jeudi 5 septembre 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-23VE00411 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | Juge des référés |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B C a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 7 janvier 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
Par un jugement n° 2300285 du 16 février 2023, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 26 février 2023, M. C, représenté par Me Carrillo Cruz, avocat, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler cet arrêté ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les lignes directrices de la circulaire du 28 novembre 2012 ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le refus de lui accorder un délai de départ volontaire méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée du fait de l'illégalité du refus de titre et de la décision l'obligeant à quitter le territoire ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français durant deux ans doit être annulée du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
La demande d'aide juridictionnelle présentée par M. C a été rejetée par une décision du 23 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. C, ressortissant colombien né le 7 janvier 1993, qui déclare être entré en France via l'Espagne le 8 septembre 2015, muni d'un visa de court séjour, a été interpellé le 2 janvier 2022 alors qu'il conduisait un véhicule en état d'ivresse manifeste et a fait l'objet le même jour d'un arrêté du préfet des Hauts-de-Seine lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai et d'une interdiction de retour d'un an. Par l'arrêté contesté du 7 janvier 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a de nouveau fait obligation à M. C de quitter le territoire français sans délai, fixé le pays de renvoi et prononcé une interdiction de retour d'une durée de deux ans. M. C relève appel du jugement du 16 février 2023 par lequel le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.
3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du même code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / () ". La décision contestée comporte les éléments de fait et de droit qui en constituent le fondement, notamment les circonstances que M. C ne justifie pas de son entrée régulière en France, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour et a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, et que la présence en France de son épouse et ses deux enfants ne fait pas obstacle à ce que la cellule familiale se recompose à l'étranger. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
5. En deuxième lieu, M. C, qui n'a pas présenté de demande de délivrance d'un titre de séjour, ne se prévaut pas utilement de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la circulaire du 28 novembre 2012.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
7. M. C se prévaut de l'ancienneté de son séjour en France depuis septembre 2015, de la présence de son épouse et de leurs deux enfants A née le 20 juillet 2015 en Colombie et Céleste née le 12 février 2022 à Colombes (92), ainsi que de son frère de nationalité espagnole. Sa fille aînée est scolarisée en école maternelle. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'épouse de M. C est également en situation irrégulière en France et que le requérant a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour d'un an, prise à son encontre le 2 janvier 2022 par le préfet des Hauts-de-Seine, à laquelle il n'a pas déféré. L'intéressé ne justifie pas de son insertion professionnelle, ni de ses ressources et produit des avis d'imposition sans revenus pour les années 2019 et 2020. Rien ne s'oppose à ce que la vie familiale du couple et de ses deux enfants se poursuive hors de France, notamment en Colombie où M. C a conservé des attaches familiales et où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-deux ans. Dans ces conditions, en dépit de la relative ancienneté du séjour en France de l'intéressé et de sa famille, dont il justifie au mieux à compter de 2016, la décision faisant obligation à M. C de quitter le territoire français n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, M. C n'est pas davantage fondé à soutenir qu'il ne pourrait être éloigné du fait qu'il remplirait les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit en application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En quatrième lieu, dès lors que la décision contestée n'a pas pour effet de séparer les enfants de leurs parents, eu égard en outre au jeune âge des enfants, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ne peut qu'être écarté.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".
10. Dans les circonstances rappelées au point précédents, eu égard notamment à la précédente mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour d'un an prise à l'encontre de M. C le 2 janvier 2022 et en l'absence de circonstances particulières, en refusant d'accorder à M. C un délai de départ volontaire, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. En sixième lieu, les moyens tirés de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination et de la décision portant interdiction de retour, par exception d'illégalité de la décision d'éloignement, ne peuvent, compte tenu de ce qui précède, qu'être écartés.
12. En dernier lieu, dès lors que rien ne s'oppose à ce que la vie familiale de M. C se poursuive hors de France, en lui faisant interdiction de retourner sur le territoire français durant deux ans, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
13. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. C est manifestement dépourvue de fondement et ne peut qu'être rejetée, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Fait à Versailles, le 5 septembre 2024.
La magistrate désignée,
O. DORION
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
3
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026