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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-25PA01051

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-25PA01051

vendredi 30 mai 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-25PA01051
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 23 août 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2423326/4-1 du 20 février 2025, le tribunal administratif de Paris a annulé l'arrêté du 23 août 2024 en tant qu'il portait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et a rejeté le surplus des conclusions de sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 6 mars 2025, M. A, représenté par Me Calvo Pardo, demande à la cour :

1°) d'annuler l'article 2 du jugement du 20 février 2025 par lequel le tribunal administratif de Paris a rejeté ses conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 23 août 2024 de la préfète du Val-de-Marne en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français sans délai ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 août 2024 de la préfète du Val-de-Marne en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français sans délai ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour le 24 juin 2024 ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () présidents des formations de jugement des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. B A, ressortissant sénégalais né le 8 mai 1985 et entré en France le 7 mai 2018 selon ses déclarations a été interpellé le 23 août 2023 démuni de tout justificatif l'autorisant à circuler ou à séjourner sur le territoire français. Par un arrêté du 23 août 2024, la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux années. Par un jugement du 20 février 2025, le tribunal administratif de Paris a annulé la décision portant interdiction de retour sur le retour français pour une durée de deux ans et a rejeté le surplus des conclusions de la requête de M. A. Ce dernier relève appel de ce jugement en tant qu'il a rejeté ses conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui justifie de sa présence sur le territoire français à compter du mois de juin 2018, date d'enregistrement de sa demande d'asile auprès des services de la préfecture du Morbihan, est célibataire et sans charge de famille en France alors qu'il n'établit pas être démuni d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de trente-trois ans. S'il ressort des différents bulletins de salaires et contrats de mission versés au dossier que le requérant a effectué, à compter du mois d'août 2021, de nombreuses missions en intérim en qualité de manœuvre, d'ouvrier d'exécution, d'aide compagnon d'exécution, d'aide foreur ou d'aide sondeur, toutefois ces expériences, qui ne sont que de quelques jours pour certaines, ne permettent pas de caractériser une insertion professionnelle particulièrement stable ou ancienne dans la société française. Dans ces conditions, la préfète du Val-de-Marne, en l'obligeant à quitter le territoire français, n'a pas porté, eu égard aux objectifs poursuivis par la mesure, une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : /1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 431-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions dans lesquelles les demandes de titres de séjour sont déposées auprès de l'autorité administrative compétente sont fixées par voie réglementaire ". Le premier alinéa de l'article R. 431-2 du même code dispose que : " la demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code ". Enfin, selon l'article R. 431-3 du même code : " La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2, est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture. / Le préfet peut également prescrire que les demandes de titre de séjour appartenant aux catégories qu'il détermine soient adressées par voie postale ". Il résulte de ces dispositions qu'en dehors des titres dont la demande s'effectue au moyen d'un téléservice et qui figurent sur la liste prévue à l'article R. 431-2 du code, fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration, la demande de titre de séjour est effectuée par comparution personnelle au guichet de la préfecture ou, si le préfet le prescrit, par voie postale.

6. En l'espèce, l'annexe 9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'inclut pas, dans la liste des catégories de titres de séjour dont la demande s'effectue au moyen d'un téléservice, les demandes de carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " présentées sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, si la préfète du Val-de-Marne a mis en place une procédure prescrivant aux ressortissants étrangers souhaitant présenter une demande d'admission exceptionnelle au séjour de déposer un dossier sur la plateforme " démarches simplifiées ", les intéressés sont ultérieurement convoqués, en vue du dépôt effectif de leur demande, pour enregistrement de leurs données biométriques et délivrance d'un récépissé. Dès lors, si l'attestation délivrée le 24 juin 2024 à M. A, émanant de la plateforme " démarches simplifiées " intitulée " demande de rendez-vous d'admission exceptionnelle au séjour ", démontre qu'il a entrepris des démarches en vue de se voir délivrer un rendez-vous pour déposer sa demande de titre en préfecture, elle ne saurait en revanche attester du dépôt d'une demande de titre au sens de l'article R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, ni en tout état de cause, de la régularité de son séjour sur le territoire national. Dans ces conditions, et alors qu'il ressort du procès-verbal d'audition de situation administrative du 23 août 2024 que M. A a déclaré être entré irrégulièrement en France, les moyens tirés de l'erreur de fait et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

7. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de la décision contestée que la préfète du Val-de-Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A avant de l'obliger à quitter le territoire français.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

9. La décision en litige vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en particulier ses articles 3 et 8 ainsi que les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En particulier, la décision mentionne que M. A, de nationalité sénégalaise, qui ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. La décision précise également que l'intéressé est célibataire et sans charge de famille et que ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas intenses et stables, notamment eu égard à sa date d'entrée en France, le 7 mai 2018. Enfin, la décision mentionne qu'il n'est pas porté, dans les circonstances propres au cas d'espèce, une atteinte disproportionnée aux droits, à la situation personnelle et à la vie familiale de M. A, qui n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision en litige comporte l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée doit être écarté.

Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

10. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () ".

11. Il ressort des termes de la décision contestée que pour refuser à M. A l'octroi d'un délai de départ volontaire, la préfète du Val-de-Marne a considéré qu'il existait un risque que l'intéressé se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement dès lors que l'intéressé, qui ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'avait pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. S'il résulte de ce qui a été dit au point 7 que M. A ne peut se prévaloir de la circonstance qu'il aurait sollicité, le 24 juin 2024, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 12 juin 2018. Par suite, la préfète du Val-de-Marne ne pouvait se fonder sur le motif prévu au 1°) de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour refuser à M. A l'octroi d'un délai de départ volontaire.

12. Toutefois, il ressort du procès-verbal d'audition de situation administrative du 23 août 2024 que les forces de l'ordre ont demandé à M. A s'il acceptait, en cas d'édiction d'une mesure d'éloignement à son encontre, de quitter le territoire français et que l'intéressé a expressément répondu par la négative. La préfète du Val-de-Marne, qui a produit ce procès-verbal d'audition en première instance, faisait valoir dans son mémoire en défense, que le refus d'accorder à M. A un délai de départ volontaire pouvait également être fondé sur le fait que l'intéressé avait explicitement fait part de son intention de ne pas se conformer à l'obligation de quitter le territoire français. Ce faisant, elle doit être regardée comme ayant demandé que ce dernier motif soit substitué à l'unique motif erroné qui fondait la décision en litige. Dès lors qu'il résulte de l'instruction que la préfète aurait pris la même décision en se fondant sur ce motif, et que la substitution de ce motif, en application du 4° de l'article L. 612-3 précité, au motif initial de la décision ne prive le requérant d'aucune garantie procédurale, il y a lieu de procéder à la substitution de motif ainsi demandée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Fait à Paris, le 30 mai 2025.

La présidente de la 8ème chambre,

A. Menasseyre

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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