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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-24PA03753

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-24PA03753

mardi 4 février 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-24PA03753
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantNAMIGOHAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Melun d'annuler l'arrêté du 23 janvier 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Par un jugement n° 2400937 du 18 juillet 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Melun a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 24PA03753 le 19 août 2024, M. A demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2400937 du tribunal administratif de Melun du 18 juillet 2024 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 janvier 2024 de la préfète du Val-de-Marne ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire, à défaut, de réexaminer sa situation.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 24PA03909 le 20 août 2024, M. A, représenté par Me Namigohar, demande à la Cour :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'ordonner la communication de son entier dossier par l'administration ;

3°) d'annuler le jugement n° 2400937 du 18 juillet 2024 ;

4°) d'annuler l'arrêté du 23 janvier 2024 de la préfète du Val-de-Marne ;

5°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

6°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de prendre toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen, sans délai, à compter de la notification de la décision à intervenir ;

7°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en l'absence d'un examen réel et sérieux de la situation de l'intéressé ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et du principe général du droit de l'Union européenne de bonne administration ;

- elle méconnait les articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la mesure sur sa décision ;

- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation particulière ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en ce qu'elle est fondée sur la décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en ce qu'elle est fondée sur la décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions des articles R. 511-4 et R. 511-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, repris aux articles R. 711-1, R. 711-2 et R. 613-6 du même code ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation particulière.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance : () 7° Rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Par un arrêté 23 janvier 2024, la préfète du Val-de-Marne a fait obligation à M. A, de nationalité arménienne, de quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par deux requêtes enregistrées sous les nos 24PA03753 et 24PA03909, M. A relève appel du jugement du 18 juillet 2024 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Melun a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté. Les requêtes visées ci-dessus sont dirigées contre le même jugement. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul arrêt.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. M. A, déjà représenté par un avocat, ne justifie pas du dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle auprès du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Paris, et n'a pas joint à son appel une telle demande. Dans ces conditions, il ne peut être admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les demandes de communication du dossier :

4. Aux termes de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. / Il est statué sur ce recours selon la procédure et dans les délais prévus, selon le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français, aux articles L. 614-4 ou L. 614-5. ". Aux termes du quatrième alinéa de l'article L. 614-5 de ce code, applicable aux obligations de quitter le territoire français prise en application notamment du 1° de l'article L. 611-1 du même code : " () L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ".

5. Il résulte de ces dispositions que la faculté qu'elles prévoient pour le ressortissant étranger visé par une mesure d'éloignement de demander la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles cette décision qu'il conteste a été prise n'est ouverte qu'en première instance. Dans ces conditions, les conclusions de M. A tendant à la communication du dossier sur lequel la préfète s'est fondée pour prendre l'arrêté en litige doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

6. Le requérant reprend en appel les moyens qu'il avait développés en première instance et tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué et du défaut d'examen de sa situation. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par le magistrat désigné aux points 4 et 6 de son jugement.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. M. A reprend en appel les moyens qu'il avait invoqués en première instance, sans apporter d'éléments de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le tribunal, tirés de ce que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des articles L. 423- 23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ainsi que du principe général du droit de l'Union européenne de bonne administration et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par le premier juge aux points 8 à 10 de son jugement.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant refus de délai de départ volontaire doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

9. En second lieu, si M. A soutient que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car les vols réitérés qu'il a commis relèveraient de sa maladie, la kleptomanie, pour laquelle il serait suivi en France, il n'apporte aucun élément de nature à attester de la réalité de ses allégations et, par ailleurs, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il aurait sollicité un titre de séjour en qualité d'étranger malade. En outre, il est constant que M. A n'a respecté aucune des cinq précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre, y compris après les décisions prises par le tribunal administratif de Melun. Par suite la préfète ne saurait être regardée comme ayant entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Pour les mêmes motifs, la décision ne peut être regardée comme entachée d'un défaut d'examen de sa situation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant fixation du pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant retrait de l'attestation de demande d'asile et obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

11. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. Si M. A soutient qu'il court des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, il n'apporte aucune précision à l'appui de ses allégations. Dès lors, ce moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

14. En second lieu, M. A n'est, pour les mêmes motifs que ceux retenus par le premier juge aux points 19 et 20 de sa décision et qu'il y a lieu d'adopter, pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait entachée d'une erreur d'appréciation des conséquences de la mesure sur sa situation et d'un vice de procédure.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A, est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en application des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. A à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les requêtes de M. A sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Namigohar.

Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.

Fait à Paris, le 4 février 2025

La présidente de la 6ème chambre,

J. BONIFACJ

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°S 24PA03753 et 24PA03909 0

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