Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme D..., a demandé au tribunal administratif de Paris d’annuler la décision implicite du préfet de police du 9 juillet 2023 lui refusant la délivrance d’une autorisation provisoire de séjour.
Par un jugement n° 2420440/6-3 du 2 janvier 2025, le tribunal administratif de Paris a rejeté la demande de Mme D....
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée 28 février 2025, Mme D..., représentée par Me Hagege, demande à la Cour :
1°) d'annuler le jugement du 2 janvier 2025 du tribunal administratif de Paris ;
2°) d’annuler la décision implicite du préfet de police du 28 juin 2024 lui refusant la délivrance d’un titre de séjour ;
3°) d'enjoindre, au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale », dans un délai d’un mois à compter de l’arrêt à intervenir et, dans l’attente, de lui délivrer une autorisation de séjour l’autorisant à travailler ;
4°) à titre subsidiaire, d’enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de dix jours à compter de l’arrêt à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d’un défaut de motivation et d’examen de la situation personnelle ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation et d’un défaut d’examen de sa situation au regard des stipulations de l’article 6-5 de l’accord franco-algérien ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation et d’un défaut d’examen de sa situation au regard des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’une méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 mars 2026, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien en date du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Julliard,
- et les observations de Me Hagege, représentant Mme D....
Connaissance prise de la note en délibéré enregistrée le 18 mars 2026 produite par Mme A... D... épouse B....
Considérant ce qui suit :
1. Mme A... D... épouse B..., ressortissante algérienne née le 18 mai 1955, est entrée en France le 1er décembre 2021 munie d’un visa court séjour. Elle est venue accompagnée de son mari, M. C... B... qui souffre d’une pathologie cancéreuse. Par un jugement du 9 décembre 2022, le tribunal administratif de Paris a annulé deux arrêtés du préfet de police de Paris du 19 juillet 2022 rejetant leurs demandes de prolongation de visa et valant refus d’autorisation provisoire de séjour et a enjoint au préfet de police de délivrer à M. et Mme B... des autorisations provisoires de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement. En exécution de ce jugement, le préfet de police leur a délivré une autorisation provisoire de séjour valable du 9 janvier 2023 au 8 avril 2023. Le 9 mars 2023, Mme D... a déposé une demande de renouvellement de son autorisation provisoire de séjour. Le 9 juillet 2023, une décision implicite de refus est née du silence gardé par l’administration sur cette demande. Par un courrier en date du 10 avril 2024, Mme D... a demandé la communication des motifs de cette décision. Par une lettre en date du 28 juin 2024, le préfet de police lui a communiqué les motifs de sa décision. M. B... a obtenu un titre de séjour en qualité d’étranger malade valable du 12 février 2024 au 11 février 2025. Mme D... relève appel du jugement du 2 janvier 2025 par lequel le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à l’annulation de la décision implicite du préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « / 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (…) ».
3. Il ressort des pièces du dossier, notamment des certificats médicaux des 26 janvier 2022, 14 février 2022, 7 mars 2022, 8 septembre 2022, 12 septembre 2022, 19 janvier 2023, 12 avril 2023, 19 juillet 2023, 1er novembre 2023, 11 novembre 2023, 24 avril 2024, 28 août 2024, 16 octobre 2024, 18 décembre 2024, établis par des médecins oncologues-radiothérapeutes de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière et de l’Institut Gustave Roussy et par un néphrologue que M. B... qui bénéficiait à la date de la décision en litige d’un certificat de résidence en qualité d’étranger malade valable jusqu’au 11 février 2025, souffre d’une forme de cancer rare et complexe et qu’il est pris en charge en France au sein d’un établissement spécialisé dans la lutte contre le cancer. Ces certificats attestent également que l’état de santé actuel de M. B... nécessite des soins quotidiens et une prise en charge spécifique, sans lesquels son pronostic vital est engagé à court terme ainsi que des traitements qui ne sont pas disponibles dans son pays d’origine. Ils précisent, en outre, que la présence de son épouse à ses côtés lui est indispensable pour l’assister dans les actes de la vie quotidienne, M. B... ne pouvant s’assumer seul. Dans ces conditions, en refusant de délivrer à Mme D... une autorisation provisoire de séjour, le préfet a méconnu les stipulations précitées de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme D... épouse B... est fondée à demander l’annulation de la décision implicite du préfet de police de refus de délivrance d’une autorisation provisoire de séjour du 9 juillet 2023.
Sur les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte :
5. Les motifs qui s’attachent à l’annulation de la décision implicite du préfet de police refusant de délivrer à Mme D... une autorisation provisoire de séjour impliquent que le préfet de police lui délivre l’autorisation sollicitée. Il y a lieu d’enjoindre au préfet de police d’y procéder dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent arrêt. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat le versement à Mme D... d’une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite du préfet de police du 9 juillet 2023 refusant de délivrer à Mme D... une autorisation provisoire de séjour est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à Mme D... une autorisation provisoire de séjour dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent arrêt.
Article 3 : L’Etat versera à Mme D... la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A... D... épouse B..., au ministre de l’intérieur et au préfet de police.
Délibéré après l’audience du 17 mars 2026, à laquelle siégeaient :
- M. Delage, président de chambre,
- Mme Julliard, présidente-assesseure,
- Mme Palis De Koninck, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2026.
La rapporteure,
M. JULLIARDLe président,
Ph. DELAGE
Le greffier,
E. MOULIN
La République mande et ordonne au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.