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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE00527

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE00527

mardi 10 septembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE00527
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantDUPLANTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme C a demandé au tribunal administratif d'Orléans d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2022 par lequel le préfet du Cher lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite.

Par un jugement n° 2202900 du 16 novembre 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 10 mars 2023, Mme A, représentée par Me Duplantier, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet du Cher de l'admettre au séjour le temps de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 300 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté est intervenu à l'issue d'une procédure méconnaissant son droit d'être entendue, énoncé par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, dès lors qu'elle aurait pu faire valoir son état de santé afin de bénéficier d'un titre de séjour pour motif médical ;

- il méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 janvier 2023 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Versailles.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 19 décembre 1994, entrée en France le 27 juillet 2019 avec un visa de court séjour, a présenté le 2 décembre 2019 une demande d'asile rejetée le 30 juin 2021 par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), décision confirmée le 17 mars 2022 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par l'arrêté contesté du 1er juillet 2022, le préfet du Cher l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite. Mme A relève appel du jugement du 16 novembre 2022 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A aurait demandé un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'elle aurait été empêchée de se prévaloir de son état santé, dans les conditions prévues aux articles L. 431-2 et R. 431-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, avant que ne soit prise la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que Mme A a été privée du droit d'être entendue, principe général du droit de l'Union européenne, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ".

5. Si Mme A produit des documents médicaux selon lesquels elle présente des " débords discaux qui vont sans doute être opérés en neurochirurgie " et souffre de douleurs du rachis qui lui ont valu d'être reconnue en qualité de travailleur handicapé, il ne ressort pas des pièces du dossier que son état de santé nécessiterait une prise en charge dont le défaut serait susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'elle ne pourrait effectivement bénéficier d'une prise en charge adaptée en Côte d'Ivoire. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, par suite, être écarté.

6. Aux termes de de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / () ".

7. Mme A fait valoir qu'elle a subi des violences dans son pays d'origine, que son fils est né en France le 4 septembre 2019 et qu'elle a occupé un emploi en contrat de travail à durée déterminée conclu le 27 janvier 2022 et renouvelé le 14 mars 2022. Toutefois, sa demande d'asile a été rejetée, rien ne s'oppose à ce que son fils la suive en cas de retour dans le pays d'origine et son emploi était récent à la date de l'arrêté contesté du 1er juillet 2022. Dans ces conditions, la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet du Cher n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de Mme A est manifestement dépourvue de fondement et ne peut qu'être rejetée, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C.

Copie en sera adressée au préfet du Cher.

Fait à Versailles, le 10 septembre 2024.

La magistrate désignée,

O. DORION

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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