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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE00121

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE00121

mardi 3 septembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE00121
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantAKUESSON;SELARL GENESIS AVOCATS;SELARL FGD AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours.

Par un jugement n° 2116100 du 27 décembre 2022, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 19 janvier 2023, Mme A, représentée par Me Akuesson, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer, pour la durée de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le jugement attaqué est insuffisamment motivé en ce qui concerne le rejet de son moyen d'insuffisance de motivation de la décision portant refus de séjour ;

- la décision de refus de séjour est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la commission du titre de séjour aurait dû être consultée dès lors qu'elle réside en France depuis plus de dix ans ;

- l'arrêté contesté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale ;

- le préfet aurait dû lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme A, ressortissante sénégalaise née le 6 mars 1995 à Dakar, entrée en France le 17 août 2010, âgée de quinze ans, avec un visa entrées multiples, a bénéficié le 21 mai 2014 d'un visa de régularisation et été munie d'un titre de séjour mention " étudiant " régulièrement renouvelé, dont le dernier était valable jusqu'au 26 novembre 2021 et dont elle a sollicité le renouvellement le 13 octobre 2021. Par l'arrêté contesté du 1er décembre 2021, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Elle relève appel du jugement du 27 décembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. Les premiers juges ont exposé les motifs pour lesquels ils ont écarté comme non fondé le moyen d'insuffisance de motivation de la décision portant refus de séjour. Par suite, le moyen d'insuffisance de motivation du jugement attaqué manque en fait.

Sur la légalité de l'arrêté contesté :

4. En premier lieu, l'arrêté contesté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est ainsi suffisamment motivé, alors même qu'il ne reprend pas l'intégralité du cursus scolaire et des liens personnels de l'intéressée. Cette motivation ne révèle aucun défaut d'examen de sa situation personnelle et familiale.

5. En deuxième lieu, Mme A, qui soutient que l'arrêté contesté a été pris au terme d'une procédure irrégulière, faute de saisine préalable de la commission du titre de séjour alors qu'elle réside en France depuis plus de dix ans, doit être regardée comme invoquant la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux termes duquel : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ". Toutefois, la requérante ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait présenté une demande sur le fondement de ces dispositions et que le préfet n'était pas tenu d'examiner d'office si elle pouvait prétendre à une régularisation à titre exceptionnel.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ". Aux termes de l'article R. 433-2 du même code : " L'étranger déjà admis à résider en France qui sollicite le renouvellement d'une carte de séjour pluriannuelle présente à l'appui de sa demande les pièces prévues pour une première délivrance de la carte de séjour temporaire correspondant au motif de séjour de la carte de séjour pluriannuelle dont il est détenteur et justifiant qu'il continue de satisfaire aux conditions requises pour celle-ci ainsi, le cas échéant, que les pièces particulières requises à l'occasion du renouvellement du titre conformément à la liste fixée par arrêté annexé au présent code () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, entrée en France à l'âge de quinze ans, a obtenu un baccalauréat technologique, série sciences et technologies du management et de la gestion, en juillet 2014 et un brevet de technicien supérieur (BTS) " assistant de manager " en juin 2017. Elle produit deux bulletins de notes de bachelor RH au titre de l'année 2017/2018 et de première année de mastère RH eu titre de l'année 2018/2019 et une attestation de fin de formation à distance à la préparation à l'admission au concours d'aide-soignante qu'elle a suivie sur la période du 19 août 2019 au 10 août 2022. A l'appui de sa demande de renouvellement de titre de séjour portant la mention " étudiant " au titre de l'année 2021-2022, l'intéressée a présenté une inscription dans le cursus " bachelor digital RH " proposé par le groupe Studi, qui constitue également une formation entièrement suivie à distance. Ainsi que l'ont relevé à juste titre les premiers juges, Mme A n'établit ni même n'allègue que le suivi des enseignements de sa formation à distance nécessiterait sa présence sur le territoire national. Dans ces conditions, en refusant le renouvellement du titre de séjour mention " étudiant " de Mme A, le préfet du Val-d'Oise n'a pas fait une inexacte application des dispositions rappelées au point précédent.

8. En quatrième lieu, Mme A fait valoir qu'elle réside en France depuis 2010, qu'elle a suivi avec succès ses études sur le territoire national, qu'elle occupe un emploi à temps partiel dans la restauration en contrat de travail à durée indéterminée depuis le 12 décembre 2016, et que ses grands-parents, ses oncles, sa fratrie et une nièce résident en France. Toutefois, Mme A ne justifie pas d'une progression dans ses études et l'ancienneté du séjour en France de l'intéressée en qualité d'étudiante ne lui donnait pas vocation à demeurer en France. Par ailleurs, célibataire et sans charge de famille, elle n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où résident ses parents et un frère. Dans ces conditions, en dépit de son ancienneté dans l'emploi occupé à titre accessoire, le préfet du Val-d'Oise n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. En cinquième lieu, les moyens dirigés contre le refus de séjour étant écartés, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ne peut qu'être écarté. Dans les circonstances exposées aux points précédents, la décision faisant obligation à M. A de quitter le territoire français n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

10. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et des éléments exposés ci-dessus que le préfet du Val-d'Oise aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en n'accordant pas à Mme A un délai de départ volontaire supérieur à trente jours.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Versailles, le 3 septembre 2024.

La magistrate désignée,

O. DORION

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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