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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE02896

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE02896

mercredi 11 septembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE02896
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2022 par lequel le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a informé de ce qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Par un jugement n° 2208394 du 22 novembre 2022, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 22 décembre 2022, M. B, représenté par Me Aucher, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de réexaminer sa situation, dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le premier juge ne l'a pas préalablement informé de la substitution de base légale à laquelle procède le jugement attaqué, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de lui accorder un délai de départ volontaire sont insuffisamment motivées ;

- elles révèlent un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

- la décision portant refus de lui accorder un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article 7 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- elle méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet n'a pas pris position sur les quatre critères énoncés à l'article L. 612-10 du même code ;

- elle révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle, le préfet s'étant cru lié par sa décision portant refus de lui accorder un délai de départ volontaire ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée le 30 janvier 2023 au préfet des Yvelines, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () premiers vice-présidents des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. (). ".

2. M. B, ressortissant congolais né le 16 août 1986 à Kinshasa (République démocratique du Congo), a déclaré être entré en France en 2012. Par un arrêté du 7 novembre 2022, le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. M. B fait appel du jugement du 22 novembre 2022 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. Aux termes de l'article R. 611-7 du code de justice administrative : " Lorsque la décision lui paraît susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office, le président de la formation de jugement ou le président de la chambre chargée de l'instruction en informe les parties avant la séance de jugement et fixe le délai dans lequel elles peuvent, sans qu'y fasse obstacle la clôture éventuelle de l'instruction, présenter leurs observations sur le moyen communiqué. () ". Aux termes de l'article R. 776-25 du même code, applicable à l'instruction des demandes dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français lorsque, comme en l'espèce, l'étranger est assigné à résidence : " L'information des parties prévue aux articles R. 611-7 et R. 612-1 peut être accomplie au cours de l'audience. ".

4. Pour rejeter la demande de M. B, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Versailles a notamment procédé, d'office, à une substitution de base légale, en jugeant que l'arrêté litigieux trouvait son fondement non pas dans les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais dans celles du 2° du même article. Si M. B soutient qu'il n'en a pas été averti, il ressort des termes mêmes du jugement contesté que cette information a été donnée au cours de l'audience, ainsi que le permet les dispositions précitées de l'article R. 776-25 du code de justice administrative. Par suite, le moyen tiré de ce que le jugement attaqué serait irrégulier faute pour le premier juge d'avoir préalablement informé le requérant de la substitution de base légale à laquelle il a procédé, en méconnaissance de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, doit être écarté.

Sur la légalité de l'arrêté contesté :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'accorder un délai de départ volontaire :

5. En premier lieu, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de ces décisions et du défaut d'examen particulier de la situation personnelle du requérant, déjà soulevés en première instance et à l'appui desquels M. B ne présente en appel aucun élément de fait ou de droit nouveau, doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux retenus à bon droit et exposés par le premier juge au point 6 du jugement entrepris.

6. En deuxième lieu, si M. B, qui déclare résider sur le territoire français depuis près de dix ans, sans apporter la preuve de la continuité de son séjour, se prévaut de la présence en France de plusieurs membres de sa famille, et notamment de sa fille, âgée de cinq ans à la date de l'arrêté contesté, il ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations, ni n'établit qu'il contribuerait à l'entretien et à l'éducation de cette enfant alors qu'il était incarcéré depuis le mois de juin 2022. Il ne justifie d'aucune forme d'intégration à la société française, et ne soutient pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-six ans. Par suite, les décisions contestées ne portent pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale qu'il tient de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit au point précédent, M. B n'établit pas qu'il contribuerait à l'entretien et à l'éducation de sa fille. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant en prenant les décisions contestées.

8. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 6 et 7 de la présente ordonnance, le préfet des Yvelines n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences des décisions contestées sur la situation personnelle de M. B.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir directement des dispositions de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 dès lors que cette directive a été transposée en droit interne par la loi n° 2011/672 du 16 juin 2011 relative à l'immigration à l'intégration et à la nationalité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance par cette décision de l'article 7 de cette directive doit être rejeté comme inopérant.

10. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance par cette décision des dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour, déjà soulevé en première instance et à l'appui duquel M. B ne présente en appel aucun élément de fait ou de droit nouveau, doit être écarté pour le même motif que celui retenu à bon droit par le premier juge au point 13 du jugement entrepris.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. En premier lieu, il ressort des termes de la décision contestée que pour la prendre le préfet, après avoir constaté la menace à l'ordre public que représente M. B et la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet, ainsi que sa situation irrégulière en France, après avoir évalué la qualité de l'intégration sociale et professionnelle en France de l'intéressé, et après avoir estimé que la décision litigieuse ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, telle qu'elle ressortait de l'examen approfondi qui a été mené ainsi que, notamment, de ses déclarations, a considéré que M. B ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, et que la durée de cette interdiction devait être fixée à un an. La motivation de la décision en litige atteste donc que pour la prendre, le préfet a tenu compte de l'ensemble des critères prévus par les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet a suffisamment motivé sa décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ".

13. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui n'établit pas résider habituellement en France depuis près de dix ans, comme il le soutient, ne justifie d'aucune forme d'intégration en France, ni entretenir des liens avec les membres de sa famille vivant en France. En particulier, il n'apporte aucun élément au soutien de ce qu'il participerait à l'entretien et à l'éducation de sa fille. En outre, il ne soutient pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-six ans. Au vu de ces éléments, le préfet a pu à juste titre estimer que le requérant ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Il était alors tenu de prendre cette interdiction, en vertu des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché la décision contestée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle, ni que cette décision procéderait d'une erreur manifeste d'appréciation.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au préfet des Yvelines et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Versailles, le 11 septembre 2024.

Le premier vice-président de la Cour,

président de la 2ème chambre,

B. EVEN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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