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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE00084

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE00084

mardi 3 septembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE00084
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2022 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de sa reconduite.

Par une ordonnance du 25 octobre 2022, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la demande présentée le 22 octobre 2022 par M. B.

Par un jugement n° 2214961 du 13 décembre 2022, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 11 janvier 2023, M. B, représenté par Me Berdugo, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer, pour la durée de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- son droit d'être préalablement entendu a été méconnu ;

- l'arrêté contesté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, ressortissant sri-lankais né le 28 octobre 1992 à Devakottai, entré en France en octobre 2018 selon ses déclarations, a été interpellé le 20 octobre 2022 lors d'un contrôle d'identité à la Gare du Nord (Paris 10ème). Par l'arrêté contesté du même jour, le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, et a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit. M. B relève appel du jugement du 13 décembre 2022 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de l'arrêté contesté et du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doivent être écartés par adoption des motifs retenus à bon droit par le premier juge et exposés aux points 3 à 5 du jugement attaqué.

4. En deuxième lieu, le requérant soutient, pour la première fois en appel, qu'il n'a pas été mis à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision d'éloignement envisagée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition de M. B par les services de police du 20 octobre 2022, que celui-ci a été informé qu'une mesure d'éloignement était susceptible d'être prise à son encontre et a été mis à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité administrative s'abstienne de prendre à son égard une décision d'éloignement. Ainsi, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté a été pris en méconnaissance de son droit d'être entendu. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, M. B fait valoir qu'il réside en France depuis octobre 2018, qu'il a épousé le 13 juin 2022 une compatriote titulaire d'une carte de résident, avec laquelle il vit depuis septembre 2020, qu'il exerce depuis décembre 2021 une activité salariée en qualité d'employé polyvalent sous contrat de travail à durée indéterminée, après avoir exercé celles de plongeur entre mars 2019 et août 2020, et qu'il a entamé des démarches pour régulariser sa situation. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet de trois précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre le 7 novembre 2011 par le préfet de la Seine-Saint-Denis et les 30 avril et 9 juin 2021 par le préfet du Val-d'Oise, qui n'ont pas été exécutées. Le mariage de l'intéressé était récent à la date de l'arrêté contesté et l'ancienneté de sa relation avec son épouse n'est pas établie par les pièces, peu nombreuses, versées au dossier. Par ailleurs, le requérant n'établit pas, ni même n'allègue, être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-six ans. Par suite, eu égard aux conditions d'zntrée et de séjour d'intéressé en France, c'est sans méconnaître les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, que le préfet de police a fait obligation à M. B de quitter le territoire français.

6. En quatrième lieu, les moyens tirés de ce que la décision refusant au requérant un délai de départ volontaire méconnaîtrait les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés par adoption des motifs retenus à bon droit par le premier juge et exposés aux points 8 et 9 du jugement attaqué.

7. En dernier lieu, le requérant soutient, comme en première instance, que la décision fixant le pays de renvoi est contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi qu'aux dispositions du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, en se bornant à faire valoir qu'il a été contraint de fuir son pays en raison de persécutions dont il était la victime, sans autre précision et sans produire aucun élément, M. B n'établit pas la réalité des risques auxquels il serait personnellement exposé en cas de retour au Sri-Lanka. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 21 janvier 2019, rejet confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 30 octobre 2020.

8. Enfin, les moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an sont inopérants, dès lors que l'arrêté contesté ne comporte pas d'interdiction de retour.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement et ne peut qu'être rejetée, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Versailles, le 3 septembre 2024.

La magistrate désignée,

O. DORION

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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