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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE00410

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE00410

jeudi 5 septembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE00410
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantGAGEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Par un jugement n° 2209392 du 30 janvier 2023, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 27 février 2023, M. B, représenté par Me Gagey, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination sont insuffisamment motivées ; elles révèlent un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le refus de lui accorder un délai de départ volontaire est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, ressortissant sénégalais né le 10 août 1989, qui déclare être entré en France le 18 mai 2015, a été entendu le 13 décembre 2022 pour des faits d'usage de faux. Par un arrêté du même jour, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. B relève appel du jugement du 30 janvier 2023 par lequel la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, l'arrêté contesté, qui précise que M. B est entré irrégulièrement en France le 18 mai 2015, s'y est maintenu en situation irrégulière et n'a pas entrepris de démarches en vue de sa régularisation, est suffisamment motivé, alors même qu'il ne vise pas l'accord franco-sénégalais, qui n'en constitue pas le fondement, ni ne précise d'autres éléments de sa situation personnelle tenant notamment à sa situation d'emploi. Il ne ressort pas de ces motifs que le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle.

4. En deuxième lieu, M. B fait valoir qu'il réside en France de manière ininterrompue depuis le 18 mai 2015 et qu'il y exerce une activité professionnelle en qualité de commis de cuisine au sein de la société Bonfort restauration, puis auprès de la Sarl DCB, et que son père est titulaire d'une carte de résident. Il ressort, toutefois, des pièces du dossier qu'il s'est maintenu irrégulièrement en France en dépit d'une précédente décision d'éloignement dont il a fait l'objet le 29 mars 2017. Célibataire et sans charge de famille en France, M. B n'est pas dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine où résident toujours sa mère et ses frères et où il a lui-même vécu au moins jusqu'à l'âge de vingt-six ans. S'il a produit des attestations de concordance pour la période du 15 novembre 2021 au 30 mai 2022 et pour la période du 18 octobre au 10 novembre 2021 au sein de la société Bonfort Restauration et des bulletins de salaire établis à son nom par la Sarl DCB de mai à novembre 2022 ainsi qu'une demande d'autorisation de travail présentée en sa faveur le 9 décembre 2022, il ne justifie pas d'une insertion professionnelle stable et ancienne. Dans ces conditions, l'arrêté contesté n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. M. B, qui a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français, se trouve dans la situation où le risque que l'intéressé se soustraie à la mesure d'éloignement est présumé. Par suite, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Dans les conditions rappelées aux points précédents, M. B ne peut être regardé comme justifiant de circonstances humanitaires justifiant que le préfet ne prononce pas à son encontre d'interdiction de retour. Eu égard à ses conditions d'entrée et de séjour en France et à la circonstance qu'il a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français qui n'a pas été exécutée, en assortissant la mesure d'éloignement d'une interdiction de retour d'une durée d'un an, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas fait une inexacte application des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement et ne peut qu'être rejetée, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Versailles, le 5 septembre 2024.

La magistrate désignée,

O. DORION

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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