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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE00144

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE00144

mardi 3 septembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE00144
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A a demandé au tribunal administratif d'Orléans, d'une part, d'annuler l'arrêté du 20 avril 2022 par lequel la préfète d'Eure-et-Loir a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de destination de sa reconduite, d'autre part, d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2022 par lequel la préfète d'Eure-et-Loir l'a assignée à résidence dans le département pour une durée de quarante-cinq jours.

Par un jugement nos 2202393-2203479 du 12 octobre 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans a rejeté ses demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 22 janvier 2023, Mme A, représentée par Me Partouche-Kohana, avocate, doit être regardée comme demandant à la cour :

1°) d'annuler ce jugement en tant qu'il rejette ses conclusions dirigées contre l'arrêté du 20 avril 2022 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Eure-et-Loir de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et de lui délivrer, pour la durée de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.

Elle soutient que :

- le jugement attaqué est insuffisamment motivé ;

- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la préfète aurait dû saisir la commission du titre de séjour, dès lors qu'elle réside en France depuis plus de dix ans ;

- elle remplit les conditions fixées par les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions des articles L. 423-23 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme A, ressortissante congolaise née le 22 mars 1972 à Brazzaville, entrée en France le 27 avril 2011 munie d'un visa de court séjour, a présenté une demande d'asile rejetée par le directeur général de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 23 décembre 2011, décision confirmée le 31 octobre 2012 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), et a fait l'objet de plusieurs décisions d'éloignement prises à son encontre, suite au rejet de sa demande d'asile le 28 novembre 2012, du fait d'un premier refus d'admission au séjour pour motif médical le 18 juin 2013, suite au rejet le 16 janvier 2014 par l'OFPRA de sa demande de réexamen de sa demande d'asile le 26 février 2014 et le 3 juin 2019 lors du rejet d'une demande de titre de séjour pour motif médical et d'admission exceptionnelle au séjour. Elle a de nouveau sollicité le 17 mai 2021 son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté contesté du 20 avril 2022, la préfète d'Eure-et-Loir a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, sur le fondement des 2°, 3° et 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et a fixé le pays de destination de sa reconduite. Mme A relève appel du jugement du 12 octobre 2022 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. Le jugement attaqué répond de manière suffisamment précise et circonstanciée à tous les moyens soulevés par Mme A. Si celle-ci fait valoir que le tribunal n'a pas suffisamment pris en compte l'ancienneté de son séjour en France, ce moyen relève de l'appréciation du bien-fondé de l'arrêté contesté.

Sur la légalité de l'arrêté contesté :

4. En premier lieu, l'arrêté contesté reprend l'ensemble des données de la situation personnelle et familiale de Mme A, notamment les circonstances qu'elle a fait l'objet de plusieurs décisions de refus de séjour et d'éloignement qui n'ont pas été exécutées, qu'elle ne justifie pas de diplômes ou d'une qualification dans un métier caractérisé par des difficultés de recrutement, de nature à considérer que sa demande puisse relevée de motifs exceptionnels, et qu'elle est célibataire sans enfant à charge. Il comporte, ainsi, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il ressort de ces motifs particulièrement circonstanciés que la préfète d'Eure-et-Loir a procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressée.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

6. Si Mme A soutient que la préfète d'Eure-et-Loir aurait dû saisir la commission du titre de séjour dès lors qu'elle réside habituellement en France depuis plus de dix ans, elle ne l'établit pas par les pièces qu'elle produit. En particulier, la requérante verse au dossier, au titre des années 2012 et 2015, un nombre limité de documents et à la valeur probante faible pour la plupart d'entre eux, constitués, au titre de l'année 2012, de la copie partielle d'un avis d'impôt mentionnant un montant nul, d'une décision de la Cour nationale du droit d'asile et de divers documents médicaux, et au titre de l'année 2015, de la copie partielle d'un avis d'impôt mentionnant un montant nul et de deux ordonnances médicales datées du 3 septembre 2015. Ces seuls documents ne permettent pas d'établir la réalité et le caractère habituel de la résidence en France de la requérante au cours des années 2012 et 2015. Dans ces conditions, la préfète d'Eure-et-Loir n'était pas tenue de saisir la commission du titre de séjour en application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En troisième lieu, Mme A soutient, comme en première instance, que l'arrêté contesté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et qu'il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale. Elle fait valoir qu'elle réside habituellement en France depuis 2011, qu'elle a noué de nombreux liens amicaux et professionnels sur le territoire national, qu'elle travaille dans le secteur de la boucherie, après avoir obtenu le diplôme lui permettant d'exercer dans ce domaine, qu'elle est parfaitement intégrée en France et que le centre de ses intérêts personnels se trouve désormais sur le territoire national. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la requérante s'est maintenue irrégulièrement en France après l'expiration de son visa, en dépit de trois précédentes mesures d'éloignement, qui n'ont pas été exécutées. Célibataire et sans charge de famille, elle n'établit pas être dépourvue de toutes attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-neuf ans au moins. Si elle a obtenu un certificat d'aptitude à la profession de boucher en juin 2022, cette qualification est postérieure à l'arrêté contesté du 20 avril 2022. Dans ces circonstances, l'intéressée ne peut être regardée comme justifiant de motifs exceptionnels d'admission au séjour ou de considérations humanitaires au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de ces dispositions et des dispositions de l'article L. 423-23 du même code, de ce que le refus de séjour porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, ne peuvent qu'être écartés.

8. En quatrième lieu, la requérante ne soutient pas utilement que la préfète d'Eure-et-Loir a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fixant les conditions de délivrance d'un titre de séjour pour soins, dès lors que sa dernière demande de titre de séjour n'a pas été présentée sur ce fondement. En tout état de cause, en se bornant à indiquer, sans autre précision, qu'elle est " malade et ne peut être soignée dans son pays d'origine faute d'accès effectif aux soins au vu de la disponibilité et du coût du traitement ", elle n'assortit pas ce moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Au demeurant, les deux précédentes demandes qu'elle a présentées sur ce fondement ont été rejetées par des arrêtés du 18 juin 2013 et du 3 juin 2019.

9. En cinquième lieu, dans les circonstances exposées au point précédent, la décision faisant obligation à Mme A de quitter le territoire français ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En dernier lieu, les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi seraient illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ne peuvent qu'être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme A est manifestement dépourvue de fondement te doit être rejetée, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.

Copie en sera adressée au préfet d'Eure-et-Loir.

Fait à Versailles, le 3 septembre 2024.

La magistrate désignée,

O. DORION

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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