jeudi 6 février 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Paris |
| Section | Cour administrative d'appel de Paris |
| N° Dossier | CAA75-24PA04228 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | Juge des référés |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler pour excès de pouvoir les arrêtés du 2 février 2024 par lesquels le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois.
Par un jugement n° 2402569/8 du 15 février 2024, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête sommaire et un mémoire complémentaire enregistrés les 10 et 25 octobre 2024, M. A, représenté par Me Ogier, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler ces arrêtés ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le jugement est insuffisamment motivé ; la première juge n'a pas répondu aux moyens tirés de l'irrégularité de la procédure et du défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- les arrêtés contestés ont été pris en méconnaissance de son droit à être entendu tel que garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- ils sont entachés d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- ils sont illégaux dès lors qu'il disposait d'un droit à se maintenir sur le territoire français ;
- ils méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle dès lors que sa présence sur le territoire français n'est pas constitutive d'une menace pour l'ordre public.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () présidents des formations de jugement des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
2. M. B A, ressortissant malien né le 21 février 1983 a été interpellé le 31 janvier 2024 pour des faits de vol commis dans un hôtel. Par deux arrêtés du 2 février 2024, le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois. M. A relève appel du jugement du 15 février 2024 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces arrêtés.
Sur la régularité du jugement :
3. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ".
4. Il ressort des énonciations du jugement attaqué que la première juge a répondu de manière suffisamment précise et circonstanciée à l'ensemble des moyens soulevés devant elle, en particulier ceux tirés de l'irrégularité de la procédure administrative et du défaut d'examen particulier de la situation du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance du jugement attaqué, faute pour la première juge d'avoir répondu à ces deux moyens, doit être écarté.
Sur le bien-fondé du jugement :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " 1° L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que pour prononcer à l'encontre de M. A une obligation de quitter le territoire français, le préfet de police de Paris s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé, qui ne peut justifier d'un titre de séjour pour se maintenir sur le territoire français, était dépourvu de document de voyage et qu'il ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français. M. A fait valoir que l'irrégularité de son séjour en France ne procède que de l'inexécution par le préfet du jugement n° 2305151 du 12 juin 2023 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise qui lui enjoignait pourtant de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour. Toutefois, l'intéressé, dont il ressort des pièces du dossier qu'il n'a pas fait état de cette situation aux forces de l'ordre alors qu'il a été invité, lors de son audition le 31 janvier 2023, à présenter ses observations sur les conditions de son séjour en France, ne produit en tout état de cause aucun commencement de preuve à l'appui de cette allégation. Dans ces conditions, et alors que M. A ne conteste pas être entré irrégulièrement en France, le préfet de police de Paris pouvait, sans commettre d'erreur de droit, l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En deuxième lieu, M. A reprend en appel les moyens développés en première instance tirés de ce que les arrêtés en litige méconnaîtraient les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Cependant, l'intéressé, qui n'établit pas davantage en appel qu'en première instance qu'il entretiendrait des liens affectifs avec ses enfants, ne développe au soutien de ces moyens aucun argument nouveau de droit ou de fait pertinent de nature à remettre en cause l'analyse et la motivation retenues par le tribunal administratif. Il y a lieu, dès lors d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus à juste titre par la première juge aux points 8 et 17 du jugement attaqué.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". De même, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
9. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du rapport d'identification dactyloscopique que M. A, qui a été interpellé le 31 janvier 2024 pour des faits de vol simple commis dans un hôtel, avait déjà l'objet de huit autres signalements, le 9 mai 2010 pour des faits de violences conjugales, le 6 février 2019 pour des faits de vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt avec extorsion commise avec une arme et menace de mort faite sous condition, le 9 mai 2019 et le 14 mars 2022 pour des faits de violence sans incapacité sur conjoint, ainsi que de harcèlement d'une personne vulnérable s'agissant des faits commis en mars 2022, le 16 juin 2023 pour des faits de vol sur personne vulnérable, les 5 avril et 25 juillet 2023 pour des faits d'usage, d'acquisition et de transport non autorisés de stupéfiants, et les 9 juin et 25 septembre 2023 pour des faits de recel de bien provenant d'un vol. M. A, en se bornant à faire valoir devant la cour que les faits pour lesquels il a été précédemment signalé n'ont fait l'objet d'aucune condamnation pénale, que l'enquête menée à la suite de son interpellation le 31 janvier 2024 n'a pu conclure à sa culpabilité, et qu'en tout état de cause, les faits qui lui sont reprochés ne sont pas suffisamment graves pour caractériser un comportement constitutif d'une menace pour l'ordre public, n'en conteste pas sérieusement la matérialité ni l'imputabilité. Dans ces conditions, eu égard au nombre important de faits pour lesquels il a été signalé, qui ne peuvent, pour la plupart, être regardés comme étant de faible gravité, à leur réitération ainsi qu'à leur caractère rapproché, en considérant que la présence de M. A sur le territoire français était constitutive d'une menace pour l'ordre public, le préfet de police de Paris n'a pas entaché sa décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. En quatrième lieu, M. A soutient que le préfet de police de Paris n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle dès lors qu'il n'a pas pris en compte l'annulation par le tribunal administratif de Cergy-Pontoise de la précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre, qu'il n'a pas recherché s'il était en situation régulière ni s'il existait, eu égard à la nationalité française de ses enfants, une possibilité pour lui de poursuivre sa vie familiale dans son pays d'origine et qu'enfin, c'est à tort qu'il a considéré qu'il avait fait part de son intention de se soustraire à l'exécution d'une éventuelle mesure d'éloignement prononcée à son encontre. D'une part, il n'incombe pas au préfet de rechercher des éléments qui ne lui auraient pas été spontanément fournis alors qu'il ressort par ailleurs des pièces du dossier que l'intéressé a indiqué, lors de son audition par les forces de l'ordre le 31 janvier 2024, qu'il était en situation irrégulière et qu'il ne savait pas où résidaient ses trois enfants. D'autre part, il ressort du procès-verbal d'audition de l'intéressé, qu'à la question " Si une mesure d'éloignement vous était notifiée, accepteriez-vous de quitter le territoire français ' ", l'intéressé a répondu expressément par la négative, au motif que ses enfants étaient présents sur le territoire français. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté comme manquant en fait.
11. En cinquième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".
12. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
13. M. A soutient qu'il n'a pas été informé, au cours de la procédure, de ce qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'il n'aurait pas été mis à même de présenter ses observations préalablement à l'édiction des arrêtés en litige. Il ressort toutefois des pièces du dossier, en particulier du procès-verbal d'audition de l'intéressé le 31 janvier 2024, que M. A, qui a été informé de la possibilité de faire l'objet d'une éventuelle mesure d'éloignement, a été invité par les forces de l'ordre à présenter ses observations tant sur les conditions de son séjour en France que sur la nature de ses liens personnels et familiaux dont il disposerait dans la société française. En tout état de cause, la circonstance dont il se prévaut dans la présente instance, selon laquelle il est père de trois enfants français n'était pas de nature en l'espèce à faire obstacle à l'adoption d'une interdiction de retour sur le territoire français, l'intéressé ayant déclaré, ainsi qu'il a déjà été dit, ne pas connaître le lieu de résidence de ses enfants, de sorte qu'il ne pouvait être regardé comme entretenant une relation particulière avec eux. Par suite, le moyen tiré de ce que le droit de M. A à être entendu n'aurait pas été respecté doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
Fait à Paris, le 6 février 2025
La présidente de la 8ème chambre,
A. Menasseyre
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026