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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-24PA04760

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-24PA04760

mardi 7 janvier 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-24PA04760
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Montreuil d'annuler l'arrêté du 11 mai 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office à l'expiration de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2307225 du 6 juin 2024, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 22 novembre 2024, M. B, représenté par Me Masilu, demande à la Cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, et, dans l'attente de ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le jugement attaqué, qui est insuffisamment motivé au regard des exigences de l'article L. 9 du code de justice administrative, est entaché d'irrégularité ;

- le tribunal administratif a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des conséquences du refus de séjour contesté sur sa situation personnelle ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, faute de justification d'une saisine régulière de la commission du titre de séjour ;

- elle est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il a contesté la précédente mesure d'éloignement en date du 25 avril 2019 et qu'il a justifié de son expérience professionnelle au moyen de près de 17 bulletins de paie entre 2015 et 2021 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par une décision du 15 octobre 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 29 novembre 2024, la présidente de la Cour administrative d'appel de Paris a désigné M. d'Haëm, président assesseur à la 6ème chambre, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, les magistrats " ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. B, ressortissant bangladais, né le 1er janvier 1979 et entré en France, selon ses déclarations, le 10 avril 2008, a sollicité, le 31 août 2021, son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 11 mai 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. B fait appel du jugement du 6 juin 2024 par lequel le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, il ressort de l'examen du jugement attaqué que le tribunal administratif a écarté, par une motivation suffisante, l'ensemble des moyens soulevés devant lui par M. B. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation qui entacherait ce jugement, ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, si M. B soutient que le tribunal administratif a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des conséquences du refus de séjour contesté sur sa situation personnelle, un tel moyen, qui se rattache au bien-fondé du raisonnement suivi par les premiers juges, n'est pas de nature à affecter la régularité du jugement attaqué. Il doit, par suite, être écarté.

5. En troisième lieu, M. B reprend en appel ses moyens de première instance tirés, s'agissant de la décision portant refus de titre de séjour, d'une insuffisance de motivation, d'un vice de procédure, faute de justification d'une saisine régulière de la commission du titre de séjour, d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle et d'une erreur de fait, dès lors qu'il a contesté la précédente mesure d'éloignement en date du 25 avril 2019 dont il a fait l'objet et qu'il a justifié de son expérience professionnelle au moyen de près de 17 bulletins de paie entre 2015 et 2021. Toutefois, le requérant ne développe au soutien de ces moyens aucun argument de droit ou de fait complémentaire et pertinent de nature à remettre en cause l'analyse et la motivation retenues par le tribunal administratif. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par les premiers juges aux points 2 à 5 de leur jugement.

6. En quatrième lieu, M. B se prévaut de la durée de son séjour en France depuis le mois d'avril 2008, de son état de santé ainsi que de son insertion professionnelle. Toutefois, la durée de son séjour sur le territoire ne constitue pas, à elle seule, un motif d'admission exceptionnelle au séjour en application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors que, de surcroît, l'intéressé, dont les demandes d'asile ont été rejetées et qui a été admis au séjour pour raison de santé à compter du mois de novembre 2014, s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire après l'arrêté du 25 avril 2019 du préfet de la Seine-Saint-Denis refusant de lui renouveler son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. En outre, par la production de différents documents d'ordre médical, notamment deux certificats médicaux établis les 12 août 2020 et 26 mai 2023 par un médecin psychiatre de l'établissement public de santé de Ville-Evrard, faisant état, notamment, d'un suivi en psychiatrie depuis plusieurs années ainsi que d'un diagnostic, en juillet 2021, d'une stéatose hépatique, le requérant n'établit, ni n'allègue d'ailleurs, que son état de santé nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni, en tout état de cause, qu'il ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par ailleurs, en justifiant avoir travaillé par intermittences comme " employé polyvalent " ou comme " vendeur " dans les secteurs de la restauration et de la boulangerie, auprès de différents employeurs, entre les mois de juin 2015 et juillet 2021, M. B ne justifie pas, à la date de la décision contestée, d'une insertion professionnelle stable et ancienne sur le territoire, ni d'une qualification spécifique ou particulière ou d'une expérience professionnelle, telles qu'elles auraient constitué des motifs exceptionnels d'admission au séjour. Enfin, M. B, qui, au demeurant, n'apporte aucun élément sur les liens de toute nature, notamment d'ordre amical, qu'il aurait noués en France, n'établit, ni n'allègue sérieusement aucune circonstance particulière faisant obstacle à ce qu'il poursuive sa vie à l'étranger et, en particulier, dans son pays d'origine, le Bangladesh, où résident son épouse et ses deux enfants et où lui-même a vécu jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans, de sorte qu'il y dispose d'attaches personnelles et familiales au moins aussi fortes qu'en France, ni n'allègue qu'il serait dans l'impossibilité de s'y réinsérer. Par suite, en refusant de régulariser sa situation au regard du séjour, au titre de sa vie privée et familiale ou au titre du travail, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, en refusant de délivrer à M. B un titre de séjour, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a commis aucune erreur manifeste dans son appréciation des conséquences de ce refus sur la situation personnelle de l'intéressé.

7. En cinquième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, ne peut qu'être écarté.

8. En sixième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1 du même code, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. En l'espèce, alors que la décision portant refus de titre de séjour comporte, de manière suffisante, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent, la mesure d'éloignement contestée, qui mentionne le 3° de l'article L. 611-1, est, par suite, suffisamment motivée.

9. En septième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, il y a lieu d'écarter le moyen soulevé à l'encontre de la mesure d'éloignement en litige et tiré d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.

10. En dernier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 6, M. B ne justifie pas d'une insertion sociale et professionnelle caractérisée sur le territoire, ni, en tout état de cause, d'aucune circonstance faisant obstacle à ce qu'il poursuive normalement sa vie privée et familiale dans son pays d'origine où résident son épouse et ses deux enfants et où lui-même a vécu jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans. En outre, il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement en date du 25 avril 2019. Par suite, en se fondant, notamment, sur les conditions du séjour en France de l'intéressé et sur cette précédente mesure d'éloignement, le préfet de la Seine-Saint-Denis a pu, sans entacher sa décision d'une erreur de droit ou d'appréciation, ni d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette mesure sur la situation personnelle de l'intéressé, prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, il y a lieu de la rejeter en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles portant sur les frais liés au litige.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Paris, le 7 janvier 2025.

Le président assesseur de la 6ème chambre,

R. d'HAËM

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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