mardi 22 juillet 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Paris |
| Section | Cour administrative d'appel de Paris |
| N° Dossier | CAA75-24PA04319 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | LEBOUL |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme B A épouse C a demandé au tribunal administratif de Montreuil d'annuler l'arrêté du 11 janvier 2024 par lequel le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.
Par un jugement n° 2404482 du 14 mai 2024, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 21 octobre 2024, Mme A épouse C, représentée par Me Leboul, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Montreuil du 14 mai 2024 ;
2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du préfet de police du 11 janvier 2024 ;
3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, en lui délivrant, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Leboul au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2025, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme A épouse C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 septembre 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris.
Par ordonnance du 15 mai 2025, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 21 mai 2025 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fombeur ;
- les observations de Me Leboul, avocate de Mme A épouse C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A épouse C, ressortissante algérienne née le 3 octobre 1989, et entrée en France le 26 novembre 2018 selon ses déclarations, a été interpellée le 10 janvier 2024 dans le cadre d'un contrôle routier, puis placée en garde à vue. Par un arrêté du 11 janvier 2024, le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Mme A épouse C relève appel du jugement du 14 mai 2024 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande tendant à l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 612-12 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ".
3. L'arrêté en litige vise notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en particulier ses articles 3 et 8, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ainsi que les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français, et les celles de l'article L. 721-3 du même code, fondement de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement. S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision précise que Mme A épouse C, qui ne peut justifier d'un titre de séjour pour se maintenir sur le territoire français, est dépourvue de document de voyage et ne peut justifier être entrée régulièrement sur le territoire français. Par ailleurs, elle mentionne que, compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi, la décision précise la nationalité de Mme A épouse C et mentionne que l'intéressée n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne des droits de l'homme en cas de retour dans son pays d'origine ou dans le pays de résidence habituelle où elle est effectivement réadmissible. Dans ces conditions, et alors que le préfet n'était pas tenu de préciser l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de Mme A épouse C, l'arrêté en litige comporte l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi, et qui permettent à la requérante d'en contester utilement leur bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté contesté doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de la décision contestée que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme A épouse C avant de l'obliger à quitter le territoire français.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A épouse C, qui soutient être arrivée en France le 26 novembre 2018, ne justifie de sa présence habituelle sur le territoire français qu'à compter du 3 février 2021. Elle établit, depuis la même date, sa communauté de vie avec M. C, ressortissant français, avec lequel elle est mariée depuis le 5 juin 2021. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que si Mme A épouse C a fait l'objet, à compter du mois de janvier 2022, d'une prise en charge médicale en raison d'un anévrisme carotido-ophtalmique non rompu ayant nécessité un traitement endovasculaire, il ressort toutefois du compte-rendu d'artériographie cérébrale de contrôle du 27 novembre 2023 que l'intervention chirurgicale a permis une exclusion complète de l'anévrisme. Si Mme A épouse C souffre également d'une endométriose de stade III ayant nécessité, le 13 décembre 2022, une libération d'adhérences, et si des endométriomes ovariens bilatéraux ont été identifiés en octobre 2023, la requérante n'établit pas ni même ne soutient qu'elle ne pourrait bénéficier d'un suivi gynécologique approprié à son état de santé en Algérie. En outre, s'il ressort des pièces nouvellement produites en appel que, compte tenu de l'infertilité primaire dont souffre la requérante, le couple bénéficie, depuis le 27 février 2024, d'un accompagnement au sein de l'Institut mutualiste Montsouris aux fins de bénéficier d'une aide médicale à la procréation, cette circonstance, postérieure à la décision attaquée, est sans incidence sur sa légalité. Enfin, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée, qui a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire après une interpellation pour des faits de conduite d'un véhicule en ayant fait usage de substance classée comme stupéfiant en septembre 2019, ne justifiait, à la date de la décision contestée, d'aucune activité professionnelle, et n'établissait pas être démunie d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu au moins jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans. Dans ces conditions, alors que la communauté de vie avec son époux était inférieure à trois ans à la date de l'arrêté en litige et qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'elle ne pourrait retourner temporairement en Algérie afin de régulariser sa situation et solliciter, par la suite, la délivrance d'un certificat de résidence en qualité de conjoint de Français, le préfet de police, en décidant d'obliger Mme A épouse C à quitter le territoire français et en fixant notamment l'Algérie comme pays de destination de la mesure d'éloignement, n'a pas porté, eu égard aux objectifs poursuivis par les mesures en litige, une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
7. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le préfet de police de Paris, en obligeant Mme A épouse C à quitter le territoire français et en fixant notamment l'Algérie comme pays de destination de la mesure d'éloignement, n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.
8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A épouse C n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 11 janvier 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles tendant au bénéfice des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A épouse C est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme B A épouse C et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2025, à laquelle siégeaient :
- Mme Fombeur, présidente de la Cour,
- Mme Menasseyre, présidente de chambre,
- Mme Vrignon-Villalba, présidente assesseure,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2025.
La présidente de chambre,
A. Menasseyre La présidente-rapporteure,
P. Fombeur
La greffière,
N. Couty
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026