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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-24PA04922

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-24PA04922

mercredi 15 janvier 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-24PA04922
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A E D a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler l'arrêté du 25 octobre 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office à l'expiration de ce délai.

Par une ordonnance n° 2428628 du 26 novembre 2024, la présidente de la formation de jugement du tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 1er décembre 2024, M. D, représenté par Me Sangue, demande à la Cour :

1°) d'annuler cette ordonnance ;

2°) d'annuler cet arrêté en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, dans l'attente de ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros HT au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en rejetant sa demande et, en particulier, en écartant le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement des dispositions du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, la première juge a entaché son ordonnance d'irrégularité ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;

- elle a été signée par une autorité territorialement incompétente ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article 6, paragraphe 1, de la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 29 novembre 2024, la présidente de la Cour administrative d'appel de Paris a désigné M. d'Haëm, président assesseur à la 4ème chambre, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : / () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. / Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. D, ressortissante bangladais, né le 10 août 1999, fait appel de l'ordonnance du 26 novembre 2024 par laquelle la présidente de la formation de jugement du tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 25 octobre 2024 du préfet de police l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur la régularité de l'ordonnance attaquée :

3. Il ressort du dossier de première instance qu'à l'appui de sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 25 octobre 2024, M. D a soulevé, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, les moyens tirés de l'incompétence de son signataire, de l'incompétence territoriale de son auteur, de son insuffisance de motivation, de la méconnaissance de son droit à être entendu, de la violation des dispositions de l'article 6, paragraphe 1, de la directive 2013/32/UE du 26 juin 2013, de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette mesure d'éloignement sur sa situation personnelle.

4. En premier lieu, M. B C, attaché d'administration de l'Etat directement placé sous l'autorité de la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière et signataire de l'arrêté en litige, bénéficiait d'une délégation de signature consentie par un arrêté n° 2024-01455 du 1er octobre 2024 du préfet de police, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, à l'effet de signer, notamment, la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision était manifestement infondé.

5. En deuxième lieu, en se bornant à alléguer, sans autre indication, " avoir été interpellé en dehors " de Paris, M. D, qui est domicilié à Paris, n'a apporté aucune précision, ni aucun élément susceptible de démontrer que le préfet de police n'aurait pas été territorialement compétent pour constater l'irrégularité de son séjour en France. Par suite, ce moyen était manifestement infondé.

6. En troisième lieu, la décision contestée portant obligation de quitter le territoire français qui comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent, est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation entachant cette décision était manifestement infondé.

7. En quatrième lieu, si M. D a soutenu que le préfet de police aurait méconnu son droit à être entendu, il n'a, en tout état de cause, justifié d'aucun élément propre à sa situation qu'il aurait été privé de faire valoir, avant l'intervention de la mesure d'éloignement en litige, et qui, s'il avait été en mesure de l'invoquer préalablement, aurait été de nature à aboutir à un résultat différent de la procédure administrative dont il a fait l'objet. Par suite, ce moyen était manifestement infondé.

8. En cinquième lieu, si M. D a allégué ne pas avoir été informé, préalablement à l'intervention de la mesure d'éloignement en litige, des modalités d'introduction d'une demande de protection internationale lors de sa retenue par les services de police, en méconnaissance des dispositions de l'article 6, paragraphe 1, de la directive 2013/32/UE du 26 juin 2013, il n'établit, ni n'allègue sérieusement avoir sollicité de nouveau l'asile auprès de ces services, alors que, de surcroît, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 13 février 2024 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par une décision du 27 septembre 2024 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par suite et en tout état de cause, ce moyen était manifestement infondé.

9. En sixième lieu, en se bornant à indiquer qu'il exerce une activité professionnelle et qu'il est parfaitement intégré en France, sans fournir d'autres indications, M. D n'a manifestement pas apporté les précisions permettant d'apprécier le bien-fondé du moyen tiré de ce que le préfet de police, avant de prendre à son encontre la mesure d'éloignement contestée, n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle.

10. En septième lieu, si M. D s'est borné à se prévaloir des dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du droit de se maintenir sur le territoire français tant qu'il n'a pas été statué, de manière définitive, sur sa demande d'asile, ce moyen n'était manifestement pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. En particulier, l'intéressé n'a pas contesté les mentions de la décision en litige selon lesquelles sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 13 février 2024 du directeur général de l'OFPRA, confirmée par une décision du 27 septembre 2024 de la CNDA, ni allégué que ces mentions auraient revêtu un caractère erroné, ni même fourni la moindre précision sur l'état d'avancement dans lequel aurait été, selon lui et à la date de la décision contestée, l'examen de sa demande d'asile ou soutenu qu'il bénéficiait encore, à cette date, de l'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7 du même code. Par ailleurs, en application des dispositions de cet article L. 542-1, dans sa rédaction résultant du 2° de l'article 75 de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024, le droit de l'intéressé de se maintenir sur le territoire français a pris fin à la date de la décision de la CNDA, soit le 27 septembre 2024, que cette décision ait été lue en audience publique ou qu'il ait été statué par ordonnance. Par suite, le préfet de police pouvait légalement, par son arrêté du 25 octobre 2024, l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du même code.

11. Enfin, les autres moyens soulevés par M. D à l'encontre de la mesure d'éloignement en litige et tirés d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle n'étaient manifestement pas assortis des précisions, ni d'ailleurs du moindre élément de justification, permettant d'en apprécier le bien-fondé.

12. Il suit de là que la présidente de la formation de jugement du tribunal administratif de Paris a pu, sans entacher d'irrégularité son ordonnance, rejeter la demande de M. D sur le fondement des dispositions précitées du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. Si M. D reprend en appel les mêmes moyens que ceux soulevés en première instance, il y a lieu de les écarter par les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 à 11.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. D est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, il y a lieu de la rejeter en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A E D.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 15 janvier 2025.

Le président assesseur de la 6ème chambre,

R. d'HAËM

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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