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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE00588

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE00588

mardi 5 novembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE00588
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantSCP CARIOU - LEVEQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif d'Orléans d'annuler l'arrêté du 8 février 2023 par lequel le préfet du Loir-et-Cher lui a retiré l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivrée en qualité de bénéficiaire de la protection temporaire, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2300598 du 24 septembre 2023, le magistrat désigné par le présent du tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 17 mars 2023, M. A, représenté par Me Cariou, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet du Loir-et-Cher de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail, dans le délai de 8 jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, au bénéfice de son conseil, de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- c'est à tort que le premier juge a considéré que sa demande était tardive ;

- la compétence du signataire de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur de droit ;

- il méconnait le principe du droit à la défense ;

- il méconnait la présomption d'innocence ;

- il méconnait le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2023, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 18 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 8 juillet 2024, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () premiers vice-présidents des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. ().".

2. M. A fait appel du jugement n° 2300598 du 24 septembre 2023 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande.

3. Aux termes de l'article L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une décision portant obligation de quitter le territoire français est également informé qu'il peut recevoir communication des principaux éléments, traduits dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de supposer qu'il la comprend, des décisions qui lui sont notifiées en application des chapitres I et II. ". Aux termes de l'article L. 613-5-1 du même code : " -En cas de détention de l'étranger, celui-ci est informé dans une langue qu'il comprend, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qu'il peut, avant même l'introduction de sa requête, demander au président du tribunal administratif l'assistance d'un interprète ainsi que d'un conseil. " Enfin, aux termes de l'article L. 141-3 du même code : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. () ".

4. Aux termes de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure ". Aux termes de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément ". Aux termes de l'article R. 776-5 du même code : " Les délais de quarante-huit heures mentionnées aux articles R. 776-2 et R. 776-4 et les délais de quinze jours mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-3 ne sont susceptibles d'aucune prorogation ".

5. M. A disposait en vertu des dispositions précitées, à compter de la notification de l'arrêté en litige, intervenue le 8 février 2023 à 14 heures 35, d'un délai de quarante-huit heures pour le contester. Or sa demande n'a été enregistrée par le greffe du tribunal administratif que le 13 février 2023.

6. M. A soutient que la tardivité du dépôt de sa demande est due au fait que ses connaissances de la langue française sont lacunaires et qu'il n'a pas compris, en l'absence d'un interprète, la portée de la notification de l'arrêté contesté et de la mention des voies et délais de recours, et que du fait de sa détention en maison d'arrêt de Blois, il n'a pu transmettre l'arrêté à son avocat qu'à l'issue de l'audience du tribunal correctionnel de Blois du 10 février 2023. L'intéressé soutient donc qu'on ne saurait lui reprocher la tardiveté de son recours dès lors que l'arrêté litigieux ne lui a pas été régulièrement notifié, faute d'avoir été alors assisté par un interprète.

7. Il ressort toutefois des pièces du dossier, en particulier du procès-verbal de notification de l'arrêté attaqué, intervenue le 8 février 2023, signé par M. A, que l'intéressé a déclaré parler, lire, et comprendre le français et ne pas avoir besoin de disposer d'un interprète. Il ressort également du procès-verbal d'audition administrative du 3 février 2023,signé par l'intéressé, que ce dernier a de nouveau confirmé comprendre et parler la langue française et ne pas avoir besoin de disposer d'un interprète. Il ressort de ce même procès-verbal que, durant cette audition, M. A a lui-même apporté des éléments précis et étayés en réponse aux questions qui lui étaient posées, relatives à sa situation personnelle, aux raisons de son voyage vers la France, à son apprentissage de la langue française en Moldavie. Il ressort également des termes de l'ordonnance du 1er mars 2023 du juge des libertés et de la détention " qu'il apparaît qu'Alexandre A dispose d'un niveau de compréhension et d'expression suffisants pour être entendu en langue française (). " Dès lors, les services de la préfecture ont pu raisonnablement supposer que M. A comprenait le français, et lui notifier l'arrêté attaqué en français, sans nécessité d'une traduction dans une autre langue. Par suite, c'est à bon droit que le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans a rejeté la demande de M. A comme irrecevable en raison de sa tardiveté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement et doit, en application du dernier alinéa précité de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, être rejetée, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles fondées sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Loir-et-Cher.

Fait à Versailles, le 5 novembre 2024.

Le premier vice-président de la Cour,

président de la 2ème chambre,

B. EVEN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°23VE00588

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