mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-23VE00551 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | Juge des référés |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 9 janvier 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de son renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Par un jugement n° 2300324 du 24 février 2023, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 mars 2023 et 24 mars 2023, M. A, représenté par Me Lebriquir, avocat, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir, cet arrêté ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il doit être regardé comme soutenant que :
- la première juge ne pouvait retenir qu'il a utilisé une fausse carte d'identité roumaine et a fait l'objet d'un signalement pour violences aggravées par deux circonstances, sans méconnaître le principe de la présomption d'innocence, consacré notamment par l'article 11 de la déclaration universelle des droits de l'homme, l'article 9 de la déclaration des droits de l'homme, l'article préliminaire du code de procédure pénale et l'article 9-1 du code civil ;
- il dispose d'un passeport biométrique de sorte que le préfet ne pouvait prendre à son encontre une mesure d'éloignement sans méconnaître le règlement UE 2018/1806 du 14 novembre 2018 ;
- il ne peut pas faire l'objet d'un éloignement dans la mesure où sa vie privée et familiale est suffisante pour justifier l'octroi d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la circulaire dites " Valls " du 28 novembre 2012 ;
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 2018/1806 du Parlement européen et du conseil du 14 novembre 2018 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Bruno-Salel, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. ()".
2. M. A, ressortissant moldave né le 29 août 1992, qui a déclaré être entré sur le territoire français en juillet 2018, a fait l'objet d'un contrôle d'identité par les services de police de Cergy, le 9 janvier 2023, alors qu'il travaillait sur un chantier de bâtiment. Par un arrêté du 9 janvier 2023, le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de son renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. A relève appel du jugement du 24 février 2023 par lequel la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
3. En premier lieu, hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative attaquée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. M. A ne peut donc utilement critiquer la réponse apportée par la première juge sur son moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, en ce qu'elle aurait méconnu le principe de la présomption d'innocence consacré notamment par l'article 11 de la déclaration universelle des droits de l'homme, l'article 9 de la déclaration des droits de l'homme, l'article préliminaire du code de procédure pénale et l'article 9-1 du code civil, pour soutenir que le jugement attaqué serait entaché d'une irrégularité.
4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, (), lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / 1° Si l'étranger ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, à moins qu'il ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° Si l'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée sur le territoire sans être titulaire d'un premier titre de séjour régulièrement délivré ; / ( )".
5. D'autre part, les dispositions de l'article premier et de l'annexe II du règlement (CE) n° 539/2001 du Conseil du 15 mars 2001, modifié par le règlement (UE) n° 259/2014 du Parlement européen et du Conseil du 3 avril 2014, abrogées et reprises par le règlement (UE) 2018/1806 du Parlement européen et du conseil du 14 novembre 2018, dispensent depuis le 28 avril 2014 les ressortissants moldaves détenant un passeport biométrique en conformité avec les normes de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) de l'obligation de visa pour entrer dans l'espace Schengen, pour les séjours de moins de 90 jours.
6. En l'espèce, M. A n'était pas en possession d'un passeport biométrique en conformité avec les normes de l'OACI lors de son interpellation ni d'aucune autorisation de séjour. Le préfet du Val-d'Oise a donc pu à bon droit fonder sa décision d'éloignement sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A supposer que la copie incomplète de son passeport que M. A produit devant le juge serait bien un passeport biométrique en conformité avec les normes de l'OACI, ce qui lui permettait d'entrer en France sans visa et d'y séjourner librement pendant quatre-vingt-dix jours en vertu du règlement (UE) 2018/1806 du Parlement européen et du conseil du 14 novembre 2018, il ressort du procès-verbal établi lors de son audition le 9 janvier 2023 par les services de la police nationale et de ses propres écritures qu'il est entré sur le territoire français en juillet 2018, soit depuis plus de quatre-vingt-dix jours à la date de son interpellation, sans qu'il n'établisse ni même n'allègue détenir un titre de séjour, ainsi que le mentionne également le préfet dans la décision attaquée. Dans ces conditions, le préfet pouvait en tout état de cause légalement obliger M. A à quitter le territoire français en application du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir dès lors qu'il dispose d'un passeport biométrique, le préfet du Val-d'Oise ne pouvait pas prendre à son encontre une mesure d'éloignement sans méconnaître le règlement UE 2018/1806 du 14 novembre 2018.
7. En troisième lieu, en vertu d'une règle jurisprudentielle constante, un étranger ne peut être éloigné s'il remplit les conditions pour se voir délivrer de plein droit un titre de séjour. Les dispositions de l'article 423-23 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à l'admission exceptionnelle au séjour n'étant pas au nombre de celles qui permettent la délivrance de plein droit d'un titre de séjour, M. A ne peut utilement s'en prévaloir, ni en tout état de cause, de la circulaire dites " Valls " du 28 novembre 2012 qui les explicite aux préfets, pour soutenir qu'il ne peut pas faire l'objet d'un éloignement.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. M. A soutient qu'il réside habituellement en France depuis juillet 2018, qu'il y travaille dans le bâtiment et s'est marié à une ressortissante roumaine qui travaille et est enceinte. Toutefois, et quand bien même il résiderait habituellement en France depuis juillet 2018, M. A n'établit pas la durée et la stabilité de sa relation avec sa compagne roumaine à la date de la décision attaquée, à laquelle s'apprécie sa légalité, en se bornant à produire un document établi en novembre 2022 relatif à leur projet de mariage et un contrat de bail de décembre 2022 à leurs deux noms. Il ne justifie pas non plus de la situation de sa compagne au regard du séjour. Il ne peut par ailleurs pas se prévaloir utilement de leur mariage le 21 janvier 2023, ni du fait qu'ils attendent un enfant dès lors que ces faits sont postérieurs à la date de la décision attaquée. En tout état de cause, le requérant ne fait valoir aucune considération qui l'empêcherait de reconstituer la cellule familiale hors de France, et notamment en Moldavie, où réside sa fratrie et il a lui-même vécu au moins jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans. Il ressort des pièces du dossier que M. A a fait usage d'une fausse pièce d'identité roumaine pour travailler et a fait l'objet d'un signalement pour violence aggravée par deux circonstances, suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours. Dans ces conditions, et même si M. A prouve son engagement et ses projets professionnels en France, le préfet du Val-d'Oise n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis par sa décision d'éloignement et, par suite, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs de faits, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.
10. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement et ne peut qu'être rejetée, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Fait à Versailles, le 22 octobre 2024.
La magistrate désignée,
C. BRUNO-SALEL
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°23VE00551
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026