mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Paris |
| Section | Cour administrative d'appel de Paris |
| N° Dossier | CAA75-24PA02985 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge des référés |
| Avocat requérant | SELARLU HAGEGE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A a demandé au tribunal administratif de Montreuil d'annuler l'arrêté en date du 22 février 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination d'une mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire national.
Par un jugement n° 2303462 du 18 juin 2024, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête enregistrée le 8 juillet 2024, M. A, représenté par Me Hagege, demande à la Cour :
1°) d'annuler le jugement du 18 juin 2024 du tribunal administratif de Montreuil ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 22 février 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai à compter de cette notification et, dans l'attente de ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de son comportement, qui ne constitue pas une menace à l'ordre public au sens des dispositions des articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien, né le 22 décembre 1993 et entré en France le 26 mai 2019 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa portant la mention " jeune professionnel ", valable du
8 mars 2019 au 8 février 2020, a sollicité, le 15 mars 2022, la délivrance à titre exceptionnel d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 22 février 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office à l'expiration de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. A relève appel du jugement du 18 juin 2024 par lequel le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
2. En premier lieu, M. A se borne à reprendre dans sa requête d'appel, sans les assortir d'éléments nouveaux, les moyens qu'il avait invoqués en première instance, tirés de ce que la décision portant refus de titre de séjour serait entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle. Cependant, en l'absence de tout argument de fait ou de droit pertinent, il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus à juste titre par les premiers juges aux points 3 à 5 de leur jugement.
3. En deuxième lieu, il ressort des motifs de la décision contestée que, pour rejeter la demande de titre de séjour qui lui était présentée par M. A sur le fondement des dispositions de l'article
L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé, à titre principal, sur l'appréciation selon laquelle la situation du requérant ne relève pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels susceptibles de justifier son admission exceptionnelle au séjour et, au surplus, sur l'appréciation selon laquelle la présence en France de
M. A constitue une menace pour l'ordre public au sens des dispositions de l'article L. 432-1 de ce code, en application desquelles " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".
4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui s'était marié le 6 février 2021, s'est rendu coupable, le 19 mai 2022 de faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours commis sur son épouse. En se bornant à indiquer que sa compagne a retiré sa plainte, qu'il a effectué un stage de responsabilisation et " regrette son geste " et qu'il n'a fait l'objet d'aucune condamnation pénale M. A, qui par ailleurs ne produit pas de documents de nature à justifier de la réalité et de la continuité d'une vie commune qu'il entretiendrait avec son épouse, ne présente aucun gage sérieux de remise en question personnelle et de non réitération de tels faits de violence. Par ailleurs, il ne conteste pas avoir conduit un véhicule sans permis de conduire le 28 janvier 2021 et être, pour ce motif, défavorablement connu des services de police, ainsi que le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a également relevé dans les motifs de l'arrêté contesté. D'autre part, et en tout état de cause, à supposer que les faits reprochés à M. A ne puissent pas être considérés comme étant suffisamment graves pour justifier que sa présence en France soit regardée comme constituant une menace pour l'ordre public, il ressort des motifs de l'arrêté contesté que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait pris la même décision s'il s'était fondé uniquement sur son motif principal, tiré de ce que la situation du requérant ne relève pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels susceptibles de justifier son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'une erreur d'appréciation du comportement de M. A en ce qu'il ne constituerait pas une menace à l'ordre public au sens des dispositions des articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (). "
6. D'une part, les documents produits par M. A ne sont pas suffisants pour qu'il soit tenu pour établi qu'il résiderait habituellement en France depuis le mois de mai 2019, ainsi qu'il le prétend. D'autre part, s'il s'est marié le 6 février 2021 avec une ressortissante marocaine titulaire d'un titre de séjour, il ne démontre pas qu'à la date de l'arrêté contesté il partageait une vie commune avec son épouse, à l'égard de laquelle il s'est rendu coupable, le 19 mai 2022 de faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours, ainsi qu'il a été dit, en se bornant à produire quelques pièces, notamment, une attestation de sa femme peu circonstanciée établie le 6 mars 2023, des courriers d'opérateurs téléphoniques en date des 8 juin 2020 et 19 mars 2022, des courriers bancaires en date des 5 mars 2020, 18 juillet 2022 et 29 août 2022, un récépissé faisant état de transferts d'argent en date du 6 juillet 2020, des attestations de paiement de frais médicaux en date des 2 novembre 2020,
9 mars 2021 et 24 août 2021, une note de frais médical en date du 19 février 2021, un courrier de l'assurance maladie en date du 8 septembre 2021, deux courriers de la Macif en date des 3 décembre 2021 et 4 avril 2022, une facture d'électricité en date du 2 janvier 2022, une déclaration de revenus pour l'année 2021 et un avis d'imposition pour l'année 2020, attestant tout au plus d'une adresse commune. Par ailleurs, en établissant avoir travaillé, sous contrat à durée indéterminée à compter du 1er août 2021, auprès de la société " SARL Eco-Calorifuge " en qualité de " calorifugeur ", activité pour laquelle il produit les bulletins de paie des mois d'août et septembre 2021 et, sous contrat à durée indéterminée auprès de la société " KTS course " en qualité de " chauffeur-livreur ", activité pour laquelle il produit un bulletin de paie du mois de février 2020, le requérant n'établit pas avoir travaillé par la suite, ni ne justifie d'une insertion professionnelle stable dans la société française. Enfin, il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que M. A est défavorablement connu des services de police en raison de faits de conduite d'un véhicule sans permis, ainsi qu'il a été dit également. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels la décision contestée a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
7. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant d'admettre M. A au séjour le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français du 22 février 2023 vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment les articles L. 611-1 et L. 611-3 dont il fait application, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et précise les éléments de fait et les appréciation portées par le préfet de la Seine-Saint-Denis, notamment celles justifiant le refus d'admission au séjour et celle selon laquelle la présence sur le territoire de l'intéressé constitue une menace à l'ordre public. Par ailleurs, le préfet a indiqué que le requérant n'était pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents ainsi que le caractère récent de la communauté de vie dont il se prévaut en France de sorte qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. La décision en litige comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit dès lors être écarté.
9. En deuxième lieu, il ne ressort manifestement ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation de M. A avant de prendre la décision contestée.
10. En troisième lieu, eu égard aux motifs exposés aux points 5 et 6, et en l'absence d'autre élément probant, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire national le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en obligeant M. A à quitter le territoire national le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
12. En premier lieu, M. A se borne à reprendre dans sa requête d'appel, sans l'assortir d'éléments nouveaux, le moyen qu'il avait invoqué en première instance, tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait entachée d'une insuffisance de motivation. Cependant, en l'absence de tout argument de fait ou de droit pertinent, il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus à juste titre par les premiers juges aux points 19 et 20 de leur jugement.
13. En deuxième lieu, il ne ressort manifestement pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'avait pas à faire état dans la décision contestée de l'ensemble des éléments dont se prévalait le requérant, aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressé. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
14. En troisième lieu, eu égard aux motifs exposés aux points 5 et 6, et en l'absence d'autre élément probant, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en lui faisant interdiction de retourner sur le territoire national pendant deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter ce territoire, le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
15. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en interdisant le retour de
M. A sur le territoire national pendant deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter ce territoire, le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, il y a lieu de la rejeter en toutes ses conclusions par application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1 : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
Copie en sera adressée au préfet de de la Seine-Saint-Denis.
Fait à Paris, le 15 octobre 2024.
La présidente de chambre,
H. VINOT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026