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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-25PA01559

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-25PA01559

mercredi 29 octobre 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-25PA01559
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantTABI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A... B... a demandé au tribunal administratif de Montreuil de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2013 et 2014.

Par un jugement n° 2202577 du 6 décembre 2024, le tribunal administratif de Montreuil l’a déchargé des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2013 et 2014, ainsi que des majorations correspondantes, et a mis à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 3 avril 2025 et le 24 septembre 2025, le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique demande à la cour de prononcer le sursis à exécution de ce jugement.

Il soutient que :
- à titre principal, les conditions prévues par les dispositions de l’article R. 811-16 du code de justice administrative sont réunies dès lors que l’exécution du jugement attaqué risquerait d’exposer l’Etat à la perte définitive d'une somme qui ne devrait pas rester à sa charge dans le cas où ses conclusions d'appel seraient accueillies, M. B... résidant en Israël et n’étant propriétaire d’aucun bien immobilier en France ;
- à titre subsidiaire, les conditions prévues par les dispositions de l’article R. 811-15 du code de justice administrative sont réunies dès lors qu’en l’état de l’instruction, le moyen qu’il énonce est sérieux et de nature à justifier le rejet des conclusions à fin d’annulation présentées par M. B..., le tribunal administratif de Montreuil ayant à tort, d’une part, estimé que les impositions en litige ont été établies en méconnaissance des dispositions de l’article L. 76 B du livre des procédures fiscales, l’administration n'ayant fondé aucune des rectifications notifiées à la société Cleanpharm sur des éléments obtenus dans le cadre de l'exercice d'un droit de communication et, d’autre part, prononcé la décharge de tous les rappels notifiés par l'administration alors que seuls les revenus distribués étaient susceptibles d'être concernés par la méconnaissance alléguée de la garantie prévue par l'article L. 76 B.

Par un mémoire, enregistré le 21 septembre 2025, M. B..., représenté par Me Tabi, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- les conditions prévues par les dispositions de l’article R. 811-16 du code de justice administrative ne sont pas remplies dès lors, notamment, qu’il perçoit des pensions de retraite d’origine française et qu’ainsi, le risque de la perte définitive d’une somme n’est pas établi ;
- celles prévues par les dispositions de l’article R. 811-15 du même code ne sont pas remplies dès lors que les moyens soulevés par le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique ne sont pas sérieux en l’état de l’instruction.

Par une ordonnance du 24 septembre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 8 octobre 2025.

Vu la requête n° 25PA01558 par laquelle le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique demande à la cour d’annuler le jugement n° 2202577 du tribunal administratif de Montreuil du 6 décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique, après présentation du rapport :
- les observations de Me Tabi représentant M. B....

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d’une vérification de comptabilité de la société Cleanpharm, le service vérificateur a notamment remis en cause la déduction en charges de certaines dépenses au motif qu'elles avaient été engagées dans le seul intérêt de M. B.... A la suite d’un contrôle sur pièces du dossier de celui-ci ayant fait l’objet d’une proposition de rectification du 27 juin 2016, il a considéré que ces dépenses constituaient des revenus distribués, imposables à l'impôt sur le revenu au titre des années 2013 et 2014, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, ainsi qu’aux contributions sociales. M. B... a contesté les impositions auxquelles il a été assujetti par une réclamation du 31 décembre 2019 qui a fait l’objet d'une décision de rejet le 17 juillet 2020. Par un jugement du 6 décembre 2024, le tribunal administratif de Montreuil a prononcé la décharge des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2013 et 2014, ainsi que des majorations correspondantes. Le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, qui estime que la décharge prononcée s’élève à la somme de 51 282 euros et a fait appel de ce jugement, demande à la cour, dans la présente instance, d’en prononcer le sursis à exécution.

2. Aux termes de l’article R. 811-14 du code de justice administrative : « Sauf dispositions particulières, le recours en appel n'a pas d'effet suspensif s'il n'en est autrement ordonné par le juge d'appel dans les conditions prévues par le présent titre ». Aux termes de l’article R. 811-16 du même code : « Lorsqu'il est fait appel par une personne autre que le demandeur en première instance, la juridiction peut, à la demande de l'appelant, ordonner sous réserve des dispositions des articles R. 533-2 et R. 541-6 qu'il soit sursis à l'exécution du jugement déféré si cette exécution risque d'exposer l'appelant à la perte définitive d'une somme qui ne devrait pas rester à sa charge dans le cas où ses conclusions d'appel seraient accueillies ». Enfin, en application du second alinéa de l’article R. 222-25 du même code, le président de la cour ou le président de chambre statue en audience publique et sans conclusions du rapporteur public sur les demandes de sursis à exécution mentionnées aux articles R. 811-15 à R. 811-17.

3. Il résulte de l’instruction que M. B..., qui réside en Israël, n’est propriétaire d’aucun bien immobilier en France. Il perçoit des retraites d'organismes de retraite français et, dès lors qu’il ne s’est pas spontanément acquitté des impositions litigieuses, le comptable public a procédé à des saisies administratives à tiers détenteur auprès des organismes de retraite. Toutefois, au regard du montant des impositions en litige et de celui des pensions de retraite servies à M. B..., qui sont modestes selon les écrits mêmes de l’intéressé lorsqu’il a demandé la saisine de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d’affaires, l'exécution d'une décision d'appel favorable à l'administration, inversant la solution retenue par le tribunal administratif de Montreuil, nécessiterait la mise en œuvre de mesures de recouvrement internationales. Dans ces conditions, l’exécution du jugement attaqué risque d’exposer l’Etat à la perte définitive d’une somme qui ne devrait pas rester à sa charge dans le cas où ses conclusions d’appel seraient accueillies.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique est fondé à demander qu’il soit sursis à l’exécution du jugement du 6 décembre 2024 du tribunal administratif de Montreuil.

5. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme à verser à M. B... au titre des frais liés à l’instance.





DECIDE :


Article 1er : Dans l’attente de l’arrêt à intervenir sur le fond dans l’instance n° 25PA01558, il est sursis à l'exécution du jugement n° 2202577 du 6 décembre 2024 du tribunal administratif de Montreuil.

Article 2 : Les conclusions de M. B... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique et à M. A... B....

Copie en sera adressée à l’administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 29 octobre 2025.


Le président,
A. BARTHEZ
La greffière,
E. MOUCHON




La République mande et ordonne au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.


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01/06/2026

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