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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-25PA02696

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-25PA02696

mardi 22 juillet 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-25PA02696
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantSELARLU HAGEGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 15 novembre 2024 par lequel le préfet de la Savoie l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Par un jugement n° 2430923/6-3 du 7 mai 2025, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 4 juin 2025, Mme B, représentée par Me Hagege, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et de la munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le jugement attaqué est insuffisamment motivé ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () présidents des formations de jugement des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Mme B, ressortissante tunisienne née le 12 mai 1999 et entrée en France en juillet 2022 selon ses déclarations, relève appel du jugement du 7 mai 2025 par lequel le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à l'annulation pour excès de pouvoir de l'arrêté du 15 novembre 2024 par lequel le préfet de la Savoie l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'une année.

Sur la régularité du jugement :

3. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ".

4. Il ressort des énonciations du jugement attaqué que les premiers juges, qui n'étaient pas de tenus de répondre à tous les arguments développés par la requérante, se sont prononcés de manière suffisamment précise et circonstanciée sur l'ensemble des moyens soulevés devant eux. Par ailleurs, le bien-fondé des réponses apportées au regard des pièces versées au dossier est, en tout état de cause, sans incidence sur la régularité du jugement. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisante motivation du jugement attaqué doit être écarté.

Sur la légalité de l'arrêté du 15 novembre 2024 du préfet de la Savoie :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des nouvelles pièces produites en appel, que si Mme B réside habituellement en France depuis le mois de novembre 2022, soit depuis deux ans à la date de la décision en litige, elle est célibataire et sans charge de famille en France alors qu'elle n'est pas démunie d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident, selon ses déclarations lors de son audition le 15 novembre 2024, sa mère ainsi que l'une de ses sœurs, et où elle a vécu au moins jusqu'à l'âge de vingt-trois ans. Par ailleurs, si Mme B produit un contrat à durée indéterminée conclu à compter du 1er juillet 2022 pour un emploi à temps complet en qualité de chef pâtissier au sein de la société Habnes, toutefois les bulletins de salaires versés au dossier, qui ne concernent que l'année 2023, font état d'une date d'entrée dans l'entreprise au 2 janvier 2023, de sorte qu'elle n'établit pas l'ancienneté de l'insertion professionnelle dont elle se prévaut. Enfin, si la requérante fait valoir qu'elle dispose d'attaches amicales dans la société française, elle ne produit aucun élément de nature à établir la réalité de cette allégation. Dans ces conditions, compte tenu en particulier du caractère relativement récent de sa présence en France, et quand bien même son comportement ne serait pas constitutif d'une menace pour l'ordre public, le préfet de la Savoie, en obligeant Mme B à quitter le territoire français n'a pas porté, eu égard aux objectifs poursuivis par la mesure, une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet de la Savoie n'a pas davantage commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de Mme B.

7. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de la décision contestée que le préfet de la Savoie n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation avant de l'obliger à quitter le territoire français.

8. En troisième lieu, la décision en litige vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8 ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier le 1° de l'article L. 611-1. Elle mentionne que Mme B, de nationalité tunisienne, ne peut justifier être entrée régulièrement sur le territoire français et s'y est maintenue sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. De même, elle précise que l'intéressée est célibataire et sans charge de famille et qu'elle ne démontre ni vie privée et familiale ancrée dans la durée en France, ni insertion sociale ou professionnelle particulière. Enfin, elle mentionne qu'elle est dépourvue de toutes attaches familiales sur le territoire français, à l'exception d'une de ses sœurs et ne justifie pas en être dépourvue dans son pays d'origine où résident sa mère et sa sœur et où elle a vécu au moins jusqu'à l'âge de vingt-trois ans, soit la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, et alors que le préfet n'était pas tenu de reprendre l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle et professionnelle de l'intéressée, la décision en litige comporte l'énoncé suffisant des considérations de droit ou de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée à l'appui des conclusions de Mme B dirigées contre la décision prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ne peut qu'être écartée par voie de conséquence.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

11. D'une part, à supposer même que Mme B ne serait jamais retournée en Tunisie depuis son arrivée en France, en juillet 2022, cette circonstance ne constitue pas une circonstance humanitaire au sens de l'article L. 612-6 précité, de nature à faire obstacle à l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français. D'autre part, eu égard à la situation personnelle et professionnelle de l'intéressée telle qu'exposé au point 6, et quand bien même Mme B n'aurait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, le préfet de la Savoie, en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, n'a pas méconnu les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de la requérante.

12. En troisième lieu, pour les mêmes motifs, le préfet de la Savoie, en prononçant à l'encontre de Mme B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, n'a pas porté, eu égard aux objectifs poursuivis par la mesure, une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. En quatrième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision contestée que le préfet de la Savoie n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme B avant de prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

14. En cinquième lieu, il ressort des termes mêmes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

15. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

16. La décision prononçant à l'encontre de Mme B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en particulier ses articles 3 et 8 ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment ses articles L. 612-6 et L. 612-10. Il ressort également des termes de cette décision que le préfet de la Savoie a, pour fixer la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, considéré que l'intéressée ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire, que célibataire et sans enfant à charge, elle était dépourvue de toute attache familiale sur le territoire français, à l'exception d'une de ses sœurs, qu'elle a vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine, où résident sa mère et sa sœur, qu'elle ne justifie pas disposer de moyens d'existence légaux dès lors qu'elle déclare travailler depuis plusieurs mois sans autorisation de travail, ni de la prise en charge par un opérateur d'assurance agrée des dépenses médicales et hospitalières, ni de garanties de rapatriement et qu'enfin, elle n'a engagé aucune démarche en vue de régulariser sa situation, de sorte que, compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, une interdiction de retour d'un an ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, la décision comporte l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement. Par suite le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Fait à Paris, le 22 juillet 2025.

La présidente de la 8ème chambre,

A. Menasseyre

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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