Sur la régularité du jugement :

3. En premier lieu, contrairement à ce que soutient la SARL Café des Sports, il résulte de l'instruction que son second mémoire en réplique, ainsi que les pièces numérotées 1 à 4 ont été enregistrés le 24 avril 2024, jour de la clôture de l'instruction. Au surplus, le mémoire est visé dans le jugement, attestant que les premiers juges en ont pris connaissance. Par suite, le moyen tiré de ce que le tribunal aurait dû rouvrir l'instruction doit être écarté.

4. En second lieu, la SARL Café des Sports soutient, sans apporter plus de précisions, que le jugement est irrégulier dès lors que les premiers juges auraient omis de répondre aux moyens soulevés dans son second mémoire en réplique. Toutefois, il résulte de l'instruction que ce mémoire ne comporte aucun moyen nouveau, la requérante s'étant bornée à développer le moyen tiré de l'existence d'un plan de règlement auquel les premiers juges ont répondu au point 3 du jugement. Par suite, le moyen tiré de l'omission à statuer doit être écarté.

Sur le bien-fondé du jugement :

5. Aux termes de l'article 3-1 de l'ordonnance du 25 mars 2020 visée ci-dessus, portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de

Covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation : " I. - Les aides versées au titre du fonds le sont sur la base d'éléments déclaratifs prévus par décret. / Sous réserve des dispositions du troisième alinéa du II, elles sont insaisissables. / II. - Les documents attestant du respect des conditions d'éligibilité au fonds et du correct calcul du montant de l'aide sont conservés par le bénéficiaire pendant cinq années à compter de la date de versement de cette dernière. / Les agents de la direction générale des finances publiques et les agents publics affectés dans les services déconcentrés des administrations civiles de l'Etat peuvent demander à tout bénéficiaire du fonds communication de tout document relatif à son activité, notamment administratif ou comptable, permettant de justifier de son éligibilité et du correct montant de l'aide reçue pendant cinq années à compter de la date de son versement. Le bénéficiaire dispose d'un délai d'un mois pour produire ces justifications à compter de la date de la demande. / En cas d'irrégularités constatées, d'absence de réponse ou de réponse incomplète à la demande prévue au premier alinéa, les sommes indûment perçues font l'objet d'une récupération selon les règles et procédures applicables en matière de créances étrangères à l'impôt et au domaine. / La procédure prévue au présent II ne constitue pas une procédure de contrôle de l'impôt ".

6. Il résulte des dispositions des articles 3 à 3-29 du décret du 30 mars 2020 modifié que la demande d'aide doit être notamment accompagnée d'une déclaration sur l'honneur attestant de l'absence de dette fiscale ou sociale impayée au 31 décembre 2019 à l'exception de celles qui sont couvertes par un plan de règlement ou encore des dettes d'un montant inférieur ou égal à 1 500 euros.

7. Il est constant que la direction générale des finances publiques a procédé à la récupération des aides versées à la SARL Café des Sports, objet des demandes mentionnées au point 1 de la présente ordonnance, au motif que cette société avait, au 31 décembre 2019, une dette fiscale de plus de 1 500 euros. Toutefois, l'existence d'un plan de règlement, qui doit obligatoirement être formalisé par un écrit, n'est établie par aucun des éléments produits au dossier. Si la SARL Café des Sports produit deux courriels de l'inspecteur des finances publiques en charge de son dossier en date des 30 juin et 7 juillet 2023, attestant qu'elle rembourse " régulièrement " sa dette, il ne résulte pas de l'instruction que les modalités de règlement de sa dette, portant notamment sur le montant et le délai, aient fait l'objet d'un accord formalisé de l'administration, de sorte que la SARL Café des Sports ne bénéficie pas d'un plan de règlement au sens des dispositions précitées. Aucune disposition de nature civile n'a d'incidence sur ce qui précède, la conclusion d'un plan de règlement par l'administration ne constituant pas un contrat. De même, la circonstance que la requérante rembourse volontairement sa dette depuis le 31 mai 2018 et n'a pas fait l'objet de mesures de recouvrement forcé n'a pas d'incidence sur la légalité des titres de perception émis à son encontre. Par suite, sans qu'aucun manquement à une obligation de cohérence puisse être utilement soulevé, l'administration fiscale a pu légalement procéder à la récupération des aides indument accordées à la SARL Café des Sports.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL Café des Sports, qui se borne à reprendre, sur l'ensemble des points mentionnés ci-dessus, son argumentation de première instance sans au demeurant apporter de pièces nouvelles, ne remet pas en cause l'appréciation en droit en en fait des moyens de première instance à laquelle se sont livrés à bon droit les premiers juges. Il suit de là que la requête de la SARL Café des Sports est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée, en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, dans l'ensemble de ses conclusions, y compris celles relatives aux frais de l'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la SARL Café des Sports est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la SARL Café des Sports et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Fait à Paris, le 26 février 2025.

Le président de la 9ème chambre,

S. CARRERE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.0

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