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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-24PA03455

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-24PA03455

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-24PA03455
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantSELARLU HAGEGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Montreuil d'annuler l'arrêté du 30 mai 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Par une ordonnance du 7 juin 2023, le président du tribunal administratif de Montreuil a renvoyé le dossier de la requête au tribunal administratif de Melun en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative.

Par un jugement n° 2307308 du 28 juin 2024, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Melun a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 31 juillet 2024, M. A, représenté par Me Hagege, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2023 ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et est disproportionnée au regard de son droit au respect de la vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 613-6 et L. 613-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien, né le 3 mai 1997, a demandé au tribunal administratif de Melun d'annuler l'arrêté du 30 mai 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par la présente requête, il fait appel du jugement du 28 juin 2024 par lequel la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Melun a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. En application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, les présidents des formations de jugement des cours " peuvent, () par ordonnance : rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement ".

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, M. A reprend en appel, avec la même argumentation qu'en première instance, les moyens tirés du défaut de motivation de la décision et de ce qu'elle serait entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle. Il y a lieu de les écarter par adoption des motifs retenus à bon droit par la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Melun au point 4 du jugement attaqué.

4. En second lieu, M. A, qui déclare être entré sur le territoire français le 23 septembre 2022, n'établit pas, par les pièces qu'il verse au débat, l'ancienneté de la présence en France dont il se prévaut dès lors que les justificatifs de présence les plus anciens datent du 1er mars 2023. En outre, la seule production d'un contrat de travail à durée indéterminée en date du 1er mars 2023 ainsi que celle de trois bulletins de salaires pour les mois de mars à mai 2023 ne permettent pas d'établir la stabilité et l'ancienneté de son insertion professionnelle. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A, célibataire et sans charge de famille, serait dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans et où il a déclaré avoir ses parents ainsi que ses frères et sœurs. L'attestation d'hébergement qu'il produit, qui est au demeurant postérieure à la date de la décision contestée et sans mention de la durée de cet hébergement, est insuffisante pour établir l'intensité de ses liens personnels et familiaux sur le territoire français. Dans ces conditions, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, la préfète du Val-de-Marne n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale en France une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette mesure d'éloignement a été prise. Elle n'a pas non plus entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A. Par suite, les moyens doivent être écartées.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

5. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, l'illégalité de cette décision invoquée, par voie d'exception, par M. A à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne peut, par voie de conséquence, qu'être écartée.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable au présent litige : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n 'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d 'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

7. Il ressort de ces dispositions que lorsqu'un délai de départ volontaire est refusé à l'étranger, une interdiction de retour est, sauf circonstances humanitaires, prononcée à son encontre. L'autorité compétente doit toutefois, pour fixer la durée de cette interdiction de retour, tenir compte des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

8. Pour interdire à M. A de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans, la préfète du Val-de-Marne a considéré que, compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, notamment de son entrée récente en France, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de son comportement qui représente une menace à l'ordre public et alors que l'intéressé ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire particulière, cette décision ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la privée et familiale. Dans ces conditions, la motivation de la décision contestée atteste de la prise en compte par l'autorité préfectorale, au vu de la situation de l'intéressé, des critères énoncés à l'article L. 612-10 précité. Il ressort en outre des pièces du dossier, notamment de cette motivation, que la préfète du Val- de-Marne a procédé à un examen particulier de la situation de M. A avant de prendre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

9. En troisième lieu, à supposer que le comportement de l'intéressé ne constitue pas une menace à l'ordre public, c'est sans erreur manifeste d'appréciation que la préfète du Val- de- Marne n'a pas retenu l'existence de circonstances humanitaires justifiant qu'elle ne prononce pas d'interdiction de retour à l'encontre de M. A, eu égard aux considérations sur la durée et les conditions de séjour en France, ainsi que sur la situation familiale de l'intéressé. Pour les mêmes motifs, la décision d'interdiction de retour pour une durée de trois ans n'est pas disproportionnée au regard des critères énoncés à l'article L. 612-10 précité. Ainsi, l'autorité préfectorale n'a pas méconnu les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 de la présente ordonnance, M. A n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Val-de-Marne a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par suite, le moyen doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent, également, être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.

Fait à Paris, le 26 septembre 2024.

Le président de la 5ème chambre,

A. BARTHEZ

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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