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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE00420

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE00420

jeudi 5 septembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE00420
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B C A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 9 février 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de sa reconduite et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Par un jugement n° 2205501 du 7 février 2023, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 27 février 2023, M. A, représenté par Me Garcia, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de titre de séjour est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ; sa présence en France ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, et est entaché d'une erreur d'appréciation de sa situation familiale ;

- l'intérêt supérieur de ses enfants mineurs, garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, a été méconnu, ainsi que le droit au séjour dont bénéficient les parents étrangers d'enfants citoyens de l'Union européenne en vertu de l'article 20 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est illégale par exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnait les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A, ressortissant algérien né le 13 décembre 1995, entré en France muni d'un visa court séjour le 1er septembre 2015 et mis en possession d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " en sa qualité de parent d'un enfant français, a sollicité le 28 septembre 2019 le renouvellement de son certificat de résidence algérien sur le fondement l'article 6-4 de l'accord franco-algérien Par l'arrêté contesté du 9 février 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de sa reconduite et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. A relève appel du jugement du 7 février 2023 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande d'annulation de ces décisions.

3. Il ressort des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine a pris en compte la situation familiale de M. A, notamment la circonstance qu'il est père de deux enfants de nationalité française. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle et familiale doit être écarté.

4. Ainsi que l'a jugé le tribunal, M. A ne se prévaut pas utilement de la méconnaissance des dispositions de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il a demandé le renouvellement de son certificat de résidence sur le seul fondement des stipulations de l'article 6-4 de cet accord et que le préfet n'a pas examiné d'office sa demande au regard d'autres stipulations de cet accord. Le requérant ne se prévaut pas plus utilement, à l'encontre de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont codifiées depuis le 1er mai 2021 aux articles L. 423-23 et L. 435-1 de ce code et qui ne sont pas applicables aux demandes de titre de séjour présentées par les ressortissants algériens. Est également inopérant le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 20 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, dès lors que les enfants dont M. A est le père sont de nationalité française et non ressortissants d'un Etat membre.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. () ; / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

6. M. A fait valoir qu'il est le père de trois enfants, dont deux enfants de nationalité française nés le 31 mars 2017 et le 10 juillet 2019 et qu'il bénéficie d'un droit de visite. Si par un jugement du 21 mai 2021, le juge aux affaires familiales a restitué à M. A l'autorité parentale sur ses deux enfants de nationalité française dont il avait été privé par une ordonnance de protection du 27 décembre 2019, a défini pendant une durée de sept mois un droit de visite pour le père fixé à deux heures de deux fois par mois, dans les locaux d'une association et a fixé à 160 euros sa contribution à l'entretien et à l'éducation des enfants, M. A n'apporte aucun élément sur l'exercice effectif de son droit de visite et le paiement de sa contribution. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. A a fait l'objet de plusieurs signalements entre 2016 et 2022 pour des faits de violence sur conjoint, de vol en réunion avec armes, de violences en réunion et de dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, et qu'il a été condamné par le tribunal correctionnel de Nanterre le 24 octobre 2018, à six mois d'emprisonnement avec sursis, pour des faits de violence envers son ex épouse, et le 1er juillet 2019, pour des faits de même nature, à deux mois de prison. Par ailleurs, M. A ne justifie pas de ses conditions de séjour en France, alors qu'il ressort du jugement du 21 mai 2021 du juge aux affaires familiales qu'à la date de cette décision, il était hébergé par le 115 et percevait 800 euros d'aide au retour à l'emploi. Dans ces circonstances, eu égard notamment à la gravité des faits répétés de violence sur conjoint, en refusant de renouveler le titre de séjour de M. A et en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas fait une inexacte application des stipulations de l'accord franco-algérien, ni porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de M. A, ni méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants mineurs.

7. Si M. A soutient que la décision fixant le pays de destination de sa reconduite méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison de son état de santé, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

8. Ainsi que l'a jugé le tribunal aux points 17 à 19 du jugement attaqué, par des motifs qu'il y a lieu d'adopter, la décision prononçant à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an est suffisamment motivée.

9. Dans les conditions rappelées au point 6 de la présente ordonnance, eu égard notamment à la circonstance que ne sont établis ni les liens conservés par l'intéressé avec ses deux enfants de nationalité française, ni la situation administrative de la mère de son troisième enfant, ni ses conditions de séjour, et à la menace pour l'ordre public que représente la présence sur le territoire français de M. A, l'interdiction qui lui est faite de retourner sur le territoire français durant un an ne porte pas une atteinte excessive au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

10. Enfin, les moyens d'exception d'illégalité ne peuvent qu'être écartés.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement et ne peut qu'être rejetée, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C A.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Versailles, le 5 septembre 2024.

La magistrate désignée,

O. DORION

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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