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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-24PA04906

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-24PA04906

mercredi 22 janvier 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-24PA04906
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler l'arrêté du 3 juin 2024 par lequel le préfet de police de Paris a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2418699 du 30 octobre 2024, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 29 novembre 2024, M. B, représenté par Me Noirel, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 juin 2024 ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de Paris, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de police de Paris, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le Maroc comme pays de destination méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain, né le 4 août 1998, a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler l'arrêté du 3 juin 2024 par lequel le préfet de police de Paris a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, il fait appel du jugement du 30 octobre 2024 par lequel le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. En application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, les présidents des formations de jugement des cours " peuvent, () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement ".

Sur l'ensemble des décisions :

3. En premier lieu, l'arrêté contesté vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en particulier ses articles 3 et 8. En outre, le préfet de police de Paris, qui n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments caractérisant la situation du requérant, a notamment indiqué qu'aucun élément ne justifiait de s'écarter de l'avis du 31 décembre 2023 du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que M. B, entré en France le 31 mai 2022, n'établit pas la réalité de sa vie commune, depuis le 5 février 2023, avec un ressortissant belge et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Dès lors, l'arrêté comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté serait insuffisamment motivé doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté, ni des autres pièces du dossier, que le préfet de police de Paris n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. B avant de rejeter la demande de titre de séjour dont il était saisi et de prendre une décision d'éloignement. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen préalable doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () ".

6. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

7. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. B, le préfet de police de Paris s'est notamment fondé sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 31 décembre 2023. Selon cet avis, l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. En l'espèce, le requérant souffre du virus de l'immunodéficience humaine et bénéficie, à ce titre, d'un traitement médical ciblé à base de Rekambys et de Vocabria. Estimant qu'il ne peut bénéficier d'une prise en charge médicale dans son pays d'origine, M. B se prévaut notamment d'un certificat du praticien hospitalier du 20 juin 2024 qui indique que ce traitement est bien toléré et qu'il ne trouve pas d'équivalent au Maroc. Toutefois, il ne ressort pas des seules pièces produites que ces médicaments ne seraient pas commercialisés au Maroc ou, en tout état de cause, que M. B ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement qui, à défaut d'être identique, serait approprié à son état de santé. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté, en raison d'une mauvaise appréciation de sa situation médicale, méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen ainsi soulevé doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. B, entré en France le 31 mai 2022, muni d'un visa court séjour, n'est en tout état de cause présent habituellement en France que depuis deux ans à la date de l'arrêté contesté. En outre, il n'établit pas la durée de la communauté de vie alléguée avec un ressortissant belge résidant à Paris, alors que le pacte civil de solidarité a été conclu le 25 juillet 2024, soit postérieurement à l'arrêté contesté. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dépourvu d'attaches personnelles dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à au moins l'âge de vingt-trois ans, le comportement violent à son égard de son père et de son frère résidant au Maroc n'étant pas établi. Dès lors, eu égard notamment à la faible durée de sa présence en France, le préfet de police de Paris n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de la vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels l'arrêté contesté a été pris. Dans ces conditions, il n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs de fait que ceux précédemment mentionnés aux points 7 et 9 de la présente ordonnance, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du préfet de police de Paris serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle..

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. Aux termes des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. D'une part, M. B se prévaut de ce que le droit marocain réprime pénalement l'homosexualité, que celle-ci est mal perçue dans la société marocaine, que les homosexuels sont victimes de violences et qu'il aurait été battu de nombreuses fois par son père et son frère qui n'accepteraient pas son orientation sexuelle. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B, qui n'indique au demeurant pas avoir sollicité le bénéfice d'une protection internationale pour ce motif, serait exposé à des risques actuels et personnels en cas de retour au Maroc. Notamment, la documentation générale produite sur la situation des personnes homosexuelles au Maroc ne suffit pas à corroborer les déclarations de l'intéressé. D'autre part, pour les motifs précédemment exposés au point 7 de la présente ordonnance, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B serait exposé à un traitement inhumain ou dégradant à raison de son état de santé. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent, également, être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au préfet de police de Paris.

Fait à Paris, le 22 janvier 2025.

Le président de la 5ème chambre,

A. BARTHEZ

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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