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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE00344

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE00344

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE00344
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise l'annulation de l'arrêté du 2 mai 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour pour une durée d'un an.

Par un jugement n° 2210452 du 18 janvier 2023, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 17 février 2023, M. A, représenté par Me Nessah, avocat, doit être regardé comme demandant à la cour :

1°) d'annuler ce jugement et l'arrêté litigieux en tant qu'il a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle d'une durée de deux ans portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut la mention " vie privée et familiale ", et de lui restituer son passeport, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision juridictionnelle à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A doit être regardé comme soutenant que :

- les décisions attaquées méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la convention internationale pour la protection de l'enfant ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation ;

- la décision portant refus de séjour litigieuse méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 alinéa 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la commission du titre de séjour aurait dû être saisie ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 251-1 et L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne représente pas une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour l'ordre public et que cette décision n'est pas proportionnée à ses droits personnels et familiaux au sens des articles 27 et 28 de la directive 2004/38/CE du parlement européen et du conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet n'a pas pris en compte les quatre critères qu'elles énoncent par pour prendre sa décision et qu'il a commis une erreur d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention relative aux droits de l'enfant du 20 novembre 1989 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Bruno-Salel, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

1. M. B A, ressortissant tunisien né le 22 octobre 1987, déclare être entré en France le 28 novembre 2008. Il a été titulaire d'une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " valable du 9 décembre 2014 au 8 décembre 2015, renouvelée du 9 décembre 2015 au 8 décembre 2016, puis d'une carte de séjour pluriannuelle " vie privée et familiale " valable du 27 juillet 2017 au 26 juillet 2019, renouvelée du 11 septembre 2019 au 10 septembre 2021. Par un arrêté du 2 mai 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour fondée sur l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Le requérant relève appel du jugement du 18 janvier 2023 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise seulement en tant qu'il a rejeté sa demande aux fins d'annulation des décisions litigieuses refusant de lui délivrer un titre de séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire français et prononçant à son encontre une interdiction de retour pour une durée d'un an.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle () ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ". L'article L. 432-1 du même code dispose : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

3. Pour refuser la renouvellement du titre de séjour de M. A, le préfet des Hauts-de-Seine a retenu que celui-ci représente une menace pour l'ordre public dès lors qu'il a été condamné le 21 décembre 2016 à six mois d'emprisonnement pour violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours sur conjointe ou compagne, le 19 février 2018 à 400 euros d'amende pour conduite d'un véhicule terrestre à moteur (VTAM) sans permis, le 10 mai 2019 à 600 euros d'amende pour conduite sous stupéfiant, le 18 mai 2021 à neuf mois d'emprisonnement pour violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours et menace de mort réitéré sur conjointe ou compagne, et le 28 juin 2021 à 800 euros d'amende pour circulation avec un VTAM sans permis ni assurance. Ces condamnations sont établies par les pièces qu'il produit dans l'instance et il en ressort également que M. A a été incarcéré du 22 septembre 2021 au 30 avril 2022 en exécution de sa dernière condamnation pour violence aggravée. M. A a ainsi adopté depuis de plusieurs années et encore récemment, un comportement délictueux et violent pour lequel il été condamné à plusieurs reprises, avec récidive et intensification dans le temps de leur rythme. Dans ces conditions, eu égard à la réitération des faits et à la gravité de certains d'entre eux, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine a méconnu les dispositions des articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant qu'il représentait une menace à l'ordre public et en refusant, pour ce motif et sans commettre d'erreur d'appréciation eu égard à sa situation personnelle et familiale telle qu'elle est énoncée au point 5 de la présente ordonnance, de renouveler son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La circonstance qu'il a précédemment obtenu un tel renouvellement alors même qu'il avait déjà commis des délits n'est pas de nature à lui créer un quelconque droit pour l'avenir.

4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". D'autre part, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

5. M. A soutient qu'il réside habituellement sur le territoire depuis plus de dix ans, qu'il est père de deux enfants nés en France en 2009 et 2012 d'une première union avec une compatriote, et qu'il est marié depuis le 26 janvier 2019 à une autre compatriote titulaire d'une carte de résident d'une durée de dix ans, valable jusqu'au 7 janvier 2025, dont il a un enfant né le 22 octobre 2021, et qu'il contribue à leur entretien et à leur éducation, Néanmoins, si le préfet ne conteste pas que M. A réside habituellement en France depuis plus de dix ans, ce dernier n'établit pas qu'il participerait à l'éducation de ses deux premiers enfants, ni même qu'il entretiendrait toujours des liens avec eux, et il ne fournit aucune information sur la situation administrative de leur mère au regard du séjour et donc sur leur vocation même à rester sur le territoire français. S'il vit avec son épouse actuelle depuis un peu plus de trois ans à la date de la décision attaquée, cette vie commune a toutefois été interrompue par son incarcération du 22 septembre 2021 au 30 avril 2022 en exécution de sa dernière condamnation pour des faits de violence aggravée dont le préfet énonce au surplus dans la décision attaquée, sans être contredit, qu'ils ont été accomplie à l'encontre de son épouse elle-même et sans qu'il ne soit établi ni même allégué que celle-ci lui aurait rendu visite en prison. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier que la cellule familiale qu'il compose avec son épouse et leur enfant ne pourrait pas se reconstituer hors de France, et notamment en Tunisie dont ils ont la nationalité. En outre, et ainsi qu'il a été dit au point 3 de la présente ordonnance, M. A constitue une menace réelle et actuelle pour l'ordre public. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts poursuivis par les décisions attaquées et le moyen tiré d'une violation des stipulations de l'article 8 et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs de fait relatifs à sa situation familiale, le moyen tiré de la violation du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale pour la protection de l'enfant doit être également écarté. Enfin, il ne ressort pas de l'ensemble des circonstances sus-évoquées que le préfet des Hauts-de-Seine aurait entaché ses décisions de refus de séjour et d'éloignement d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation.

6. En quatrième lieu, M. A se prévaut de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour prévu par l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, d'une part, il résulte de ce qui précède qu'il ne remplissait pas les conditions pour se voir effectivement délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le préfet n'était donc pas tenu de saisir cette commission préalablement avant de lui refuser le séjour à ce titre. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est pas contesté, que le requérant n'a pas formé sa demande sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour qui impose avant tout refus de titre la saisine de cette commission pour les étrangers résidant habituellement en France depuis plus de dix ans, ce qui rend le moyen tiré du défaut de sa saisine à ce titre inopérant.

7. En cinquième lieu, M. A, n'a pas fondé sa demande de titre sur les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 sur lesquelles le préfet, qui n'y était pas tenu, ne s'est pas davantage prononcé. Dès lors, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas pu méconnaître ces stipulations et le moyen tiré de leur violation ne peut qu'être écarté comme inopérant. Si le requérant a entendu soutenir qu'en ne se saisissant pas de ces stipulations, le préfet des Hauts-de-Seine a omis de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, un tel pouvoir n'exige pas qu'il examine spontanément tous les fondements légaux de délivrance d'un titre de séjour avant de prendre sa décision. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine aurait méconnu l'étendue de sa compétence en la matière.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

9. Il ressort de l'examen de la décision contestée portant interdiction de retour en France pendant un an que le préfet l'a motivée au regard des éléments de droit, en visant les articles L. 612-8 et L. 612-10 cités au point précédent, et des éléments de fait, en mentionnant notamment les différentes condamnations pénales du requérant, la menace à l'ordre public qu'il représente et les éléments utiles relatifs à sa situation personnelle et familiale analysés en début de décision. Il a dès lors bien pris en compte l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées de l'article L. 612-10 pour prendre la décision critiquée portant interdiction de retour en France pendant un an, qui n'est pas entachée d'erreur d'appréciation.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative précité. Il en va de même, en conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Versailles, le 19 septembre 2024.

La magistrate désignée,

C. BRUNO-SALEL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Le greffier,

N°23VE00344

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