Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme C... A... B... a demandé au tribunal administratif de Montreuil d’annuler l’arrêté du 25 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Par un jugement n° 2402448 du 2 octobre 2024, le tribunal administratif de Montreuil a annulé les décisions par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, a enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet territorialement compétent de procéder à l’effacement de son signalement dans le système d’information Schengen et a rejeté le surplus des conclusions de Mme A... B....
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 octobre 2024 et 26 août 2025, ce dernier mémoire n’ayant pas été communiqué, appuyés de pièces complémentaires enregistrées le 12 septembre 2025, Mme A... B..., représentée par Me Trorial, demande à la cour :
1°) d’annuler le jugement n° 2402448 du 2 octobre 2024 du tribunal administratif de Montreuil en tant que, par ce jugement, celui-ci a rejeté ses conclusions tendant à l’annulation des décisions du 25 janvier 2024 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement ;
2°) d’annuler ces décisions ;
3°) d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" ou, à défaut, "salarié" dans un délai d’un mois à compter de la notification de l’arrêt à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et, dans les deux cas, de lui délivrer dans l’attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S’agissant de l’arrêté dans son ensemble :
- il est entaché d’un vice de procédure, dès lors que la commission du titre de séjour n’a pas été préalablement saisie en méconnaissance des dispositions du 1° de l’article L. 432-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d’un défaut d’examen personnalisé et approfondi de sa situation ;
S’agissant de la décision portant refus de délivrance d’un titre de séjour :
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 423-23 du même code, ainsi que stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 435-1 du même code ;
S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l’illégalité de la décision de refus de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 423-23 du même code, ainsi que les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît aussi les dispositions de l’article L. 435-1 du même code ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A... B... ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Bernard,
- et les observations de Me Trorial, avocate de Mme A... B....
Considérant ce qui suit :
Mme A... B..., ressortissante brésilienne née le 7 décembre 1988, a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Elle relève appel du jugement du 2 octobre 2024 du tribunal administratif de Montreuil en tant que, par ce jugement, celui-ci a rejeté ses conclusions tendant à l’annulation des décisions du 25 janvier 2024 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement.
Aux termes des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger, qui n’entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d’autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d’une durée d’un an, sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d’existence de l’étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d’origine ». Aux termes des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
Il ressort des pièces du dossier que Mme A... B... est entrée régulièrement en France le 1er octobre 2017, à l’âge de 28 ans, et justifie résider en France de manière habituelle depuis lors, soit depuis plus de six années à la date des décisions contestées du 25 janvier 2024. Mme A... B..., qui établit maîtriser la langue française, justifie également travailler depuis son arrivée en France. Elle a ainsi été engagée en qualité d’agent de nettoyage à temps plein par la société Elior Services propreté et santé du 24 octobre 2017 au 25 mars 2022, soit pendant près de quatre ans et demi. Dans le cadre de ce contrat, elle a notamment été affectée sur les sites de l’hôpital Cochin, à Paris, et de la clinique Bellevue, à Meudon, pendant la période d’état d’urgence sanitaire. A compter d’avril 2022, elle a effectué diverses vacations puis a été embauchée en qualité de commis de cuisine ainsi que d’employée polyvalente, essentiellement pour une société de préparation et de livraison de repas. Son travail consiste à préparer et composer les plats commandés par les clients et la requérante justifie à cet égard disposer d’un diplôme dans le domaine de la gastronomie, équivalent à une licence française, obtenu au Brésil en 2012. Mme A... B... justifie par ailleurs disposer de son propre logement depuis le 15 avril 2018 et vivre à proximité de ses deux sœurs, ainsi que des époux et des enfants de celles-ci, lesquelles résident régulièrement en France et attestent voir souvent leur sœur. Mme A... B... produit également des attestations de plusieurs amies françaises témoignant des liens personnels qu’elle a pu nouer en France. Enfin, l’intéressée établit que son père est décédé et que sa mère réside au Portugal sous couvert d’un titre de séjour pluriannuel. Dans ces conditions, et nonobstant les circonstances que Mme A... B... soit célibataire et sans charges de famille et ait fait usage d’une fausse carte nationale d’identité portugaise établie à son nom pour pouvoir travailler, celle-ci est fondée à soutenir que la décision portant refus de séjour a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations précitées, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, en méconnaissance des dispositions précitées de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que Mme A... B... est fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté les conclusions de sa demande tendant à l’annulation de la décision du 25 janvier 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour et des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination de la mesure d’éloignement.
Eu égard au motif d’annulation ci-dessus retenu, et alors qu’il ne résulte pas de l’instruction que des éléments de fait ou de droit nouveaux justifieraient que l’autorité administrative oppose une nouvelle décision de refus, l’exécution du présent arrêt implique nécessairement que cette autorité délivre à Mme A... B... un titre de séjour mention "vie privée et familiale". Par suite, il y a lieu d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout préfet territorialement compétent, en application de l’article L. 911-1 du code de justice administrative, de délivrer ce titre dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent arrêt et de délivrer à l’intéressée, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler.
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme A... B... et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : Les décisions du 25 janvier 2024 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A... B..., l’a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement sont annulées.
Comment by BERNARD Aurélie: idem
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis ou au préfet territorialement compétent de délivrer à Mme A...B...a une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent arrêt et de lui délivrer, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler.
Article 3 : Le jugement n° 2402448 du 2 octobre 2024 du tribunal administratif de Montreuil est réformé en ce qu’il a de contraire au présent arrêt.
Article 4 : L’Etat versera à Mme A...B...a une somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Les conclusions du préfet de la Seine-Saint-Denis et le surplus des conclusions de la requête sont rejetées.
Article 6 : Le présent arrêt sera notifié à MmeC...a A...B...a, au ministre de l’intérieur et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l’audience du 22 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
- Mme Seulin, présidente de chambre,
- Mme Collet, première conseillère,
- Mme Bernard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2025.
La rapporteure,
A. BERNARD
La présidente,
A. SEULIN
La greffière,
R. ADELAÏDE
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.