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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-24PA03221

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-24PA03221

mardi 14 octobre 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-24PA03221
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantPIERI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La société EBM a demandé au tribunal administratif de Montreuil, d’une part, d’annuler la décision du 15 novembre 2021 par laquelle le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France a retiré la décision d'autorisation d'activité partielle n° 09340980102 du 17 novembre 2020 et a mis à sa charge un trop-perçu de 25 385,81 euros, ensemble la décision du 17 novembre 2021 rejetant son recours gracieux et, d’autre part, d’annuler les deux titres exécutoires, émis le 18 juillet 2022 par le président directeur général de l’Agence de services et de paiement (ASP), pour le recouvrement de la somme de 25 385,81 euros.

Par deux jugements n°2200685 du 5 juin 2024 et n°2215147 du 20 novembre 2024, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté ces demandes.





Procédure devant la Cour :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 juillet 2024 et 21 mai 2025 sous le n°24PA03221, la société EBM, représentée par Me Piéri, demande à la cour :

1°) d’annuler le jugement n° 2200685 du 5 juin 2024 du tribunal administratif de Montreuil ;

2°) d’annuler la décision du 15 novembre 2021 par laquelle le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France a retiré la décision d'autorisation d'activité partielle n° 09340980102 du 17 novembre 2020 et a mis à sa charge un trop-perçu de 25 385,81 euros, ensemble la décision du 17 novembre 2021 rejetant le recours gracieux formé contre cette décision ;

3°) d’enjoindre au préfet de lui verser les indemnités d’activité partielle, pour un montant total de 11 885,84 euros, dues au titre des mois d’août à décembre 2020 inclus, dans le délai d’un mois suivant la notification de l’arrêt à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- elle n’a pas commis de fraude au sens de l’article L. 241-2 du code des relations entre le public et l’administration ;
- les décisions des 15 et 17 novembre 2021 sont entachées d’une erreur de fait et d’une erreur de droit.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 février 2025, la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles demande à la cour de rejeter la requête de la société EBM.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société EBM ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée le 20 janvier 2025 sous le n°25PA00335, la société EBM, représentée par Me Piéri, demande à la cour :

1°) de surseoir à statuer dans l’attente de l’arrêt qui doit être rendu dans l’instance n°24PA03221 ;

2°) d’annuler le jugement n° 2215147 du 20 novembre 2024 du tribunal administratif de Montreuil ;

3°) d’annuler les deux titres exécutoires, émis le 18 juillet 2022 par le président directeur général de l’ASP pour le recouvrement de 25 385,81 euros correspondant au reversement de sommes perçues au titre de l’activité partielle ;

4°) de mettre à la charge de l’ASP une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- les décisions des 15 et 17 novembre 2021, fondement des titres exécutoires contestés, sont entachées d’une erreur de fait car son comportement n’est pas constitutif de l’infraction de travail dissimulé ;
- elles sont entachées d’une erreur de droit dès lors qu’elle n’a pas commis de fraude au sens de l’article L. 241-2 du code des relations entre le public et l’administration.

La requête a été transmise à l’ASP, en qualité d’observatrice, qui a produit des observations le 5 mars 2025.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2025, la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société EBM ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code du travail ;
- l’ordonnance n° 2020-312 du 25 mars 2020 modifiée par l’ordonnance n° 2020-560 du 13 mai 2020 fixant les délais applicables à diverses procédures pendant la période d’urgence sanitaire ;
- le décret n° 2020-325 du 25 mars 2020 relatif à l'activité partielle ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Collet,
- les conclusions de Mme Larsonnier, rapporteure publique,
- les observations de Me Pieri, représentant la société EBM,
- et les observations de Mme A..., représentant la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles.


Considérant ce qui suit :

1. La société Ethni Beauty Market (EBM), qui a pour activité le commerce de détail en gros de parfumerie et de produits de beauté, a déposé à compter du 5 avril 2020 plusieurs demandes d’autorisation de mise en activité partielle pour les six salariés de son établissement pour la période du 16 mars 2020 au 31 décembre 2020, autorisations d’abord tacitement octroyées. Par une décision du 17 novembre 2020, le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France a autorisé le placement de ces six salariés en activité partielle pour la période sollicitée et la société EBM a alors perçu une indemnisation de 25 385,81 euros. Parallèlement, le 7 juillet 2020, la direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités d’Île-de-France (DRIEETS) a engagé un contrôle sur pièces qui a révélé des incohérences et, après différents échanges contradictoires avec la société, le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France a, par décision du 15 novembre 2021, retiré l’autorisation qui avait été donnée à la société EBM de placement en activité partielle et a ordonné la mise en recouvrement de la somme de 25 385,81 euros perçue indûment. Le recours gracieux formé le 16 novembre 2021 par la société EBM contre cette décision, a été rejeté le 17 novembre 2021. Le président directeur général de l’Agence de services et de paiement (ASP) a émis deux titres exécutoires à l’encontre de la société EBM le 18 juillet 2022 pour le recouvrement de la somme précitée de 25 385,81 euros. La société EBM a adressé une réclamation préalable à l’ASP le 19 septembre 2022, dirigée contre ces deux titres exécutoires, qui a fait l’objet d’un rejet implicite. Par jugements n°2200685 du 5 juin 2024 et n°2215147 du 20 novembre 2024, dont la société EBM relève appel, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté ses demandes tendant, d’une part, à l’annulation de la décision du 15 novembre 2021 par laquelle le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France a retiré la décision d'autorisation d'activité partielle n°09340980102 du 17 novembre 2020 et a mis à sa charge un trop-perçu de 25 385,81 euros et de la décision du 17 novembre 2021 rejetant son recours gracieux et, d’autre part, à l’annulation des deux titres exécutoires, émis le 18 juillet 2022 par le président directeur général de l’Agence de services et de paiement, pour le recouvrement de la somme totale de 25 385,81 euros.

2. Les requêtes n°s 24PA03221 et 25PA00335 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l’objet d’une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un même arrêt.

Sur la légalité des décisions des 15 et 17 novembre 2021 du directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France :

3. Aux termes de l’article R. 5122-2 du code du travail : « L’employeur adresse au préfet du département où est implanté l'établissement concerné une demande préalable d'autorisation d'activité partielle. / La demande précise : / 1° Les motifs justifiant le recours à l'activité partielle ; 2° La période prévisible de sous-activité ; 3° Le nombre de salariés concernés (…) ». Aux termes de l’article R. 5122-12 du même code : « Le taux horaire de l'allocation d'activité partielle versée à l'employeur correspond, pour chaque salarié autorisé à être placé en activité partielle, à un pourcentage de la rémunération horaire antérieure brute calculée dans les conditions du II de l'article L. 3141-24 et des premier et troisième alinéas de l'article R. 5122-18. Un décret détermine ce pourcentage, ainsi que le minimum de ce taux horaire et la rémunération maximale prise en compte pour le calcul de l'allocation ». L’article L. 8221-5 du même code prévoit qu’ « est réputé travail dissimulé par dissimulation d'emploi salarié le fait pour tout employeur : 1° Soit de se soustraire intentionnellement à l'accomplissement de la formalité prévue à l'article L. 1221-10, relatif à la déclaration préalable à l'embauche (…) 3° Soit de se soustraire intentionnellement aux déclarations relatives aux salaires ou aux cotisations sociales assises sur ceux-ci auprès des organismes de recouvrement des contributions et cotisations sociales ou de l'administration fiscale en vertu des dispositions légales ». Par ailleurs, aux termes de l’article L. 1221-10 de ce code : « L'embauche d'un salarié ne peut intervenir qu'après déclaration nominative accomplie par l'employeur auprès des organismes de protection sociale désignés à cet effet ».

4. Aux termes de l’article L. 241-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Par dérogation aux dispositions du présent titre, un acte administratif unilatéral obtenu par fraude peut être à tout moment abrogé ou retiré ».

5. Il ressort des pièces du dossier et, notamment, des déclarations effectuées auprès de l’URSSAF que la société EBM n’a demandé son immatriculation en tant qu’employeur de personnel que le 19 mars 2020 alors, ainsi qu’il a été dit au point 1 du présent arrêt, qu’elle a sollicité l’autorisation de mise en activité partielle pour ses six salariés à compter du 16 mars 2020, soit 3 jours avant sa demande d’immatriculation. Par ailleurs, il ressort des déclarations sociales nominatives pour le mois de mars 2020 qu’elles n’ont été réalisées par la société EBM que le 12 mai 2020, alors que la demande d’activité partielle de la société a été adressée à l’administration le 5 avril 2020 pour le placement rétroactif de ses salariés. Ainsi, les six salariés concernés n’ont pas été déclarés auprès des organismes sociaux avant la demande d’autorisation d’activité partielle. Si la société EBM conteste ces différents éléments, elle n’apporte aucun élément à l’appui de ses allégations permettant d’établir que les faits précités seraient erronés. Par ailleurs, si pour deux de ses salariés, elle reconnaît que l’absence de déclaration préalable à l’embauche résulte d’un simple « oubli », cette circonstance ne permet ni d’établir sa bonne foi, ni de pallier le fait qu’elle a procédé tardivement aux déclarations préalables à l’embauche des salariés concernés.

6. Ces différents éléments permettent de caractériser l’existence d’une infraction de travail dissimulé par dissimulation d’emploi salarié, prévue au 3° de l’article L. 8221-5 du code du travail compte tenu du défaut, par la société EBM, en connaissance de cause, de toute déclaration relative aux salaires et aux cotisations sociales afférentes. L’existence de cette fraude, au sens et pour l’application des dispositions de l’article L. 241-2 du code des relations entre le public et l’administration, constituée par la méconnaissance de l’obligation déclarative préalable auprès de l’URSSAF de ses salariés, permettait ainsi, sur ce fondement, au directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France, de procéder, par la décision du 15 novembre 2021, au retrait de la décision d'autorisation d'activité partielle n° 09340980102 du 17 novembre 2020. Par suite, les moyens selon lesquels la société EBM n’aurait pas commis de fraude au sens de l’article L. 241-2 du code des relations entre le public et l’administration et que les décisions des 15 et 17 novembre 2021 seraient entachées d’une erreur de fait et de droit, ne sont pas fondés.

7. Il résulte de ce qui précède que la société EBM n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué n° 2200685 du 5 juin 2024, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande tendant à l’annulation de la décision du 15 novembre 2021 par laquelle le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France a retiré la décision d'autorisation d'activité partielle n° 09340980102 du 17 novembre 2020 et a mis à sa charge un trop-perçu de 25 385,81 euros, ensemble la décision du 17 novembre 2021 rejetant son recours gracieux. Ses conclusions tendant l’annulation de ce jugement et de ces décisions doivent donc être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction.

Sur le bien-fondé des titres exécutoires du 18 juillet 2022 :

8. Il résulte de ce qui vient d’être dit que les deux décisions des 15 et 17 novembre 2021 du directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France, qui fondent les titres exécutoires contestés du 18 juillet 2022, ne sont entachées d’aucune erreur de fait ou de droit. Par suite, sans qu’il soit besoin de surseoir à statuer dans l’attente de la décision qui doit être rendue dans l’instance n°24PA03221 dès lors que le présent arrêt statue également sur cette requête, la société EBM n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué n° 2215147 du 20 novembre 2024, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande tendant à l’annulation de ces deux titres exécutoires, émis le 18 juillet 2022 par le président directeur général de l’ASP, pour le recouvrement de la somme de 25 385,81 euros correspondant au reversement de sommes perçues au titre de l’activité partielle. Les conclusions de la société EBM tendant à l’annulation de ce jugement et de ces deux titres exécutoires, doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’État et de l’ASP, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que la société EBM demande à ce titre.


DÉCIDE :

Article 1er : Les requêtes n°s 24PA03221 et 25PA00335 de la société EBM sont rejetées.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à la société EBM et à la ministre du travail et des solidarités.

Copie en sera adressée au directeur régional et interdépartemental de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités d’Ile-de-France et à l’Agence de services et de paiement.

Délibéré après l’audience du 22 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Seulin, présidente de chambre,
- Mme Vrignon-Villalba, présidente assesseure,
- Mme Collet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2025.

La rapporteure,
A. COLLET La présidente,
A. SEULIN

La greffière,
R. ADELAÏDE
La République mande et ordonne à la ministre du travail et solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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