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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE00697

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE00697

mardi 24 septembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE00697
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 15 juin 2022 par lequel le préfet Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite.

Par un jugement n° 2210485 du 6 mars 2023, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 5 avril 2023, M. B, représenté par Me Meurou, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté contesté ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un certificat de résidence mention " vie familiale et privée " en qualité de conjoint de Français ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, et de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le jugement attaqué est insuffisamment motivé ;

- les premiers juges n'ont pas répondu à son moyen d'erreur de droit, tiré de ce que la condition de communauté de vie à laquelle est subordonné le premier renouvellement en qualité de conjoint d'un ressortissant français ne pouvait être opposée à sa demande de première délivrance d'un certificat de résidence ;

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté contesté ;

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et fait une inexacte application des stipulations de de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien, dès lors que la délivrance d'un premier titre de séjour en qualité de conjoint de Français n'est pas subordonnée à une condition de communauté de vie des époux ;

- le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit en examinant sa demande de titre de séjour au regard des stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien, alors qu'il a sollicité un certificat de résidence sur le fondement de l'article 6-2 de cet accord ;

- la décision de refus de séjour méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors qu'elle se fonde sur la décision de refus de titre de séjour qui est elle-même illégale ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- pour les mêmes motifs que le refus de titre, elle est entachée d'une erreur de droit au regard des stipulations de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien, méconnaît l'article 6-5 de cet accord et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale dès lors qu'elle se fonde sur l'obligation de quitter le territoire français qui est elle-même illégale ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 2 septembre 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, ressortissant algérien né le 20 octobre 1991, entré en France sous couvert d'un visa de court séjour le 8 août 2019, a épousé à Montreuil (93), le 20 janvier 2020, une ressortissante française, et a présenté, le 15 juin 2020, une demande de délivrance d'un certificat de résidence en qualité de conjoint de Français. Par l'arrêté contesté du 15 juin 2022, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite. M. B relève appel du jugement du 6 mars 2023 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement :

3. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés. ".

4. En premier lieu, le tribunal a pris en considération l'ensemble des éléments soumis à son appréciation et a répondu par un jugement qui est suffisamment motivé à l'ensemble des moyens soulevés dans la demande. Par suite, le moyen tiré de ce que le jugement serait insuffisamment motivé doit être écarté.

5. En deuxième lieu, en jugeant, au point 6 du jugement attaqué, qu'il ressortait des pièces du dossier, et n'était pas contesté par le requérant, que celui-ci avait demandé la délivrance d'un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans en tant que conjoint d'un ressortissant français et que le préfet du Val-d'Oise avait ainsi régulièrement fait application des conditions prévues par les stipulations de l'article 7 bis en vue d'une première délivrance d'un certificat de résidence d'une durée de dix ans, lesquelles exigent une communauté de vie effective entre le requérant et son épouse, le tribunal a suffisamment répondu à son moyen d'erreur de droit tiré de ce que le préfet devait faire application des stipulations de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien, qui ne subordonnent à une communauté de vie effective entre les époux que le premier renouvellement du certificat de résidence.

Sur la légalité des décisions contestées :

En ce qui concerne les moyens communs :

6. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par Mme C, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, qui bénéficiait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté n° 22-121 du 23 mai 2022 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, pour signer, notamment, les décisions de refus de séjour, les obligations de quitter le territoire français et toute décision fixant le pays de destination. Par suite, le moyen d'incompétence du signataire des trois décisions contestées doit être écarté.

7. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise notamment l'accord franco-algérien et l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que M. B a sollicité son admission au séjour dans le cadre des dispositions du a de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien et que l'intéressé n'en remplit pas les conditions, dès lors qu'une enquête diligentée par les services de police d'Argenteuil a fait apparaître qu'il s'agit d'un mariage de complaisance et que la communauté de vie entre les époux n'est pas effective. Il comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le respect de l'exigence de motivation posée par les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'apprécie indépendamment du bien-fondé de ces motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de décisions contestées doit être écarté. Il ressort de ces motifs que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

8. En premier lieu, aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées () : / a) au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 2) et au dernier alinéa de ce même article () ". Aux termes de l'article 6 de cet accord : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français (). / () Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux. "

9. Il ressort des pièces du dossier que M. B a épousé, le 20 janvier 2020, une ressortissante française, et a demandé le 15 juin 2020 la délivrance d'un certificat de résidence. Toutefois, l'enquête de police diligentée par le commissariat d'Argenteuil du 13 juillet 2021 a permis d'établir qu'il s'agissait d'un mariage de complaisance, l'épouse de l'intéressé ayant reconnu avoir des difficultés financières, s'être mariée moyennant le versement de la somme de 10 000 euros, avoir voulu annuler ce mariage mais subir des pressions de son " faux époux " et être toujours hébergée par sa mère. Les quelques preuves de vie commune produites par M. B ne permettent pas de remettre en cause ces constatations. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise était légalement fondé à refuser de délivrer à M. B un certificat de résidence. Dès lors que ce refus était fondé sur l'absence de réalité du mariage de l'intéressé avec une ressortissante française, la circonstance que le préfet se serait à tort fondé sur les stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien est sans incidence sur la décision de refus de séjour.

10. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". En vertu du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus.

11. M. B fait valoir qu'il réside en France depuis le 8 août 2019 et se prévaut de sa vie commune avec son épouse. Toutefois, ainsi qu'il a été dit, il n'établit pas la réalité de sa vie conjugale. Par ailleurs, il ne se prévaut pas d'autres attaches familiales en France, ni d'une insertion professionnelle. Dans ces conditions, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet du Val-d'Oise n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, ni porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision a été prise.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. Il ressort de ce qui vient d'être dit que M. B n'établit pas que le refus de titre de séjour serait entaché d'illégalité. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de titre de séjour.

13. Pour les motifs énoncés aux points précédents, les moyens tirés de la méconnaissance des paragraphes 2 et 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de ce que la décision faisant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

14. Les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français étant écartés, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ne peut qu'être écarté.

15. Il en est de même du moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement et ne peut qu'être rejetée, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au préfet de Val-d'Oise.

Fait à Versailles, le 24 septembre 2024.

La magistrate désignée,

O. DORION

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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