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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE00557

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE00557

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE00557
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantBOYLE DAVID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise l'annulation de l'arrêté du 23 juin 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français, a fixé le pays de son renvoi, l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a informée qu'elle faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Par un jugement n° 2110343 du 6 décembre 2023, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a, dans un article 1er, annulé l'arrêté contesté en tant qu'il a interdit à Mme B le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et, par un article 2, rejeté le surplus de sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 mars 2023 et le 4 avril 2023, Mme B, représentée par Me Boyle, avocat, doit être regardée comme demandant à la cour :

1°) d'annuler ce jugement en tant qu'il a, dans son article 2, rejeté le surplus de ces conclusions ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté contesté du 23 juin 2021 en tant qu'il rejette sa demande de titre de séjour, l'oblige à quitter le territoire français et fixe le pays de son renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision juridictionnelle à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision juridictionnelle à intervenir, dans les mêmes conditions d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'un vice d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées, notamment en ce que faute d'être accompagnées d'une copie de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), elles ne permettent pas de s'assurer de la régularité de la procédure suivie, et la retranscription de cet avis ne mentionne pas l'état de disponibilité des soins en Côte d'Ivoire comme l'exigent pourtant les dispositions de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 2 de l'arrêté du 5 janvier 2017.

- la décision de refus de titre de séjour a été prise sur une procédure irrégulière dès lors que le rapport établi par le médecin rapporteur de l'OFII est vide d'informations et qu'elle n'a jamais reçu de convocation pour un examen médical ou des examens complémentaires, ce qui entache ce rapport d'un défaut d'examen sérieux ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la gravité de sa pathologie et la disponibilité du traitement dans son pays d'origine.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 14 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 de la ministre des affaires sociales et de la santé et du ministre de l'intérieur relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Bruno-Salel, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. ()".

2. Mme B, ressortissante ivoirienne née le 15 février 1961, est entrée sur le territoire français le 18 avril 2019 munie d'un visa de court séjour valable quatre-vingt-dix jours. Elle a obtenu un premier titre de séjour pour soins valable du 23 avril 2020 au 22 octobre 2020. Le 16 février 2021, elle a demandé le renouvellement de titre de séjour en raison de son état de santé sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 23 juin 2021, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination, l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a informée qu'elle faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Mme B demande à la cour l'annulation de ce jugement en tant qu'il a, dans son article 2, rejeté le surplus de ces conclusions.

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et en particulier de l'arrêté n° 2021-39 du 14 juin 2021 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs, que le préfet des Hauts-de-Seine avait bien délégué sa signature à M. D C à l'effet de signer notamment " les refus de séjour, les obligations de quitter le territoire français assorties d'une interdiction de retour sur le territoire français et les décisions fixant le pays de renvoi ". Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté serait entaché d'un vice d'incompétence manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". D'autre part, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".

5. La décision portant refus de titre de séjour contestée vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle résume la situation administrative et personnelle de Mme B, en particulier son entrée régulière sur le territoire français le 8 avril 2019, la circonstance qu'elle a déjà obtenu un titre de séjour en raison de son état de santé, mais aussi l'avis collège des médecins de l'OFII, qu'il s'approprie dans le respect du secret médical. Le préfet, comme le collège des médecins de l'OFII qu'il cite, n'avaient pas à se prononcer sur la possibilité pour Mme B de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine dès lors qu'ils ont considéré que le défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Le préfet indique par ailleurs que sa décision ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors que ses liens en France ne sont pas anciens, intenses et stables alors que ses quatre enfants et sa fratrie résident au Sénégal où elle a vécu jusqu'à l'âge de cinquante-huit ans. Le moyen tiré de ce que la décision de refus de séjour serait entachée d'un défaut de motivation doit donc être écarté. Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire français contestée qui est adossée au refus de titre de séjour, qui vise le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est elle-même suffisamment motivée. Enfin, la décision contestée accordant un délai de départ volontaire de trente jours vise l'article L. 612-1 de ce même code et indique que Mme B ne fait état d'aucune circonstance justifiant qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé, ce qui constitue une motivation également suffisante. La circonstance que le préfet, qui n'y était au demeurant pas tenu, n'a pas assorti ces décisions de la copie de l'avis du collège des médecins de l'OFII est sans incidence sur l'appréciation du caractère suffisant de leur motivation. Par suite, les moyens tirés de ce que les décisions contestées seraient insuffisamment motivées doivent être écartés.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ". Aux termes de l'article R. 425-12 dudit code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. ().. Il transmet son rapport médical au collège de médecins. ". L'article 3 de l'arrêté du 27 décembre 2016 de la ministre des affaires sociales et de la santé et du ministre de l'intérieur relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis visés au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent ainsi que des éléments qu'il a recueillis au cours de son examen éventuel, le médecin de l'office établit un rapport médical, conformément au modèle figurant à l'annexe B du présent arrêté. " Enfin, l'article 6 du même arrêté dispose : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis () ".

7. Si Mme B se plaint de ce que le rapport établi par le médecin rapporteur de l'OFII, qu'elle produit dans l'instance, est vide d'informations, il ressort de sa lecture qu'il a été établi selon le modèle figurant à l'annexe B de l'arrêté du 27 décembre 2016 et elle n'indique pas quelles informations auraient dû y figurer qu'il n'a pas mentionnées, ni quels autres documents que le certificat médical établi par le médecin qui la suit habituellement ou le médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre exigé par les dispositions précitées de l'article R. 425-12 aurait dû l'accompagner, alors d'ailleurs qu'il est constant que le médecin rapporteur lui a adressé une demande de complément d'information, qui a bien été réceptionnée à son domicile, à laquelle elle n'a pas répondu, peu importe à cet égard que la personne avec qui elle y vit ne lui aurait pas remis ce courrier immédiatement. D'autre part, ni les dispositions précitées de l'article R. 425-12, ni même aucun autre texte ou principe, n'impose que l'étranger soit convoqué pour un examen médical ou des examens complémentaires par le médecin rapporteur, pour lequel cela n'est qu'une faculté. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le rapport établi par le médecin rapporteur de l'OFII est entaché d'un défaut d'examen sérieux, ni que la décision de refus de titre de séjour a été prise sur une procédure irrégulière.

8. Pour rejeter la demande de titre de séjour de Mme B, le préfet des Hauts-de-Seine s'est notamment fondé sur l'avis du collège des médecins l'OFII du 9 mai 2022, qu'il a repris à son compte, selon lequel si son état de santé nécessite une prise en charge médicale, le défaut d'une telle prise en charge ne devrait pas entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et qu'au vu des éléments du dossier, son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. Mme B produit plusieurs certificats médicaux ainsi que des comptes rendus opératoires en date du 22 septembre 2020 et du 14 septembre 2021 dont il ressort qu'elle a été opérée en France en 2019 pour une lombosciatalgie bilatérale et en 2020 du canal carpien et qu'elle souffrait, à la date de la décision contestée, à laquelle sa légalité s'apprécie, d'une gonarthrose invalidante du genou gauche. Toutefois, ces documents ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation qui a été faite par le collège des médecins de l'OFII et le préfet sur la gravité des conséquences qu'un défaut de prise en charge pourrait entraîner sur son état de santé puisqu'aucun des médecins signataires ne se prononce sur ce point. La circonstance que, quelques mois après la date d'édiction de la décision contestée, M. B a été opérée sur son genou gauche pour la pose d'une prothèse totale et qu'elle a nécessité un suivi médical et des soins de kinésithérapie, faits qui lui sont postérieurs, ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation portée pas le préfet sur la gravité de son état de santé lorsqu'il a pris sa décision. Enfin, dans la mesure où le collège des médecins de l'OFII et le préfet ont considéré, à bon droit comme il vient d'être dit, que le défaut de prise en charge médicale de Mme B ne devrait pas entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni les dispositions de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni celles de l'article 2 de l'arrêté du 5 janvier 2017 ne leur imposaient de se prononcer également sur la possibilité pour elle de bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Côte d'Ivoire. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de Mme B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Versailles, le 24 octobre 2024.

La magistrate désignée,

C. BRUNO-SALEL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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