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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE00422

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE00422

jeudi 5 septembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE00422
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 4 décembre 2022 par lequel le préfet des Yvelines lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Par un jugement n° 2209263 du 30 janvier 2023, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 27 février 2023, M. A représenté par Me Garcia, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en l'absence de communication par le préfet des Yvelines des pièces sur la base desquelles les décisions en litige ont été prises, le droit à un procès équitable et l'article L. 641-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnus ;

- son droit à être entendu, prévu à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne et principe général du droit de l'Union européenne, a été méconnu ;

- son droit d'être assisté par un avocat a été méconnu ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- cette insuffisance de motivation révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- sa présence en France ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le refus de lui accorder un délai de départ volontaire est injustifié en l'absence de risque de fuite ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A, ressortissant angolais né le 16 octobre 1990, qui déclare être entré en France en 2014, incarcéré au centre pénitentiaire de Bois d'Arcy, a fait l'objet, le 4 décembre 2022, de l'arrêté contesté par lequel le préfet des Yvelines lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. A relève appel du jugement du 30 janvier 2023 par lequel la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

3. Aux termes de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise () ". Le préfet des Yvelines ayant produit en première instance les pièces relatives à la situation administrative de M. A, notamment le procès-verbal de son audition par les services de police le 4 décembre 2022, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.

4. Le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. En revanche, aucun principe n'impose pas que l'intéressé soit assisté d'un avocat lors de cette audition ou même informé de la possibilité d'être ainsi assisté. Ainsi qu'il a été dit, M. A a été entendu le 4 décembre 2022 par les services de police. Il ressort du procès-verbal de cette audition qu'il a été interrogé sur les conditions de son entrée et de son séjour sur le territoire et a été invité à formuler des observations sur une éventuelle reconduite à la frontière, sur sa situation personnelle et familiale ainsi que sur la perspective d'une mesure d'éloignement. Il ne soutient pas avoir été empêché d'être assisté par un avocat. Il s'ensuit que le moyen tiré d'une méconnaissance du droit d'être entendu manque en fait.

5. M. A reprend en appel ses moyens tirés du défaut de motivation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français et du défaut d'examen particulier de sa situation. Ces moyens peuvent être écartés par adoption des motifs retenus à bon droit par le premier juge aux points 3 et 4 du jugement attaqué.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui ne justifie ni de sa date d'entrée en France, ni de l'ancienneté de son séjour, ni de ses conditions de séjour, se prévaut de la présence en France de deux de ses cinq enfants, nés le 5 septembre 2019 à Stains et le 13 octobre 2021 à Saint-Cloud de deux mères différentes, et produit en appel des justificatifs de versement d'argent aux mères des enfants au cours des années 2021 et 2022, ainsi que des factures d'achat de lait maternisé. Toutefois, si la mère de l'enfant né en 2021 est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle, M. A n'apporte aucune précision sur la mère de l'enfant né en 2019, ni sur l'intensité des liens conservés avec ces enfants, qui vivent chacun avec leur mère. Par ailleurs, l'intéressé a fait l'objet entre 2017 et 2021 de six signalements pour recel de bien, escroquerie, faux en écriture et utilisation d'un document d'identité d'un tiers pour obtenir indument un titre, une qualité ou un statut, a été condamné le 6 décembre 2022 par le tribunal correctionnel de Versailles à une peine de quatre mois d'emprisonnement pour recel de bien provenant d'un vol en récidive et escroquerie, a fait l'objet le 27 août 2021 d'un refus de titre assorti d'une obligation de quitter le territoire français qu'il n'a pas exécutée, et ne justifie d'aucune activité professionnelle. Il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident trois de ses enfants mineurs et où lui-même a vécu jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation. Dans ces circonstances, le préfet n'a pas davantage méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants mineurs, protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; ". Dès lors que M. A a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, par un arrêté du 27 août 2021, le préfet des Yvelines était fondé à lui refuser un délai de départ volontaire. En estimant que l'intéressé ne justifiait pas de circonstances particulières, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions du 3° de l'article L. 612-2 et du 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En se bornant à soutenir que la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, M. A n'assortit pas ce moyen de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public que représente la présence en France de l'intéressé.

11. D'une part, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, qui est suffisamment motivée, devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

12. D'autre part, dans les circonstances rappelées aux points précédents, eu égard notamment à la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet et à ses antécédents judiciaires, en prononçant à l'encontre de M. A une interdiction de retour durant un an, le préfet des Yvelines n'a pas fait une inexacte application des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement et ne peut qu'être rejetée, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée au préfet des Yvelines.

Fait à Versailles, le 5 septembre 2024.

La magistrate désignée,

O. DORION

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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