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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE00400

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE00400

mardi 3 septembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE00400
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C A a demandé au tribunal administratif d'Orléans d'annuler la décision du 2 novembre 2021 par laquelle la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour.

Par un jugement n° 2200016 du 26 janvier 2023, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et des pièces enregistrées les 24 février et 6 mars 2023, M. A, représenté par Me Rouille-Mirza, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cette décision ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui délivrer le titre de séjour sollicité, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, en application des dispositions énoncées par les articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision de refus de séjour en litige méconnaît les stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants étrangers et de leurs familles ;

- il est isolé en Algérie alors que sa sœur et son beau-frère résident en France et lui apportent l'aide dont il a besoin.

La requête et les pièces ont été communiquées le 26 mai 2023 au préfet d'Indre-et-Loire qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants étrangers et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () premiers vice-présidents des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. (). ".

2. M. C A, ressortissant algérien, né le 13 juillet 1997 à Mostaganem, a déclaré être entré en France le 1er juillet 2020. Après avoir fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français le 27 juin 2021, il a sollicité, le lendemain, la délivrance d'un titre de séjour pour raisons médicales. M. A fait appel du jugement du 26 janvier 2023 par lequel le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 20 août 2021 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

Sur la légalité de l'arrêté du 20 août 2021 refusant d'accorder un titre de séjour à M. A :

3. Aux termes de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié: " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 7° Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ". Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui institue des dispositions procédurales relatives à la délivrance de titres de séjour aux étrangers malades lesquelles sont applicables aux ressortissants algériens : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () ".

4. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

5. Pour rejeter la demande de M. A, la préfète d'Indre-et-Loire s'est fondée sur l'avis du 19 octobre 2021, émis par le collège de médecins de l'OFII, indiquant que si l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale, le défaut de prise en charge ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. M. A soutient qu'il souffre d'une part, de troubles anxio-dépressifs chroniques et invalidant en lien avec des événements vécus dans son pays d'origine nécessitant une prise en charge particulière et un traitement médicamenteux, dont le défaut entrainerait une décompensation mentale et un risque létal, lesquelles sont des conséquences d'une extrême gravité et, d'autre part, d'une hémiplégie nécessitant des soins de kinésithérapie difficiles à effectuer en Algérie. Enfin, il soutient être entouré en France de sa sœur et de son beau-frère qui sont susceptibles de l'aider pour son suivi médical. Il produit un certificat médical établi le 13 février 2021 à Mostaganem (Algérie) par un psychiatre faisant état de ce qu'il présente des troubles anxio-dépressifs avec troubles du caractère, asthénie, céphalées, insomnie et apathie, et qu'il présente des troubles relationnels avec phobie sociale, mentisme, névrotisme, bouffées délirantes, agressivité et lipothymie. Le médecin précise que cette maladie mentale chronique est invalidante, qu'il est traité et suivi depuis une année et nécessite une aide sociale. Il produit également un certificat médical établi par un médecin généraliste le 13 janvier 2022 constatant une hémiplégie nécessitant des soins de kinésithérapie et un syndrome anxio-dépressif nécessitant du calme. Le médecin précise que les soins de kinésithérapie paraissent difficiles à effectuer en Algérie. Il produit également une attestation d'hébergement datée du 14 septembre 2021 émanant de Mme B née A. Il produit en outre, pour la première fois en appel, un certificat médical daté du 26 août 2021 établi par un chirurgien de l'épaule, du coude et de la main, faisant état de ce qu'il présente une insuffisance motrice cérébrale congénitale avec atteinte du membre supérieur gauche et du membre inférieur gauche, ainsi qu'un certificat médical daté du 13 janvier 2023 établi par une medecin cheffe de clinique assistante à l'hôpital Trousseau de Chambray-les-Tours, spécialiste des affections neuro-locomoteur-handicap, faisant état de ce que selon le patient, les séances de kinésithérapie régulières améliorent son état général et qu'il lui est prescrit un chaussage orthopédique. Enfin, il produit sa carte algérienne de reconnaissance de son handicap datée du 3 décembre 2017 retenant un taux de 80%. Toutefois, ces différentes pièces ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation du collège des médecins de l'OFII. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement et doit, en application du dernier alinéa précité de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, être rejetée, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles afférentes aux frais de justice.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A.

Copie en sera adressée au préfet d'Indre-et-Loire et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Versailles, le 3 septembre 2024.

Le premier vice-président de la Cour,

président de la 2ème chambre,

B. Even

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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