Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A... C... a demandé au tribunal administratif de Paris de récuser M. C... B..., que l’experte nommée par l’ordonnance n° 2415586 du 12 juin 2025 de la vice-présidente du tribunal administratif de Paris a été autorisée à désigner en qualité de sapiteur avec pour mission de dire « si au vu des signaux gastro-intestinaux de la famille C..., la situation correspondait à un cas de toxi-infection alimentaire collective (TIAC) et si l’AP-HP aurait dû signaler les cas afin de donner une alerte auprès de l’ARS ; en cas de réponse positive, évaluer la perte de chance subie par M. C... de se faire indemniser à ce titre ».
Par une ordonnance n° 2520233 du 5 août 2025, la présidente de la 6ème section du tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande comme irrecevable.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 6 octobre 2025, M. C..., représenté par Me Goutaland, demande à la cour :
1°) d’annuler cette ordonnance ;
2°) de récuser M. C... B....
Il soutient que :
- sa requête d’appel est recevable ;
- l’ordonnance attaquée est entachée d’erreur de droit dès lors que l’absence de compétence d’un expert ou d’un sapiteur dans un domaine pour lequel il n’a pas sollicité l’inscription au tableau des expert est une cause de récusation ;
- il soulève un problème d’impartialité dès lors que M. B... travaille également pour l’AP-HP en ce qu’il intervient au centre d’infectiologie de Necker Pasteur ;
- l’ordonnance attaquée est entachée d’erreur manifeste d’appréciation en ce qu’elle considère que l’absence de compétence du sapiteur n’était pas justifiée par les pièces jointes ; M. B... qui n’est pas inscrit dans le domaine de compétence santé publique, qualité et sécurité des aliments, ne dispose pas des compétences nécessaires s’agissant de la désignation d’un sapiteur spécialisé en maladies infectieuses et tropicales.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative :
« (…) les présidents de formation de jugement des tribunaux (…) peuvent, par ordonnance : (…) / 4° rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n’est pas tenue d’inviter leur auteur à les régulariser ou qu’elles n’ont pas été régularisées à l’expiration du délai imparti par une demande en ce sens (…) les présidents des formations de jugement des cours (…) peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (…), les requêtes dirigées contre des ordonnances prises en application des 1° à 5° du présent article ainsi que, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement ».
2. Aux termes de l’article R. 621-6 du code de justice administrative : « Les experts ou sapiteurs mentionnés à l'article R. 621-2 peuvent être récusés pour les mêmes causes que les juges. S'il s'agit d'une personne morale, la récusation peut viser tant la personne morale elle-même que la ou les personnes physiques qui assurent en son nom l'exécution de la mesure. La partie qui entend récuser l'expert ou le sapiteur doit le faire avant le début des opérations ou dès la révélation de la cause de la récusation. Si l'expert ou le sapiteur s'estime récusable, il doit immédiatement le déclarer au président de la juridiction ou, au Conseil d'Etat, au président de la section du contentieux. (…) ». Son article R. 621-6-1 dispose : « La demande de récusation formée par une partie est présentée à la juridiction qui a ordonné l’expertise. Si elle est présentée par un mandataire, ce dernier doit être muni d’un pouvoir spécial / Elle doit à peine d'irrecevabilité indiquer les motifs qui la soutiennent et être accompagnée des pièces propres à la justifier. » Par ailleurs, aux termes de l’article L. 721-1 du même code : « La récusation d’un membre de la juridiction est prononcée, à la demande d’une partie, s’il existe une raison sérieuse de mettre en doute son impartialité ».
3. Pour rejeter la requête de M. C..., le premier juge a constaté que si le requérant invoquait l’absence de compétence de M. B... en qualité et sécurité des aliments, il se bornait à joindre à sa demande de récusation les éléments mentionnés par M. B... dans son courrier déclarant à la vice-présidente du tribunal qu’il ne s’estimait pas récusable. Le tribunal a considéré que dès lors que ces éléments n’étaient propres à justifier ni le motif de la demande de récusation formée par le requérant, ni la raison sérieuse de mettre en doute son impartialité qui seule pouvait être utilement invoquée par ce dernier, la présente demande présentait un caractère irrecevable.
4. D’une part, en se bornant à invoquer les termes d’un moyen soulevé dans une instance relative à une demande de récusation présentée devant le tribunal administratif de Paris, et qui a au demeurant donné lieu à un rejet par ordonnance pour irrecevabilité, le requérant ne critique pas utilement les motifs de l’ordonnance attaquée opposant à juste titre que seule la raison sérieuse de mettre en doute l’impartialité de l’expert pouvait être invocable à l’appui de sa demande de récusation présentée sur le fondement des dispositions citées au point précédent.
5. D’autre part, M. C... soutient qu’il existe une raison sérieuse de mettre en doute l’impartialité de M. B.... Toutefois, et alors qu’il est soumis à des obligations déontologiques garantissant son impartialité et son indépendance, la circonstance que M. B..., qui exerce à l’hôpital universitaire Gustave Roussy à Villejuif, intervienne également au centre d’infectiologie Necker Pasteur relevant de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), ne constitue pas un motif suffisant pour faire naître des craintes légitimes qu’il n’effectue pas sa mission avec l’impartialité requise dans un litige où l’AP-HP est partie. Par ailleurs, le fait que M. B... ne serait pas compétent dans la spécialité requise n’est pas de nature à caractériser un motif d’impartialité à l’égard des parties.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d’appel présentée par M. C... est manifestement dépourvue de fondement et peut dès lors être rejetée en application des dispositions précitées de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... C....
Fait à Paris, le 21 novembre 2025.
Le président de la 3ème chambre,
Ph. DELAGE
La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.